Blakroc

Blakroc

BlakRoc

16 / 20 2009

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 16 / 20

Posté le 30/11/2009

Non ce n’est pas l’image d’une carte postale délavée d’un hiver à Mourmansk que vous voyez à gauche, c’est la pochette de l’album éponyme Blakroc, qui n’est autre que le projet indépendant de l’année 2009. Prenez une poignée rappeurs américains, enfermez-les dans un studio avec de la musique blues-rock et voyez ce qu’il en ressort. C’est ça l’idée, celle de Damon Dash, l’ancien bras droit de Jay-Z à la grande époque de Roc-A-Fella et instigateur de Blakroc. Les Black Keys sont en charge des compositions et l’ingénieur du son Joel Hamilton, une légende des studios new-yorkais, à l’enregistrement.

On comprend rapidement pourquoi ce disque suscite autant d’engouement. Personne ne s’est préparé à cette immense surprise : des couplets d’Ol’ Dirty Bastard sortis tout droit des archives gardés depuis l’époque de sa signature chez Roc A Fella. Il est ressuscité sur la première plage de Blakroc, « Coochie », connexion virtuelle post-mortem avec Ludacris. Le choc. C’est unique. ODB maîtrise son flow, d’habitude incontrôlable, avec toujours cette spontanéité qui le caractérise qui renvoie cette impression que la prise de voix datait d’hier. Luda, quant à lui, reste égal à lui-même et montre une certaine aisance sur ce genre d’instrumental.

L’autre point crucial qui fait la force de Blakroc réside dans l’implication des protagonistes, certains se présentant deux fois parmi les onze titres, comme RZA (« Dollaz & Sense » et en solo sur « Telling My Things »), coutumier ce type de sonorités, au même titre que Mos Def, grand amoureux de rock’n roll (un solo pour lui aussi avec « On The Vista » et « Hoochie Coo » en duo avec Jim Jones) et Billy Danze dont le timbre de voix rauque et décapant se marie très bien avec les riffs de guitares électriques. La double intervention de Jim Jones n’aurait pu être justifié que par son entente avec Dame Dash, producteur éxécutif, mais force est de reconnaître que ses prestations sont fort honorables, c’était inespéré qu’un jour il finisse par nous dévoiler qu’il possède bel et bien une conscience et un talent pour l’écriture. Dans son ombre, son protégé NOE nous interprète deux imitations quasi parfaites de Jay-Z. C’est la fausse révélation de Blakroc, lui et la chanteuse Nicole Wray (découverte par Missy Elliott) présente par trois fois pour quelques choeurs et un solo (« Why Can’t I Forget Him »).

L’atmosphère très particulière de Blakroc suffirait pour en faire un excellent projet. Seulement voilà, certains guests ne sont pas aussi brillants que leur réputation, Pharoahe Monch et Q-Tip n’ont quelques secondes de paroles sans davantage rentrer dans le sujet, contrairement à Raekwon qui s’est totalement imprégné l’ambiance de « Stay Off The Fuckin’ Flowers ». Pour ces quelques morceaux qui marqueront les esprits à tout jamais, Blakroc valait la peine d’être conçu.


Chronique de Soul Brotha (Goûte Mes Disques) 20 / 20

Posté le 07/12/2009

Quand on y réfléchit, le crossover rock/hip hop a t-il déjà réellement existé? A part quelques exceptions notables (Run DMC/Aerosmith ou les Beastie Boys, même s'ils n'ont jamais véritablement été un groupe de rap) et une série d'albums flirtant avec les guitares électriques au début des années 2000 (The New Danger de Mos Def, Phrenology des Roots ou encore Electric Circus de Common), ce terrain est quasiment vierge. C'est dans ce contexte que déboule Blakroc, la collaboration improbable entre les Black Keys, duo venant de l'Ohio connu et pour ses riffs bluesy crasseux, et Damon Dash, figure majeure du 'hip hop game' et grand gourou de l'illustre label Roc A Fella (longtemps la maison de Jay-Z avant une brouille entre les deux hommes). Le deal est simple: les BK apportent la musique, Dame, les rappeurs. Le moins que l'on puisse dire, c'est que tout le monde a bien rempli sa partie du contrat.

Musicalement, on était en droit d'être curieux quant à l'approche retenue par les Black Keys. Comment un groupe de rock, avec tout ce que cela comporte comme particularités musicales, peut-il produire un disque de rap? La réponse à cette question compliquée est simple: en ne changeant à peu près rien. La couleur sonore du disque rappelle clairement Attack & Release, le dernier album du groupe. Riffs agressifs et pincées de blues: crado comme on l'aime. Seule concession faite, elle est inévitable, c'est au niveau du rythme. L'ensemble est plus chaloupé afin de laisser une place aux MC's.

Car de ce coté-là, nous avons droit à un casting cinq étoiles! Le morceau d'ouverture, "Coochie" convie Ludacris qui pose sur un instru finalement très proche, dans sa structure plus que dans sa sonorité, de ce qu'il fait d'habitude et fait même revenir Ol' Dirty Bastard d'entre les morts pour un couplet dantesque. Les autres têtes d'affiches répondent aussi présentes, largement. Raekwon démolit sa piètre performance de Only Built For Cuban Links II (vous l'aurez compris, on est pas tous d'accord sur cet album au sein de la rédaction), le RZA passe pour un vrai rappeur (avec un flow, une diction convenable et tout) et Q-Tip est a son (top) niveau. Même Jim Jones s'en sort plutôt pas mal, c'est dire. On sera plus circonspect concernant Nicole Wray, son morceau soul étant le moins intéressant de l'album et c'est en grande partie dû à sa voix assez anonyme.Néanmoins, la plus grosse surprise de cet album reste la prestation de Mos Def. Après toutes les railleries qu'on a pu lui balancer à la sortie de The Ecstatic (six mois plus tard, ce disque reste une infamie), il se rattrape magistralement ici avec deux prestations de haute volée. "In The Vista" et sa guitare lancinante nous permet de redécouvrir son flow nonchalant et volubile à la fois, tout comme "Ain't Nothing Like You" où sa coopération avec Jim Jones fonctionne à merveille. Comme quoi, c'est bête à dire, mais il suffit d'être bien produit pour (re)faire de la bonne musique...

Quoi qu'il en soit, Blakroc est un miracle. Il s'agit du premier projet crédible de fusion hip hop/rock. Personne ne s'est compromis dans cette histoire, les Black Keys ont fourni une prestation musicale éclatante au service d'un crew de rappeurs en pleine forme. Ce projet excitant est un des meilleurs album hip hop de ces dernières années: un groupe de rock qui propose sa lecture de la musique rap et qui se débrouille pour que ce soit brillant, oui, clairement, c'est un miracle.


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