Good Things

Good Things

Aloe Blacc

16 / 20 2010

Chronique de Julien (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 24/09/2010

On peut se fier au label qui l'accueille, Stones Throw et ses figures tutélaires J Dilla, Dam-Funk ou Breakestra. On peut également se fier à son premier album solo Shine Through sorti en 2006 et à son précédent projet hip hop Emanon. On peut encore plus directement se fier au premier single de Good Things, l'ultra-tubesque "I Need A Dollar". Tout concorde pour attendre de ce second effort d'Aloe Blacc un vrai disque neo-soul, actuel, urbain et métissé. Il n'en est malheureusement rien, car même si en ouverture ce déjà célèbre "I Need A Dollar" nous fait un coup à la Mayer Hawthorne, dès le morceau suivant et quasiment sans coupure, nous replongeons dans le militantisme afro des années 70. Production ultra vintage, électricité dans l'air et cuivres charnels, Good Things aurait pu être composé il y a trente-cinq ans, et ça aurait presque pu être un enregistrement d'époque – à quelques broutilles électroniques près.

Avec ce geste artistique typiquement rétro, Aloe Blacc en devient l'héritier le plus noble de Marvin Gaye. Sans être passéiste, il retrouve dans ce disque la grâce d'un âge d'or perdu, dans les costumes neufs de chansons fraîchement écrites. Le seul standard repris est d'ailleurs transfiguré : il s'agit du "Femme Fatale" du Velvet Underground chanté initialement par Nico, qui, porté dans les coordonnées de la soul, prend un envol nouveau et inattendu. C'est très beau et très attachant, avec une vraie classe dans l'exécution. Seul manque à ce disque le soupçon d'épice en plus, l'ingrédient qui chimiquement, lui ferait franchir un palier, le ferait échapper complètement au piège nostalgique. Car si Good Things n'est pas un simple collage, il n'apporte néanmoins jamais la preuve de sa modernité, de la nécessité impérieuse de l'écouter en 2010.


Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 16 / 20

Posté le 27/09/2010

Personne n’a échappé à la ritournelle « I Need a Dollar », que ce soit à la radio ou à la télé. Le thème de la série How To Make It In America (dans laquelle joue Kid Cudi) est devenue plus qu’un tube accidentel, c’est un nouveau standard de la Soul. Les notes de piano et les instrumentations sont entêtantes, autour de laquelle son auteur le rappeur-devenu-chanteur Aloe Blacc nous partage l’histoire d’une personne qui perd tout au point de finir entre la bouteille et la corde, l’appel à l’aide de quelqu’un d’anonyme qui finit à la rue. Ce titre décrivant le contexte social cruel d’aujourd’hui n’est que le début d’un second album qui promet plein de bonnes choses…

Ce deuxième opus marque le début d’une belle histoire, aux antipodes de l’expérimental Shine Through sorti quatre ans auparavant. Je suis content d’observer que les artistes de chez Stones Throw engrangent un certain succès, après celui de Mayer Hawthorne. Aloe est même passé au Grand Journal et à la Block Party qui a eu lieu à Paris. C’est beau un succès quand il est mérité, en espérant qu’il en soit de même pour Good Things. Intemporel est le terme qui définit le mieux cet opus : est-ce qu’Aloe Blacc a fait du neuf avec de l’ancien ou de l’ancien avec neuf ? Sérieusement, peu importe. Peu importe si la guitare wah-wah de « Hey Brother » fait très seventies ou que les orgues soient omniprésents (« Green Light », la prière « Take Me Back »), c’est de la Soul music traditionnelle, ‘old fashioned’ si je puis dire, faussement néo-rétro.

Ce qui compte sur Good Things est la justesse du ton et des émotions véhiculées par notre élégant interprète, pour donner un sens à ses textes sobres et poignants. Dans ses écrits, Aloe Blacc montre comment il est si facile de sombrer dans la misère, qui peut survenir à n’importe quel moment de notre vie, et à l’inverse comment il est difficile pour quelqu’un survivant dans les classes sociales les plus basses de toucher des buts évidents pour toutes personnes, comme l’amour, l’argent, qu’il perçoit au féminin. Tantôt la femme devient la débauchée et traîtresse « Miss Fortune », tantôt fatale, touchant Aloe par une flèche en plein coeur. Y succède parfaitement « Loving You Is Killing Me », bien emmené par une batterie entraînante qui vaudrait bien des passages en airplay (s’il vous plaît sortez ce titre en single).

C’est après que tous les malheurs soient passés que l’on reprend goûts aux choses autours de soi et que le sourire revient, c’est là la morale de « Good Things », savoir apprécier ces moments où la situation s’arrange et s’accrocher. Comme dans un film mélancolique, l’émotion atteint son comble à la fin, quand Aloe Blacc chante les paroles de « Mama Hold My Hand ». On revoit avec lui notre mère, celle de nos souvenirs, on redevient enfant la durée de ce titre profondément triste et extrêmement troublant. Vu la peine que l’on ressent à travers toutes ses histoires et rêves brisés reflétant le marasme social actuel, on a bien envie de les échanger contre un euro pour chaque chansons que composent ce disque, pour qu’il ne s’arrête pas de chanter. Le genre d’album où l’on sort grandi.


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