Intelligence & Sacrifice

Intelligence & Sacrifice

Alec Empire

16 / 20 2002 Digital Hardcore Double Album / CD

Chronique de Mr.dante (Xsilence) 18 / 20

Posté le 11/10/2007
Avec une haine comme celle qu'il dégageait quand il faisait partie de feu Atari Teenage Riot, Alec Empire ne pouvait décemment pas en rester là ; il avait encore pas mal de choses à dire. L'expérience solo n'est cependant pas nouvelle pour lui, il nous avait, auparavant, déjà fourni des albums électro ambiant et de jungle d'excellentes factures. Mais ce n'est définitivement pas assez virulent, subversif, il en faut plus, il faut réveiller les consciences, créfieu !

Fort de son passé de révolutionnaire punkisant, Alec décide, avec l'aide de sa camarade de jeu de chez ATR, la charmante Nic Endo, de nous pondre en 2002 un double album sulfureux. Les fans du groupe su-cité retrouveront bien vite leurs traces : des beats urgents, des cassages de tempos à tout va, des retournements structurels à tour de bras, des samples de malade qui tombent toujours à pic ("Someday, we'll go to Heaven, Jesus said I would ..."). Alec s'amuse mais, surtout, nous produit le meilleur travail qu'il n'ait jamais fait.

Divisé en deux parties bien distinctes, cet Intellingence & Sacrifice est un être bicéphale aux caractères bien trempés. La première galette, c'est du ATR sauce Alec, gris, la vitesse est folle, les titres s'enchaînent sans relâche, les rares break ne sont là que pour nous brutaliser un peu plus, on ne reste pas sur place plus de 20 secondes. C'est brutal, de quoi faire pleurer un death-metaleux des plus chevelu ; c'est noir, de quoi faire passer du Nick Cave pour des comptines pour enfants et c'est rapide, très rapide. Ce qui n'empêche pas à l'œuvre d'être complète, diversifiée tout en restant foncièrement homogène. Le maître de soirée nous dévoile toutes les facettes de sa mûre agressivité : de l'indus Addicted To You au bruitiste Killing Machine, du hardcore Tear It Out au presque planant New World Order, Alec ne relâche jamais le pied et ne se prive d'aucun plaisir.

Les bonnes 50 minutes du premier disque s'écoulent à une vitesse affolante. Le moment de mettre le second arrive et on se tâterait bien, après ce que nos oreilles ont subies jusqu'ici, il serait temps de les mettre au repos. Mais ce serait sans compter sur le fait que messire Empire ne s'est pas contenté, et ça aurait été avec mauvais goût, de nous ressasser son Digital Hardcore (comme il aime tant le clamer) sur la longueur d'un second compact disc.

Reflétant les expérimentations électro typiques des premiers méfaits du berlinois, la seconde, mais non moins passionnante, partie de l'œuvre nous fait glisser sur une peau de banane mise là à cet effet. Ambiant, indus et même parfois un peu bruitiste, les morceaux sont efficaces et variés, changeant de couleur à chaque nouvelle piste. Nous touchons ici une facette moins novatrice du bonhomme mais qui, contrasté au premier CD, se révèle, à sa manière, assez suave, démontrant encore une fois le talent du géniteur pour ce genre d'œuvres qui lui sont si familières.

Parce que cette œuvre est riche, virulente, interpellante et passionnante, Intelligence & Sacrifice retient toute l'attention qu'il mérite. Même si nous ne pouvons pas classer cet album tel un premier pas d'Empire dans ces domaines, ce petit schleu nous flanque une grande claque dans la face, en nous rappelant qu'il est toujours de la partie et qu'il continuera toujours à faire ce qu'il a toujours si bien fait : de la musique faite pour réagir, et il le fait cette fois-ci excellemment bien, le gueux !

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