BEYONCÉ

BEYONCÉ

Beyoncé

16 / 20 2013

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 16 / 20

Posté le 20/12/2013

beyonce eponyme

C’était le vendredi 13 décembre 2013. J’arrive au boulot, normal, je checke mes e-mails, jauge la masse de travail de la journée et profite de ma pause-café pour fureter sur le réseau à l’oiseau bleu. Et là, je débarque au beau milieu d’un ouragan de messages de gens déclarant partout sur la planète que le nouvel album de Beyoncé est sorti sans prévenir sur iTunes durant la nuit, dans un package contenant un extrait vidéo par chanson. C’était un vendredi 13 qui restera gravé dans les mémoires de l’industrie du disque, et du marketing.

Cette stratégie de ‘non-promotion’ a fait autant débat que le contenu de cet opus éponyme, au point que les journaux télévisés français se sont sentis obligés d’en parler. Evidemment, on peut penser que son époux Jay-Z a fait office de conseiller en stratégie de communication (puisqu’il y en a bien une), lui-même ayant orchestré de façon démoniaque la parution de Magna Carta Holy Grail été dernier en signant un deal avec Samsung, qui a permis d’écouter un million de copies digitales avant sa commercialisation physique. Sauf que dans le cas présent, la question de l’utilité d’une maison de disque se pose réellement, sachant que Beyoncé peut se payer les producteurs et auteurs à sa guise. Je ne blablaterai pas davantage à ce sujet, beaucoup d’articles ont foisonné pour analyser ce phénomène, je rappellerai juste ces chiffres impressionnants : + de 500 000 copies digitales achetées sur la plateforme d’Apple, et à l’heure où j’écris ces lignes 1,5 millions d’exemplaires physiques se sont écoulée depuis le 20 Décembre rien qu’aux Etats-Unis. BEYONCÉ, un nom suffit.

Cet album, c’est tout Beyoncé aujourd’hui. Quand on écoute l’enregistrement de Beyoncé enfant à un concours de chant en introduction de « Haunted » et un autre des Destiny’s Child sur « ***Flawless » (anciemment « Bow Down » mais dans une version longue et toujours redoutable avec une prod co-signée Hit-Boy), c’est comme si c’était écrit depuis longtemps qu’elle deviendrait la boss quand elle a démarré sa carrière en solo avec le désormais classique Dangerously in Love. Et dix ans après son tout premier single « Dangerously in Love« , B est toujours ‘in love’ de Jay-Z, sauf qu’elle en est cette fois « Drunk in love » et son mari se compare à Ike Turner et lui balance un « Eat a cake, Anna Mae ». Heureusement que dans la vraie vie, ils ne forment pas un couple à la passion aussi tumultueuse (enfin j’espère pour eux).

En dehors du classicisme de la plupart des chansons, Beyoncé concourt pour la titre de la femme idéale en dévoilant ses penchants à travers l’érotisme glamour de « Partition » (s’affichant en très petite tenue sexy dans des poses qui le sont tout autant au Crazy Horse dans le clip) et qui frôle le porno-chic sur le soulful « Rocket » (avec les images très sexy qui vont avec), allant jusqu’à réclamer qu’on la punisse. Oui, Bey est super coquine en réalité, mais c’est tellement sex’ quand ça sort de sa bouche. Sur « Jealous« , elle y va cash : « I’m in my penthouse half-naked, I cooked this meal for you naked ». Et ne parlons pas des gémissements alléchants qu’elle lâche lascivement sur le boogie efficace de « Blow » (co-produit par la team de choc Pharrell et Timbaland en milieu de morceau). Quand elle chante « I kiss you when you lick your lips », « can you eat my Skittles it’s the sweetest in the middle » sur le refrain et « I can’t wait getting home so I can’t turn your cherry out » sur le bridge, les hommes peuvent dérouler leur langue comme le loup de Tex Avery en imaginant ces allusions frivoles.

Beyoncé (l’album), est très cohérent dans sa conception et plaisant à l’écoute. Pour l’écriture, la chanteuse sait s’entourer des meilleurs, curieusement par des artistes masculins: Frank Ocean que l’on entend sur « Superpower« , Miguel, The-Dream, Justin Timberlake, James Fauntleroy et puis le lover émotif Drake qui pose en featuring sur « Mine« . Beyoncé (la personne), une femme, une mère (elle consacre le dernier morceau à sa fille Blue Ivy en évoquant sa maternité), une artiste épanouie – et surtout très influente – dans la fleur de l’âge et qui s’assume à 110%. Mais sans doute n’avait-elle pas besoin d’en faire trop pour s’imposer. La reine du R&B est définitivement devenue sa propre marque.


Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 06/01/2014

On n’a jamais vraiment douté de la popularité démentielle de Beyoncé, mais les chiffres donnent quand même le tournis: en un weekend, la Queen Bey a écoulé sur iTunes 828.773 exemplaires de sa nouvelle galette, qui est, pour rappel, sortie à la surprise générale et ne pouvait se télécharger que dans son intégralité, et non à la carte. Un exploit dans les conditions actuelles d’un marché du divertissement de masse qui carbure davantage au single un brin pupute qu’à l’album conceptualisé dans sa globalité.

Et donc, en quelques heures, Miss Carter a fait surchauffer les serveurs du mastodonte de Cupertino et foutu un beau bordel sur Twitter. Tout ça pour nous prouver que derrière une tactique marketing qui n’étonne plus grand monde en 2013, il y a surtout cette évidence: Beyoncé n’a besoin de rien ni de personne pour rester au sommet. Enfin, besoin de personne, on exagère peut-être un peu. Car ce nouvel album, son cinquième, c’est la ligue des gentlemen extraordinaires qui se réunit autour d’un seul et même monolithe censé symboliser tout ce que le r’n’b fait de mieux en 2013. De fait, on comprend vite à la lecture du casting que tout le monde qui compte a voulu en être. A un point tel qu’on en arrive à un tracklisting à peine croyable. A l’image de ces disques de hip hop qui réunissent la crème des producteurs du moment (dont pas mal se retrouvent ici, comme Timbaland, Hit-Boy, The-Dream ou Noah ‘40’ Shebib) Beyoncé appartient à cette catégorie d’objets produits à l’excès, mais dont le résultat ne cessera jamais de sidérer, cristallisant une nouvelle fois cette quête effrénée de la perfection (de façade du moins) propre à l’entertainment américain.

Evidemment, quand cette industrie tente de mettre en lumière des talents un peu creux, cela donne des albums dont le vernis ne met que quelques écoutes à se craqueler. Mais quand on parle d’une dame dont le seul défaut est probablement d’être parfaite, on se situe tout de suite dans une autre division – où Beyoncé semble d’ailleurs bien seule en 2013. Cet album éponyme, c’est donc une petite heure à la seule gloire de la Texane, un exercice de courbettes incessantes qui ne fait que confirmer ce que l’on savait déjà : Beyoncé est sur une autre planète, et pour un bon bout de temps encore. Après, passées les premières écoutes où l’on s'en prend forcément plein les mirettes (un sentiment renforcé par le penchant visuel de Beyoncé), il est bon de se pencher avec un peu plus d’attention sur la qualité intrinsèque des morceaux, qui ont forcément bien plus à offrir que leur éclatante beauté de surface. Et c’est peut-être là que l’on trouvera suffisamment de grain à moudre pour critiquer Beyoncé – c’est d’habitude tellement compliqué qu’on ne va pas louper cette occasion.

Ainsi, si l’on a bien du mal à émettre la moindre critique à une entame et une fin d’album tout bonnement intouchables et d’une rare cohérence malgré la multiplication des intervenants, Beyoncé n’évite pas le piège du ventre mou – ce qui rend le disque presque attachant de normalité, avec des titres d’une banalité plutôt confondante. Evidemment, dans ce passage à vide, on trouve des compositions qui feraient le bonheur de n’importe quel artiste de seconde zone suçant la roue de Sasha Fierce, mais quand on s’appelle Beyoncé, on ne tolère que l’indispensable. Et par indispensable, on entend des joyaux en mesure d’exploiter pleinement un potentiel qui ferait presque oublier les apparitions vocales d’un Drake sur le sensuel «Mine» ou d’un Jay Z sur le puissant «Drunk in Love». En fait, au jeu du guest de luxe, seul Frank Ocean tire vraiment son épingle du jeu avec un «Superpower» tout en élégance feutrée et qui nous rappelle qu’avant d’être le chantre d’un certain renouveau R’n’B, le crooner de L.A., tapi dans l'ombre des plus grands, monnayait ses talents pour Justin Bieber, Brandy ou John Legend.  

A l’arrivée, malgré quelques petits défauts, Beyoncé fait partie de ces albums à même de concilier envies du grand public, velléités indé et conscience hipster dans un disque qui a surtout été pensé comme un objet d’art ultime. Et puis, et c’est probablement le plus important : l’ex-Destiny’s Child a enfin atteint cette maturité qui se dessinait sur un 4 qui prenait déjà quelques risques et qui lui permet aujourd’hui de faire ce qu’elle veut, et de le faire bien. En fait, avec Beyoncé, l’Américaine vient peut-être d’entamer la partie la plus intéressante de sa carrière. Et on sera là pour ne pas en louper la moindre miette.


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