Give the Drummer Some

Give the Drummer Some

Travis Barker

14 / 20 2011

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 14 / 20

Posté le 15/03/2011

Avec Questlove des Roots, probablement l’un des meilleurs batteurs au monde. C’est ce qu’on disait déjà de Travis Barker lorsqu’il évoluait au sein des Blink 182, la formation punk-rock qui faisait (pour certains d’entre nous) office de bande-son dans les soirées beuveries au lycée et à la fac. Lorsque le groupe a décidé de faire un break, Travis s’est occupé de ses divers side-projects et a commencé à porter un regard intéressé au hip-hop. D’abord en remixant une pléthore de morceaux, puis c’est devenu un truc plus sérieux quand il a travaillé sur les singles de Paul Wall, The Game (« Dope Boys »), Warren G (« Let’s Get High »), Lil Wayne, Rihanna… Au grand dam de son public ckeu-ro, Travis Barker parachève sa reconversion avec son premier album, un album majoritairement hip-hop, Give the Drummer Some.

Le premier single, qui est aussi le premier morceau de l’album, n’est qu’un avant-goût pas si représentatif de l’album. « Can a Drummer Get Some » (feat Lil Wayne, Swizz Beatz, Rick Ross & Game) est un aperçu flatteur de ce qui attend l’auditeur : des coups de batterie géniaux, l’élite du milieu rap US pas venu pour faire une banale figuration, des éléments empruntés à la musique rock (guitares électriques principalement)… Exception faite de « Saturday Night » de son groupe The Transplants et Slash. Sur le début du disque, Travis Barker fusionne ses batteries très chargées d’autres producteurs, Swizzy, les Neptunes sur « If You Want To » (imaginez les N.E.R.D. en plus musclé avec des couplets hallucinants de Lupe Fiasco), RZA (« Carry It » avec Raekwon et la guitare de Tom Morello) et Chuck Inglish qui co-produit le très bon titre « Jumps Down » des Cool Kids.

Dans le reste de l’album, c’est lui qui mène les productions avec ses deux baguettes. Il est tellement doué qu’on a l’impression qu’il a quatre bras en réalité. En réaction, la plupart des feats sortent des flows inédits et quelques grosses punchlines, citons E-40, Game, Lupe, les Slaughterhouse (démoniaques tous autant qu’ils sont sur « Devil’s Got a Hold »), le combo Twista/Busta/Yelawolf qui font un concours de sprint sur la septième piste (plus un Lil Jon qui met un coup de boost au refrain). Quand quelques-uns se laissent éclipser (Snoop, Pharrell) et d’autres ne font qu’une prestation convenable (les Cypress Hill ont perdu la pêche, Weezy, Luda, Raekwon…), il y en a qui se distinguent par leur aisance sur ces instrus crossover, notamment Tech N9ne (impressionnant sur l’excellent « Raw Shit ») et Kid Cudi (« Cool Head »). Ces deux-là ainsi que Yelawolf tirent leur épingle du jeu et rendent les morceaux encore meilleurs qu’ils ne devraient l’être.

Comme Mike Shinoda quand il a sorti son projet Fort Minor, les amateurs de hip-hop ont été contraints de reconnaître que le mec était doué, que ce soit au rap et à la prod. C’en sera de même avec Give a Drummer Some. Surtout qu’à une heure où un tas de beatmakers en herbe tentent de faire leur trou dans le rap game avec des drumkits usés et des rythmiques limitées, Travis a eu le culot d’y installer sa batterie à côté de celle de Questlove. Son alchimie rap/rock fonctionne, l’alternative détonne, pourtant rien ne m’étonne vu que la musique est bonne.


Chronique de Soul Brotha (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 11/05/2011

Travis Barker, c'est un nom bien connu des amateurs de pop punk, et on pourrait même parler de légende du genre. Il s'agit, en effet, du batteur des Blink 182. Et ce gars, pour son premier essai en solo, devinez quoi, et ben il a décidé de faire un album de hip hop! Sans être si surprenant que cela (Barker a déjà bossé pour Wale, The Game, Flo Rida, Paul Wall...), ce concept est tout de même déconcertant sur  papier. De fait, Give The Drummer Some entre dans la catégorie des crossover rock/rap... et il s'en sort plutôt pas mal du tout en fait.

Il faut dire que cet album bénéficie d'un casting hollywoodien. On y retrouve Lil Wayne, Rick Ross, Pharrell Williams, Lupe Fiasco, les Cool Kids, Slaughterhouse, Kid Cudi et un tas d'autres superstars du rap game. Mieux encore, le gratin du genre semble même très enthousiaste à l'idée d'apparaître sur ce disque aux vues des prestations déchainées de chacun. On retiendra "Can A Drummer Get Some" (ou chaque couplet pèse quelques millions de dollars vu la pointure des participants, soit Game, Weezy et Rozay), "Beat Goes On" avec des Cypress Hill très à l'aise ou encore "If You Want To" où Pharrell et Lupe Fiasco delivrent un morceau très "NERDien".

Il y a en fait quelque chose de jouissif dans cet album. Le côté remuant et échevelé de l'ambiance très rock donne une énergie et un charme tout particulier à celui-ci. Tout le monde semble très content de participer à cette gigantesque fête donnée par Travis Barker qui réussit là une sacrée démonstration de force, mine de rien. Pour un batteur de rock, le bonhomme démontre une grande connaissance du hip hop game, que ce soit dans son approche musicale (plusieurs sous-genres sont abordés) ou dans celle de ses invités (un large éventail de sensibilités évoquées là encore, de Lil Jon à Slaughterhouse en passant par Beanie Sigel et Ludacris). Aussi, après les Black Keys et leur remarquable Blakroc, Travis Barker prouve une fois de plus qu'on peut mélanger rock et hip hop de façon intelligente. Et une bonne surprise, une.


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