Thank Me Later

Thank Me Later

Drake

12 / 20 2010

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 12 / 20

Posté le 14/06/2010

Depuis un an et demi, tout le monde ne parle que de lui : Drake. Quand je dis tout le monde, c’est la presse, les grands noms du rap et bien sûr les fans transis devant ce canadien de 23 ans qui cultive déjà un certain narcissisme. Alors que l’EP So Far Gone s’approche du disque d’or aux US, sort Thank Me Later, un premier album qu’il a conçu « comme si c’était son dernier » et pour « plaire à vos copines ». Cela veut tout dire. Il a beau détenir la mixtape de l’année de 2009, être le protégé de Lil Wayne, un hit (« Best I Ever Had »), ses lyrics du remix de « Forever » immortalisés (« Last name ‘ever’, first name ‘greatest’ ») et faire partie de la team hype des Young Money millionnaires, Drake n’est pas un phénomène, ni l’auteur d’un classique, ni de l’album de l’année.

Lire l’analyse de la « Success-story » de Drake sur Streetblogger en cliquant ici

Si son succès est promis, le battage médiatique et l’engouement qu’il a généré restent exagérés au possible. Je n’ai pas envie de faire comme tous ces magasines (Vibe, Pitchfork…) qui cherchent (choisissent? chouchoutent?) les talents de demain et les encense pour revendiquer ensuite engranger les gains de leur pari. Je n’ai pas non plus envie d’acclamer Drake parce qu’on nous dit à tort et à travers qu’il s’agit du futur du rap et pour suivre le groupe. Si je campe sur ma position, ce n’est pas non plus pour former une opposition, ni crier à l’imposture, ni par obstination ou ‘hating’, ce n’est pas du tout ça, il faut un moment arrêter de raconter des conneries et d’en avaler. Drake est « surbuzzé », Drake n’est pas l’égal d’un Jay-Z ou d’un Nas, Drake est un ancien acteur de série-télé qui joue son meilleur rôle : celui de rappeur/chanteur. XXL a peut-être eu raison de ne pas le figurer sur la cover des Freshmen de 2008. #isaidit

Drake ‘chantotune’ « I want this shit forever mine » sur « Forever », il donne la suite sur « Over » où il clame « I’m doin’ me » avec une fausse modestie due à sa notoriété foudroyante. Se revendiquant backpacker – enfin ça c’est qu’il dit – le rappeur canadien se défend plutôt bien en tant que lyriciste, à commencer par la première piste « Fireworks » avec la gracieuse compagnie de Alicia Keys, puis « Show Me A Good Time » (sur une production de Kanye West, No ID et Jeff Bhasker qui manque d’harmonie) ou encore « Miss Me » avec son boss Lil Wayne, avec qui il partage son flow en garde alternée (comme dirait @therealMilie). Ses textes sont fournis, pour compenser un manque de trucs intéressants à dire : les femmes, son succès, son succès auprès des femmes et des egotrips sur son succès auprès des femmes.

La pochette est cheap. Un amateur sur Photoshop pourrait la conceptualiser : image en noir & blanc, calque rouge ombré, décalage, floutage, étiquetage du nom et du titre… Une opération qui dure 2 minutes. Et le contenu? La suite logique de So Far Gone, c’est-à-dire un trip reproduit à partir de 808 & Heartbreak de Kanye : de l’électro-r&b spleen comme les Boards of Canada avec l’autotune de série, en plus lisse et plus soft et avec les mêmes producteurs que sa fameuse mixtape (Boi-1da et Noah ’40’ Shebib). Thank Me Later commence par la fin (donc le meilleur?), un feu d’artifice pour Drake et Alicia sur « Fireworks » qui cède à l’ennui latent de « Karaoke » et « The Resistance » qui s’inpire étrangement de « Say You Will » (première track de 808’s & Heartbreak). Summum du chiantisme (un néologisme est réellement nécessaire) profond : les six minutes à rallonge de « Shut It Down », avec en prime la voix de fausset de The-Dream pour que l’anesthésie dure jusqu’au bout de cette platitude absolue. Très peu d’émotions et quelques bâillements. C’est étonnant de voir comment Drake a réussit à extrapoler ce que je pensais être un exercice de style fortement inspiré de la dernière ‘oeuvre’ (ou plutôt parenthèse musicale) de Kanye West qu’il admire tant. Il n’y a pas d’innovation là-dedans, puisqu’il suit une direction lancée son idole habillée par Louis Vuitton et qui selon moi, finira dans une voie de garage. Il n’a pas créé son propre univers musical comme Kid Cudi.

Un exercice de style devenu grandeur nature alors et super-produit évidemment, avec les contributions de – tadadam, suspens – Kanye West (pour le soft « Find Your Love »), Swizz Beatz sur la très bonne première moitié de « Fancy » feat T.I, et Timbaland (le old Timbo svp) sur le final « Thank Me Now ». C’est stupéfiant de voir à quel point la voix de Drake est différente selon s’il rappe (avec un accent à la Weezy) ou chante avec l’autotune (curieux de l’entendre chanter sans qu’on rigole). Seul il se débrouille quand même pas mal, mais ça n’arrive pas très souvent sur Thank Me Later. Alors quand il y a des invités comme Jay-Z, il est systématiquement éclipsé sur « Light Up ». Et la faute de goût n’est jamais loin, comme ce sample d’Aaliyah très mal utilisé sur « Unforgettable » featuring Young Jeezy, c’est impardonnable. La poupée gonflée Nicki Minaj lui donne la réplique sur « Up All Night » qui tient le message suivant : ma team Young Money c’est la meilleure et je roule pour elle. Classique. Comme cette apparition obligatoire de Lil Wayne pour le seconder (ou le renvoyer au second plan, c’est selon le point de vue) sur « Miss Me », qui ressemble au titre le plus hip-hop de l’album.

C’est qu’il a l’art d’agacer à trop s’y croire, c’est ça la critique principale. Je ne déconne pas, c’est lui-même qui a dit récemment qu’il fait du ‘real hip-hop’ en laissant sous-entendre par la suite qu’il est plus dope que tout le reste. A mes oreilles, Drake ne répond pas à la définition de « vrai hip-hop », ni de hipster-hop ou de quelconque catégorie inventée, rien à foutre que des rappeurs l’encensent. Entre nous, on savait tous que cet album ne serait ni bon, ni mauvais et qu’on en fait beaucoup trop à son sujet. Il a simplement de la chance d’en être arrivé là et il en profite de son heure de gloire.


Chronique de Bahi (Goûte Mes Disques) 12 / 20

Posté le 05/07/2010

Si Lil' Wayne est considéré comme l'un des meilleurs rappeurs actuels, nombreux sont ceux qui s'inspirent de cette mouvance récente, basée sur le swagger et les vibes piquées ci et là - en gros, le rock ou l'electro. Si l'on peut citer Kid Cudi en exemple, un autre rappeur s'est distingué dans cette nouvelle branche du hip hop, Drake. Lui, c'est le poulain de Weezy, signé sur son label Young Money depuis une paire d'années. Depuis lors, le Canadien multiplie les apparitions sur les mixtapes à succès (So Far Gone) et les sons bankables comme "Forever", la bande son du film sur Lebron James, More Than A Game. Ainsi, avec une gueule bien singulière et un flow qui l'est tout autant, Drake s'est petit à petit fait une place au soleil sur une scène hip hop internationale qui apparaît comme une bâtisse vieillissante, soutenue par des piliers fatigués, dans l'attente du coup de jeune. C'est dans ce contexte que le jeune canadien frappe à la porte maculée du rapgame, Thank Me Later à la main.

Et Drake sait pertinemment que c'est cet album qui lui permettra ou non de passer la porte. Vu qu'il ne compte pas squatter le paillasson outre mesure, il a mis le paquet le bougre : Kanye West, Swizz Beatz, TI, Timbaland, Jay-Z, Alicia Keys, Young Jeezy, Nicki Minaj ou Lil' Wayne  ont tous mis la main à la pâte. Du lourd comme on dit. Ce n'est finalement que le simple retour du rôle de « rappeur à featurings blastés sur MTV » qu'il joue depuis quelques temps. Car outre ses capacités de MC pur et dur, monsieur chante, d'une manière un peu niaise, et en plein délire R'n'B. En d'autres termes, il a la faculté de saloper des morceaux en y plaçant des refrains électronisés de mauvaise facture, mais fort heureusement pour lui, ce n'est pas cela qui l'a empêché d'acquérir une certaine notoriété, que le rookie se doit de confirmer. Reste à savoir si la mayonnaise va prendre sur Thank Me Later.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'album cultive parfaitement cette veine ou plus exactement ce tandem chant / beat saturé, si bien que c'est ce que l'on retient le plus de ce premier effort studio officiel. Drake passe le plus clair de son temps à vocaliser sur des instrus électro-fades, entre sérénade et chant funèbre, comme sur « The Resistance ». Pour notre plus grand soulagement, il parvient également à sortir de cette comptine auto-tunée sur certains morceaux, comme sur « Over », certainement la track la plus réussie de l'opus. Ne soyons donc pas trop dur avec le jeune Aubray Graham et penchons nous sur ce qu'il fait de mieux. Et définitivement, on peut dire que c'est rapper. Sur « Up All Night » ou « Light Up » (où le sacro-saint Jay-Z nous fait le plaisir de toaster), le Canadien montre qu'il en est dignement capable.

Mais sa fougue et ses aptitudes au talk-over, Drake ne les emploie que trop peu sur l'album, et c'est bien là le problème. Ce manque de robustesse, de brutalité nuit à la qualité du disque malgré des featurings plutôt réussis, où le garçon nous montre l'étendue de son talent à pondre des morceaux efficaces, comme sur « Miss Me » avec son mentor Weezy. On peut d'ailleurs louer le travail de Noah « 40 » Shebib à la production, travailleur de l'ombre sur ce projet, qui parvient à fignoler des mélodies propres et raccords avec le style du rappeur, pourtant délicat à cerner. Car, à mi-chemin entre le loveur et le MC au flow tranché, Drake ne trouve pas l'équilibre, source de justesse et de réussite. La présence d'un titre phare, aurait peut-être permis de solidifier le tout et de lui donner une saveur supérieure.

Sur ce sujet, Thank Me Later manque de contenu et d'identité, et nous laisse en bouche une impression de légèreté, un brin fade. Car la recette Young Money, caractérisée par l'exubérance et la facilité, ne permet pas réellement à Drake de se faire un place sur la carte des grands MC actuels. Malgré des ingrédients de qualité, son album ne nous rassasie pas vraiment car finalement, le tout manque de goût et d'authenticité, un peu comme les desserts de la cantine. Le meilleur que l'on puisse lui souhaiter est de retrousser ses manches et de nous concocter un projet plus appétissant à l'avenir, avec les épaules d'un chef.


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