Let It Be

Let It Be

The Replacements

20 / 20 1984 Twin/Tone Album / CD  Vinyle

Chronique de Easton ellis (Xsilence) 20 / 20

Posté le 25/07/2013
Avant le sublime Tim, la bande de Westerberg, originaire de Minneapolis, nous gratifie de son premier véritable chef-d'œuvre.
Après l'album Hootenanny, le groupe se débarrasse quelque peu de ses oripeaux hardcore, et Westerberg fait virer tout son petit monde vers des chansons beaucoup plus pop. Pied-de-nez au monde du punk, à sa pseudo liberté de pouvoir tout faire et tout chanter, The Replacements fait baisser la pression, et ralentit le rythme de ses compositions. Du Chicago blues, au country honky tonk, en passant par des mélopées jazzy, Westerberg donne libre cours à la composition, et parvient à marier toute la rage hardcore, à la sonorité douce et mélancolique de la pop.
Les premiers accords de "I Will Dare" parlent d'eux-mêmes. Il est déjà loin le temps du bruit et de la fureur adolescente de "Sorry Ma, I forgot to Take Out the Trash". Telle une mini montagne russe, le groupe nous fait monter et descendre sur ses mélodies. Les sommets son atteint durant le solo (à la mandoline s'il-vous-plaît). La bande est accompagné d'un autre guitariste, Peter Buck, de R.E.M... On comprends mieux le projet.
Hymne et declaration d'amour au rock avec "My Favorite Thing": "Rock don't give a shit, you know ; You're my favorite thing".
Le pied-de-nez arrive avec la troisième piste. Énervée, éraillée, et pourtant, "We're Comin' Out" finie par ralentir, et l'on peut imaginer des sourires s'esquisser sur les visages des membres du groupe lorsqu'ils reprennent la mesure en claquant des doigts... "Vous ne vous attendiez pas à ça, hein ?!" Après "Tommy Gets His Tonsils Out", la locomotive hardcore-punk semble bien lancée, et ne plus vouloir ralentir. Et pourtant. "Androgynous" vient couper l'herbe sous le pied du crescendo. Touchante et douce complainte d'un Westerberg au piano, à la voix toujours écorchée, qui nous fait comprendre que l'on a affaire à un véritable génie de la composition.
Autre influence à qui honneur est rendu, les maquillés de Kiss, avec le bel hommage (bien plus punk) "Black Diamond". Avouons-le, la reprise est encore mieux que l'original. Un cran augmente encore avec "Unsatisfied". La voix s'enraille, le rythme est pourtant calme. Douloureux et sublime déchirement, Westerberg nous arracherait des larmes: "Everything goes well, anything goes all of the time Everything you dream of is right in front of you And everything is a lie".
Toujours rebelles, The Replacements saura jouer avec finesse et subtilité de la révolte. La chanson "Seen Your Video" dit tout simplement "merde". Merde à l'industrie musical, et à MTV, à la soupe ambiante, au lissage de tous ces groupes qui se ressemblent : "Seen your video, the phony rock'n'roll ; We don't want to know, seen your video". Petite crotte de nez, qui n'a pas pris une ride, tant dans le fond que la forme.
Envolées glam avec Gary's Got a Boner, mélange de T.Rex, Bowie, Zeppelin. Ennuie et interrogation adolescente avec la mélancolique "Sixteen Blue". Hommage à ce passage de la vie, cette première bouffée de la jeunesse. Un autre hommage viendra avec Tim, "Bastard Of Young".
Point final avec "Answering Machine". Refus de la technologie, et de cette déshumanisation (déjà) en marche ?
Il y a dans cet album une spontanéité, un coté tentative, une sorte de bout d'essai pour le groupe qui prend le risque d'explorer d'autres horizons, et qui trouve sa voix. Westerberg engage un virage, il met sur galette ses sentiments, et vise juste. Véritable monument des 80's, cet album voit la naissance d'un des groupes les plus importants de l'histoire du rock.
D'autres Westerberg, d'autres Replacements... Please...

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