Night Time

Night Time

Killing Joke

17 / 20 1985 EMI Album / CD

Chronique de Jumbo (Xsilence) 17 / 20

Posté le 11/10/2009
Daté, trop pop, véritable trahison... Si on a pris l'habitude de voir Night Time se faire taper dessus par la critique, on a fini par constater que la plupart des gens l'aimaient bien. Et je ne compte pas aller dans le sens inverse... Car si ce cinquième album, incarnation du "virage pop" pris par le groupe anglais, ne vaut pas une once de l'éponyme sorti au début de la décennie ni une miette de son renouveau 90's, il trouve plus grâce à mes oreilles que, disons, "What's THIS For... !" ou Revelations.
Comme les albums précédents, Night Time va droit au but : peu de morceaux (huit), aucun interlude ou quelque futilité que ce soit. On démarre d'ailleurs par le titre éponyme qui plante le décor : on s'y attendait, mais cet opus est résolument nocturne. La musique de Killing Joke n'a jamais été des plus chaudes et ensoleillées, et si elle est ici incontestablement moins apocalyptique qu'auparavant, elle ne voit toujours pas le Soleil percer. Dès le premier morceau, ce grand fou de Jaz Coleman nous invite donc à le suivre dans la nuit : "Come, come with me / we'll run / into the night". Mais bien sûr mon gars, qu'on va te suivre, si tu nous le demande comme ça. On constate bien vite que Killing Joke adopte un nouveau son : Geordie Walker nous balance toujours son habituel et phénoménal mur de guitares, mais il semble moins au premier plan qu'auparavant. La batterie se fait moins tribale et redécouvre les cymbales, tandis que Coleman au synthé nous sort des mélodies sans doute plus pop, mais qui ont un cachet assez lugubre et... nocturne. L'olibrius chante de manière un peu plus conventionnelle, mais garde de sa folie sur "Tabazan". "Night Time" cède la place à "Darkness Before Dawn", un morceau qu'il a l'air de rien comme ça, au début, mais qui, finalement, se révèle être un des tout meilleurs de l'album, et même un des meilleurs du groupe. Rah, ce passage qui suit le couplet de Jaz où la batterie et la guitare font monter l'intensité d'un cran en même temps, quelle terrible beauté ! Suit enfin le tube de Killing Joke, celui que même ma mère reconnait alors qu'elle s'offusque face à la monstruosité d'un "The Hum". Approchant les sept minutes, "Love Like Blood" est incontestablement LA chanson de Night Time, portée par ce synthé nocturne (toujours) et ce refrain si entraînant et émouvant. Ces trois premiers morceaux constituent le meilleur de l'album, le reste continuant dans le même esprit, entre post-punk, new wave et rock gothique, jusqu'au "Eighties" final, autre tube, plus enjoué que le reste. De ces cinq derniers morceaux, "Multitudes" et "Europe" sont selon moi ceux qui renouent le mieux avec la qualité du triptyque initial.
Night Time, donc. Certainement pas la trahison à laquelle ont crié les fans à l'époque, car si Killing Joke y délaisse certainement le heavy metal avec lequel ils flirtaient jusque là (pour le reprendre cinq ans plus tard avec, disons, un putain de brio), si le groupe y adoucit certainement sa musique, il conserve tout autant son identité. Personne n'aura réussi à arracher à Jaz Coleman qu'avec Night Time, Killing Joke avait perdu de son essence. Rien de plus normal.

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