Nino Rojo

Nino Rojo

Devendra Banhart

15 / 20 2004 Young God Album / CD  Vinyle

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 18/10/2004

On pourrait parler des pages durant de cet homme atypique qu’est Devendra Banhart, on pourrait s’étendre en long et en large sur le chemin parcouru par le bonhomme depuis ses débuts à San Fransisco, on pourrait discuter à l’envi de ses nombreux talents artistiques, de son apparence extérieure si particulière qui fait penser à une version 'baba cool' de Vincent Gallo, on pourrait écrire des paragraphes entiers sur la hype qui entoure petit à petit ce jeune homme de 23 ans, mais à quoi bon noircir tant de papier pour rien? Tout cela est si futile une fois Niño Rojo inséré dans le lecteur. Car à partir de cet instant, une seule constatation s’impose : Devendra Banhart est un grand monsieur. Point barre. Comment pourrait-on penser le contraire de celui qui a en l’espace de quelques mois sorti les deux plus beaux disques de folk qu’il m’ait été donné d’entendre en 2004. A peine ai-je eu le temps de découvrir les nombreux recoins de Rejoicing in the Hands que l’homme nous revient déjà avec ce Niño Rojo tout aussi enthousiasmant.

Devendra Banhart reprend les choses là où il les avait laissées avec son dernier album ; chose somme toute logique puisque les seize titres de Niño Rojo sont issus de la session d’enregistrement de Rejoicing In The Hands. L’auditeur a toujours l’impression de se trouver face à cet être hybride, fusion réussie entre Nick Drake, Syd Barrett et Will Oldham. Et un hippie.

Dès les premiers accords de "Wake Up Little Sparrow", on retrouve avec une joie non dissimulée cette guitare espagnole enchanteresse, ces textes bizarres et parfois sombres ainsi que ces accords de fingerpicking touchants. Il faut aussi mentionner cette voix sortie de nulle part, parfois chevrotante, parfois frémissante mais toujours émouvante. On ne se lasse pas de ces mélodies sorties de nulle part, de ces chansons qui séduisent par leur rare simplicité. Une musique tout simplement belle et éternelle qui se plaît à transcender les époques. Ce disque aurait pu sortir trente ans plus tôt et on y aurait pas vu la moindre différence. Pourtant il faudra bien s’y faire, la musique de Devendra Banhart a beau se vouloir intemporelle, il n’en reste pas moins qu’elle restera associée pour longtemps comme ayant marqué de son sceau un année 2004 qui a vu le retour en force du folk sous toutes ses formes (par le biais d’artistes comme Iron & Wine, Sufjan Stevens ou encore Joanna Newsom).

Comme je le disais donc en début de chronique : pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Niño Rojo est un album de folk/neo-folk/weird folk (appelez ça comme vous voulez) à côté duquel tout amateur de bonne musique qui se respecte ne peut passer. Quarante cinq minutes et onze secondes d’une expérience bouleversante et impressionnante. Un joyau comme il en sort rarement. Bref, un must.


Chronique de Hanabira (Xsilence) 18 / 20

Posté le 10/08/2005
"Niño Rojo" et "Rejoicing The Hands" ne vont pas l'un sans l'autre : ils se tiennent la main, ont communément 16 titres chacun, du beige et des pointillés comme vêtements, des mots sur la nature et le bonheur comme consistance, le folk comme maître mot et Devendra comme papa. La chronique de l'un ne va donc pas sans celle de l'autre.

Alors, ce "Niño Rojo" pourrait-il se résumer à "Rejoicing The Hands", ou serait-il indispensable ? Pour que le diptyque (ou le polyptique) en soit un, il faut deux (ou plusieurs) panneaux. Il faut qu'ils soient baignés par la même peinture ou par la même matière, et par le même thème. Il faut aussi qu'ils aient une identité propre, pour que le panneau puisse être une œuvre d'art à lui seul. C'est sensiblement la même chose ici.
"Niño Rojo" est plus intimiste et plus doux que son jumeau. Le plus âgé exprime la nature, lui il la vit. L'aîné parlait du monde, des gens, de vous et de moi ; lui, il parle aux arbres, il parle au ciel, il se parle à lui-même.
L'autre avait ce côté "homme", lui a ce côté "poète". Il aurait pu se nommer "Les Contemplations". A l'orée d'un bois, il parle aux oiseaux ( "Little bird, oh don't you know ? Your friends flew south many months ago" ; "Wake Up Little Sparrow") et à une jolie partie de la faune ("Little Yellow Spider"), toujours seul. L'univers se réduit à sa propre personne, aux petites bêtes qui l'entourent, à l'environnement qui stimule sa prose. Parfois une personne arrive, mais cette dernière est toujours extrêmement privilégiée ("At The Hop", "Noah", "Sister").

L'atmosphère se veut intimiste et l'est fortement : le titre "An Island" résume bien l'ambiance édénique de cette composition. Seul ou à deux.
Regardez le diptyque de Wilton ou "l'Agneau Mystique" des célèbres frères Van Eyck tout en écoutant "Niño Rojo". Une même spiritualité flotte au-dessus des paroles et des accords.
Les deux albums s'embellissent respectivement parce qu'ils se complètent. Chacun est une œuvre, mais c'est ensemble qu'ils forment un chef d'œuvre.
D'ailleurs, Devendra affirme : "j'écris des chansons pour que les gens fassent l'amour dessus, pour qu'ils aient toutes sortes de relations étranges dessus, et aussi pour qu'ils fassent plein d'enfants"...... Donc eh oui : à deux, c'est mieux !

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