Chronique de Gaylord (Xsilence)
Posté le 13/02/2008
Hunky Dory, qui succède au presque heavy metal et excellent, The Man Who Sold The World, est le quatrième album de David Bowie. Pour certains, cet album est considéré comme le meilleur avant The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars mais je ne partage pas cet avis, plaçant ce dernier en tête.
C'est le premier album avec The Spiders From Mars, le groupe qui accompagne de manière parfaite son apogée, et le premier sorti chez RCA. Trevor Bolder remplace le producteur Tony Visconti à la basse, tandis que le piano est joué, non pas encore par le fou mais génial Mick Garson, mais par le très méritant Rick Wakeman, qui jouera ensuite avec les affreux Yes.
"Changes" est une vraie petite merveille, commençant par un piano swing, puis la voix fabuleuse – quoique légèrement nasillarde – de Bowie, un saxo annonçant "Suffragette City", des cordes et une batterie sèche et minimaliste – Mick Woodmansey est sur cet album moins brillant qu'il ne l'a été et surtout le sera. Le refrain est superbe, difficile d'égaler et même de seulement approcher un tel génie. Comme souvent avec Bowie, le morceau change souvent de rythme. Cette chanson me rappelle, je ne sais pourquoi, quelque série télé anglaise de mon enfance. Elle parle de la réinvention permanente de l'artiste dans le cadre de la création (‘Strange fascination, fascinating me / Changes are taking the pace I'm going through').
Le morceau suivant, "Oh ! You Pretty Thing", est encore un classique, et est presque aussi génial. C'est une ballade au piano – instrument presque omniprésent sur cet album, bien plus que sur les autres œuvres du maître –, qui accélère au gré d'une batterie qui claque comme des coups de fouet. "Eight Line Poem", accompagné d'un piano et d'une guitare bluesy, ralentit le tempo. "Life On Mars?" (l'espace est un thème récurrent voire obsédant chez Bowie) : encore un chef-d'œuvre intemporel. Le morceau, après une intro au piano, se gonfle et monte en puissance, les cordes, très orchestrales, se font majestueuses, le chant et le refrain sont sublimes, le morceau donne des frissons dans le dos. Accessoirement, il est révélateur de la fascination/répulsion qu'éprouve notre homme pour les USA (‘It's on America's tortured brow/That Mickey Mouse has grown up a cow'). "Kooks" est dédié à son jeune fils Zowie Bowie, de son vrai nom Duncan Zowie Haywood Jones. C'est un bon morceau, mais pas un des meilleurs, loin s'en faut. "Quicksand", qui sera repris sur scène avec Robert Smith pour les 50 ans de Bowie, est une ballade acoustique plus qu'honnête. Le très jazzy "Fill Your Heart" repose uniquement sur un piano véloce, un saxo et une batterie jouée avec des balais. "Andy Warhol" est l'un de mes morceaux préférés de l'album, et même de toute la carrière de Bowie. Il commence par des phrases de Bowie plaisantant sur la prononciation de l'artiste iconoclaste et touche-à-tout (mais plus opportuniste que génial) new-yorkais. La voix superbe de Bowie arrive ensuite, accompagnée de deux magnifiques guitares acoustiques, l'une 12 cordes jouée par le chanteur en accords, l'autre 6 cordes en arpèges – ou plutôt en solo – par son âme damnée Mick Ronson, qui se termine par des harmoniques et une batterie-coup de fouets.
"Song For Bob Dylan" constitue un autre hommage évident à l'un des modèles, lui aussi de la Grosse Pomme (‘Oh, hear this Robert Zimmerman / I wrote a song for you / About a strange young man / Called Dylan'). Il s'agit bien entendu d'une ballade folk/bluesy mâtinée de country. "Queen Bitch" : seconde déclaration d'amour au Velvet Underground. Accessoirement, le riff saturé et violent a sans doute laissé des traces indélébiles chez les punks... "The Belay Brothers" est une ballade acoustique aux paroles mystérieuses – qui ont été interprétées soit comme une référence à son frère utérin Terry, schizophrène, soit comme une sorte de coming out avant la lettre. Pour l'anecdote, Bowie a nommé sa maison de disques, à la fin des années 70 "Bewlay Bros", et a utilisé ce terme comme pseudonyme, notamment pour produire Lust For Life, chef-d'œuvre d'Iggy Pop en 1977. C'est une magnifique ballade à la guitare acoustique, sombre et tourmentée, dont la fin a certainement influencé bien des groupes gothiques – Bauhaus en tête – qui cependant ne feront jamais mieux que ces quelques secondes de bonheur indéfinissable.
Hunky Dory est un chef-d'œuvre, où dominent les ballades, les mélodies puissantes et subtiles, les guitares acoustiques et le piano, et truffé d'hommages aux héros de David Jones, le Velvet et Dylan en tête. Mais il fera mieux encore l'année suivante avec The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars.
C'est le premier album avec The Spiders From Mars, le groupe qui accompagne de manière parfaite son apogée, et le premier sorti chez RCA. Trevor Bolder remplace le producteur Tony Visconti à la basse, tandis que le piano est joué, non pas encore par le fou mais génial Mick Garson, mais par le très méritant Rick Wakeman, qui jouera ensuite avec les affreux Yes.
"Changes" est une vraie petite merveille, commençant par un piano swing, puis la voix fabuleuse – quoique légèrement nasillarde – de Bowie, un saxo annonçant "Suffragette City", des cordes et une batterie sèche et minimaliste – Mick Woodmansey est sur cet album moins brillant qu'il ne l'a été et surtout le sera. Le refrain est superbe, difficile d'égaler et même de seulement approcher un tel génie. Comme souvent avec Bowie, le morceau change souvent de rythme. Cette chanson me rappelle, je ne sais pourquoi, quelque série télé anglaise de mon enfance. Elle parle de la réinvention permanente de l'artiste dans le cadre de la création (‘Strange fascination, fascinating me / Changes are taking the pace I'm going through').
Le morceau suivant, "Oh ! You Pretty Thing", est encore un classique, et est presque aussi génial. C'est une ballade au piano – instrument presque omniprésent sur cet album, bien plus que sur les autres œuvres du maître –, qui accélère au gré d'une batterie qui claque comme des coups de fouet. "Eight Line Poem", accompagné d'un piano et d'une guitare bluesy, ralentit le tempo. "Life On Mars?" (l'espace est un thème récurrent voire obsédant chez Bowie) : encore un chef-d'œuvre intemporel. Le morceau, après une intro au piano, se gonfle et monte en puissance, les cordes, très orchestrales, se font majestueuses, le chant et le refrain sont sublimes, le morceau donne des frissons dans le dos. Accessoirement, il est révélateur de la fascination/répulsion qu'éprouve notre homme pour les USA (‘It's on America's tortured brow/That Mickey Mouse has grown up a cow'). "Kooks" est dédié à son jeune fils Zowie Bowie, de son vrai nom Duncan Zowie Haywood Jones. C'est un bon morceau, mais pas un des meilleurs, loin s'en faut. "Quicksand", qui sera repris sur scène avec Robert Smith pour les 50 ans de Bowie, est une ballade acoustique plus qu'honnête. Le très jazzy "Fill Your Heart" repose uniquement sur un piano véloce, un saxo et une batterie jouée avec des balais. "Andy Warhol" est l'un de mes morceaux préférés de l'album, et même de toute la carrière de Bowie. Il commence par des phrases de Bowie plaisantant sur la prononciation de l'artiste iconoclaste et touche-à-tout (mais plus opportuniste que génial) new-yorkais. La voix superbe de Bowie arrive ensuite, accompagnée de deux magnifiques guitares acoustiques, l'une 12 cordes jouée par le chanteur en accords, l'autre 6 cordes en arpèges – ou plutôt en solo – par son âme damnée Mick Ronson, qui se termine par des harmoniques et une batterie-coup de fouets.
"Song For Bob Dylan" constitue un autre hommage évident à l'un des modèles, lui aussi de la Grosse Pomme (‘Oh, hear this Robert Zimmerman / I wrote a song for you / About a strange young man / Called Dylan'). Il s'agit bien entendu d'une ballade folk/bluesy mâtinée de country. "Queen Bitch" : seconde déclaration d'amour au Velvet Underground. Accessoirement, le riff saturé et violent a sans doute laissé des traces indélébiles chez les punks... "The Belay Brothers" est une ballade acoustique aux paroles mystérieuses – qui ont été interprétées soit comme une référence à son frère utérin Terry, schizophrène, soit comme une sorte de coming out avant la lettre. Pour l'anecdote, Bowie a nommé sa maison de disques, à la fin des années 70 "Bewlay Bros", et a utilisé ce terme comme pseudonyme, notamment pour produire Lust For Life, chef-d'œuvre d'Iggy Pop en 1977. C'est une magnifique ballade à la guitare acoustique, sombre et tourmentée, dont la fin a certainement influencé bien des groupes gothiques – Bauhaus en tête – qui cependant ne feront jamais mieux que ces quelques secondes de bonheur indéfinissable.
Hunky Dory est un chef-d'œuvre, où dominent les ballades, les mélodies puissantes et subtiles, les guitares acoustiques et le piano, et truffé d'hommages aux héros de David Jones, le Velvet et Dylan en tête. Mais il fera mieux encore l'année suivante avec The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars.