Andrew Bird And The Mysterious Production Of Eggs

Andrew Bird And The Mysterious Production Of Eggs

Andrew Bird

19 / 20 2005 Fargo Album / CD

Chronique de Sam lowry (Xsilence) 20 / 20

Posté le 02/06/2008
Quel disque ! Après avoir lu des critiques élogieuses un peu partout, je me décidai enfin à louer à la médiathèque cet album à la pochette pour le moins étrange... J'hésite en effet toujours à savoir si l'animal représenté est un daim ou un fourmilier... Peu importe après tout, si il s'agit d'intriguer c'est gagné, tout comme ces 14 morceaux restent intriguants même après plusieurs années passés près d'eux. J'ai un rapport particulier avec les disques d'Andrew Bird, et plus particulièrement avec celui-là, parce qu'il est le premier que j'ai découvert, et qu'il est aussi le plus riche au niveau des arrangements... Au cours des premières écoutes, je me disais, légèrement agacé : "encore un petit folk-singer précieux qui pousse la chansonnette, comme il y en a tant"... Mais quelque chose m'a retenu à mettre ce disque dans un coin, un peu de sensualité au détour d'un arrangement, des bidouillages étranges... Et je crois que mes efforts pour écouter mieux ce disque ont été payants. Car aujourd'hui je le considère comme totalement hallucinant, je ne trouve pas d'autre mot...
Andrew Bird compose des chansons douces à la poésie décalée et soigne des arrangements totalement plats et mielleux au premier abord, mais qui se révèlent former des mille-feuilles d'une densité impressionnante. J'ai rarement connu une musique aussi complexe sans en avoir l'air, les phrases musicales glissant les unes après les autres tranquillement, donnant l'impression que l'on écoute des chansons tout bêtement pop. Mais écoutons mieux "A Nervous Tic Motion Of the Head to The Left", qui part finalement dans 7 ou 8 directions, tout en subtilité et modestie... Une modestie qui n'appartient qu'à cet oiseau...

Car oui, pour définir Andrew Bird on peut parler de "virtuose modeste", quelqu'un qui considère que jamais rien n'est fini, acquis, parfait, qui cherche l'harmonie totale inlassablement... Rapproché un peu trop souvent de Rufus Wainwright et surtout Jeff Buckley (ultime référence vendeuse) pour la voix fluide et lyrique posée sur des arrangements assez baroques, c'est justement l'incertitude et la douceur perchée de l'artiste qui font sa propre identité musicale... Ceci se traduit par des chansons virevoltantes, sur le fil, se rattrapant toujours, imprévisibles et chaleureuses... Au départ violoniste classique et ayant auparavant oeuvré avec son Bowl of Fire à composer une musique sous forte influence jazz-manouche, Andrew Bird a gardé quelques bribes de Django Reinhardt dans sa sacoche pour tracer, muni de son violon et de son impressionnant sifflement d'oiseau, sur les chemins d'une pop très aboutie, irradiée d'oxygène, d'humour et de douceur, immédiate et sauvage. A ce jour, je n'ai toujours pas fait le tour de cette mystérieuse production d'oeufs dont les couleurs changent en fonction du temps et de l'endroit où je me place pour les contempler...

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