Le chant des sirènes

Le chant des sirènes

Orelsan

16 / 20 2011

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 16 / 20

Posté le 26/09/2011

Lorsque le rappeur caennais a débarqué de nulle part, ou presque, dans le paysage rap français, les gens étaient sceptiques. Ils ont vite eu tort. Tout un élan de sympathie a poussé son premier album Perdu d’Avance vers les portes du succès. Lorsque la polémique autour de son morceau « Sale Pute » a servi des intérêts politiques, les gens ont cru que son avenir artistique était mort. Le Chant des Sirènes, son second album, est déjà disque d’or.

C’est sous les traits du vengeur masqué « Raelsan » que le rappeur tire un trait sur les obstacles rencontrés dans sa jeune carrière. Toute la négativité qu’il a emmagasinée, il la recrache dans la face de ceux qui voulaient le faire tomber. Le message est clair : si c’était à refaire, il le referait, sans aucun regret. En ôtant son masque, on se rend compte qu’Orelsan a changé. Pas seulement ses cheveux qui ont poussé et la trentaine approchante, le rappeur a gagné en confiance, il s’assume totalement en tant que rappeur. Son acuité visuelle s’en est vue exacerbée sur l’univers qui l’entoure, notamment le star-système. Il pose dessus son regard pénétrant sur « Le Chant des Sirènes », récit vu de l’intérieur de l’ascension et la chute d’un artiste manipulé par l’industrie du disque. Saisissant.

Sa lucidité accrue et son autodérision sont les ingrédients de ses récits. Avec lui, les tracas du quotidien, du sien ou du nôtre, prennent une tournure passionnante. Prenez « Double Vie », qui narre les mésaventures d’Orelsan trompant sans scrupule la fille avec qui il se voit vivre en couple. Et comment il se sent désemparé et con quand sa copine finit par le plaquer sur le morceau suivant (« Finir Mal »). Sans parler de « Des Trous dans Ma Tête », une extrapolation dans la réalité du fameux « tu t’es vu quand t’as bu » version Very Bad Trip. Puis il faut écouter avec quelle légèreté il raconte l’histoire cruelle de la « Petite Marchande de Portes-Clés ». La normalité a un visage grave avec lui, lorsqu’il retire le voile de l’insouciance. Pour ces raisons-là, oui, Orelsan est un très bon story-teller. Derrière son humour sombre et sa fausse naïveté se dévoile une personne relativement pessimiste et sensible en laquelle n’importe qui peut s’identifier d’une manière ou d’une autre.

Le caennais endosse aussi le rôle de chroniqueur d’une France qui marche sur la tête (« Plus rien ne m’étonne »), quitte à se brûler au deuxième, voire au troisième degré sur « Suicide Social ». Au premier degré, ce morceau enragé est une explosion de pensées sans tabou et clichés que chaque type de français pense tout bas. Au-delà de ça, les hurlements de son feu intérieur interpellent chacun d’entre nous sur la nocivité de nos comportements et nos agissements, et les malaises qu’ils provoquent dans la société. Et le dernier morceau de l’album ne nous remontera pas le moral. « Elle viendra quand même » nous achève par sa fatalité.

Sur une note plus gaie, Orelsan nous ramène vingt ans en arrière sur le old school « 1990 » (le clip à voir absolument est également du meilleur effet), du temps de notre jeunesse pour les adulescents que nous sommes, à cette époque sans téléphone portable ni Internet… La jeune génération actuelle se reconnaîtra plus dans le parallèle de « 2010 » et les sonorités dub-step qui apparaissent sur quelques instrus. En 2011, Le Chant des Sirènes, meilleur album rap français ?


Chronique de Justin (Goûte Mes Disques) 12 / 20

Posté le 20/10/2011

Attendu de longue date, le second album du controversé Orelsan devait confirmer tout le bien que l'on avait pu penser de Perdu d'avance, premier effort adolescent du rappeur caennais. Finalement Le chant des sirènes apparaît en clair-obscur : un disque ponctué par quelques éclairs de génie et, malheureusement, aussi par plusieurs titres que l'on pourrait qualifier de plutôt ordinaires.

Tout commence pourtant pour le mieux avec l'excellent "Raelsan", un titre qui signe de manière fracassante le retour aux affaires d'Aurélien Cotentin. C'est probablement, à ce jour, son morceau le plus couillu jamais sorti. Tout y est : la pertinence, la montée en puissance et finalement la jouissance de voir O-R-E-L jongler avec brio entre références musicales et mythologiques. Enchaîné au tout aussi bon "Chant des sirènes", on se dit que le disque démarre sous les meilleurs auspices.

Mais voilà, on sait que Orelsan, à l’instar des Eminem ou Mike Skinner auxquels on l’a souvent comparé, aime pousser la chansonnette. Et il donne désormais l’impression d’en abuser. "Mauvaise idée" devrait-on dire, histoire de le paraphraser. Son humour paraît d'ailleurs un peu usé, très éloigné de titres comme "Pour le pire" ou autre "Jimmy Punchline". Alors oui, la tentation de qualifier ce disque "d’album de la maturité" est grande tant l’on sent que le rappeur a voulu affiner son discours. Pourtant l’ensemble manque de liant, et quelques morceaux sont plutôt incongrus, "La petite marchande de porte-clefs" en tête. Côté production, on sentait déjà Skread limité sur Perdu d’avance, il apparait désormais clair qu’Aurélien ferait bien de s’aventurer sur d’autres types de beats, comme c'est le cas sur l’interlude "1990".

Passé le ventre mou de l’album, Le chant des sirènes se clôture tout de même sur un enchaînement de bons titres. Quand "Ils sont cools"marque l’excellent retour du homie Gringe, "Suicide social" propose une même montée en puissance similaire à celle vécue sur "Raelsan", le côté nihiliste en moins."Elle viendra quand même" remet quant à lui les pendules à l’heure et permet, à la façon de "La peur de l’échec"(outro du premier disque) de fermer l’épisode sur un instant de clairvoyance. Le chant des sirènes, instantané d’un type qui gamberge un peu trop dans son lit en essayant de s’endormir.


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