Before The Poison

Before The Poison

Marianne Faithfull

17 / 20 2004 Naïve Album / CD

Chronique de Hanabira (Xsilence) 18 / 20

Posté le 01/08/2005
Marianne Faithfull, deux ans après son "Kissing Time" ne décevra pas : l'automne sera tendre et vaporeux comme jamais. "Before The Poison" nous fera observer cette saison jaunâtre -peinture de la décomposition- avec une béatitude et une douceur indescriptibles. La chose est sûre, certaine, irrévocable : les invités prestigieux qui hantent délicatement cet album en sont une grande preuve. Il y aura en lui, assurément, l'esprit suave et énervé de PJ Harvey -que l'on a retrouvé sur son merveilleux "Uh Huh Her" quelques mois plus tôt (l'album de Faithfull sera ainsi folk et rock) ; il contiendra également l'aspect morbide et romantique de Nick Cave accompagné par un bout de ses Bad Seeds ("Murder Ballads") ; Damon Albarn lui apportera son ouverture musicale et son ingénieux sens de la production ; Rob Ellis touchera le berceau de son doigt de poète et de producteur hors pair ; et enfin, le génie mélodieux certain de Jon Brillon lui offrira tout son talent.

"Before The Poison" puise quelque chose dans toutes ces personnes, qui donnent chacune une propre et magnifique définition du mot Musique. En l'écoutant enfin, après de nombreuses hypothèses, on se dit -avec la fierté d'un scientifique ayant démontré sa thèse : "j'avais raison". Eh oui, on a eu plus que raison de dérouler un lit de roses aux pieds de cet album avant même de l'avoir écouté. Nous sommes assurés de pouvoir porter toute notre confiance en ces cinq artistes qui ont su enjoliver comme il le fallait Marianne Faithfull.
Parlons-en justement, de cette ancienne égérie embellie par le temps : Faithfull, en plus d'avoir trouvé les compositeurs parfaits pour enluminer sa voix tachée par la nicotine et le whisky, nous livre une interprétation grandiose des dix titres de cet opus. Des chansons telles que "No Child Of Mine" (une reprise de PJ Harvey) ou "There Is A Ghost" écrite par Nick Cave –ô combien poignante !- semblent avoir été pensées et produites par la dame, dans la plus stricte intimité. Dans son monde qu'à elle. D'autres, à l'image de "Desperento", de "City Of Quartz" ou d' "In The Factory" affichent les esprits associés à la voix sans laisser de doutes.
Ainsi, Faithfull a ouvert, les bras en croix, son cœur, ses joies et ses maux ; et a accueilli -toujours dans la même position et avec la même ouverture- les idées et les goûts de ceux qui ont permis à "Before The Poison" d'être ce qu'il est. La dame a su faire ce don d'elle même avec une finesse remarquable et accepter ce don d'autrui avec la même subtilité.
Ce disque, malgré une véritable homogénéité, est une palette de multiples couleurs et de multiples temps. Du noir pour son côté triste, énervé et affligé ("Before The Poison") , du rose pâle pour sa douceur ("Last Song"). Une grande référence au passé ("There Is A Ghost") s'imprègne dans l'air du temps ("Desperanto").

En écoutant "Before The Poison", un après-midi d'automne, lové dans la solitude, on se verra subitement côtoyer tout un monde fait d'histoires, de multiples gens, et de vies.
L'inverse marche aussi : cet album nous fera ressentir en nous une complète intimité –tout simplement parce qu'il est très intimiste-, même en marchant dans les grands boulevards.

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