Chronique de Jumbo (Xsilence)
Posté le 23/05/2010
Mais quel monument du rock que ce Everybody Knows This Is Nowhere ! Je sais, ce genre de formule est complètement galvaudé, mais si je devais choisir un monument, ce serait bien celui-là... Ok, ça aussi c'est galvaudé. Pourtant, rien à faire, de cet album transpire cet aspect à chaque seconde. Il y a d'abord ce tube immense qu'est "Cinnamon Girl". Quand un de ses morceaux est repris par Peter Steele (LE mort de l'année, et ne me parlez pas de Ronnie James Dio), on sait qu'on a atteint un certain niveau. Mais Neil Young n'a même pas dû attendre le October Rust de Type O Negative pour ça, dès sa sortie Everybody Knows This Is Nowhere s'est imposé comme un chef-d'œuvre aussi génial qu'évident. Sa production, fantastique, complètement pourrie, avec sa batterie poussiéreuse, ses guitares métalliques, rouillées même, et ses lignes de chants faiblardes et trop aigües... Son dépouillement : seulement sept titres, pour une durée classique de quarante minutes. Deux morceaux tournent en effet autour des dix minutes, et quels morceaux ! Avant le final "Cowgirl In The Sand", épique et proprement traversé par l'esprit du rock, tout comme l'est "Cinnamon Girl" dans sa fraîcheur juvénile et campagnarde, on est gratifié de cinq perles plus ou moins folk d'une mélancolie renversante. Quand on découvre l'album, elles n'ont l'air de rien, mais au fil des inévitables et inlassables écoutes, leurs refrains s'impriment, développent une nostalgie troublante parce qu'artificielle, mais dont il est malgré tout impossible de se défaire. Et alors, on reprend ces paroles, qui deviennent déchirantes, douloureuses, mais si familières et quelque part, réconfortantes. Neil Young nous balance ces phrases de manière si désarmante, reprises par des chœurs si angéliques, qu'il est impossible de ne pas s'abandonner dans ces voix, de ne pas s'accrocher aux rengaines mélancoliques que sont "Round & Round (It Won't Be Long)", "Losing End (When You're On)" et "Running Dry (Requiem For The Rockets)" (ces violons d'une tristesse à mourir !). Il y a une telle alchimie entre le Canadien et son groupe américain fraîchement découvert, une telle évidence et une telle limpidité dans l'alliance batterie / basse / double guitare que c'en est presque vertigineux. Et le son garage au possible n'entache en rien cette perfection. Et alors, quand viennent les solos... Trop souvent recyclé en artifice stérile, le solo, chez Neil Young et son Crazy Horse, c'est quelque chose. Pas de vitesse, pas de technique impressionnante, mais un son, et des émotions à ras-bord. Sans éluder la vanité de l'exercice, le Loner semble incapable de rester en place et ne rate pas une occasion de faire une envolée électrique toujours plus magistrale et nonchalante. La musique de toute une vie, où l'on ne sait pas très bien ce qu'on vient y chercher, du réconfort ou le cafard, mais dont on ne ressort jamais inchangé.