Tetra

Tetra

C2C

14 / 20 2012

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 14 / 20

Posté le 04/09/2012

C2C: Formulation abrégée de Coup de Cross(fader), formation de quatre DJs nantais, 20Syl, DJ Atom, DJ Pfel et DJ Greem, créée en 1998. A leur palmarès, quatre titres de champions du monde par équipe DMC de 2003 à 2006. 20Syl est surtout (re)connu pour être le rappeur/producteur du groupe de rap Hocus Pocus, Pfel et Atom forment ensemble le duo Beat Torrent. Tetra: du grec, signifie le chiffre 4. Logique.


Historiquement, les groupes de turntablism, du nom de l’art dédié aux techniques de DJing, sont associés à la musique hip-hop. Le premier à s’être illustré n’est autre que The X-Ecutionners, qui a vu passer des maîtres des platines comme Mista Sinista (responsable des scratches sur le classiques Resurrection de Common), Roc Raida (RIP), Total Eclipse, Rob Swift, qui rejoint le groupe au milieu des années 2000, ou encore DJ Precision. Les premiers albums reçoivent de bons accueils mais demeurent malgré tout très (trop) portés sur le scratching. En France, les Birdy Nam Nam (l’ex-Alliance Ethnik, Crazy B, DJ Need, DJ Pone, ), anciennement Scratch Action Hiro, sont les premiers à se lancer dans ce créneau très spécialisé. Eux aussi ont été champions du monde, ITF en 2000 et DMC en 2002. Ils débarquent chez Ninja Tune en 2005 avec un premier album éponyme aux sonorités hip-hop/trip-hop/jazz qui conquiert une audience relativement importante, permettant de mesurer l’intérêt pour du public pour le DJing. Leurs deux albums suivants prendront une orientation électronique. Autant dire que le terrain était en partie défriché avant que n’arrive Tetra des C2C.

Peu monde imaginait que les C2C participeraient au brouhaha médiatique de la rentrée 2012. Leurs prestations scéniques sans doute, et le succès de leur single « Down The Road« , alliance d’un sample de Blues et de French Touch. Tetra démontre en réalité que les C2C ont trouvé à travers l’addition de quatre tournes-disques une formule de turntablism tout-public, en passant faire un tour dans le trip hop (« Kings Season« ), de la soul anachronique (« Who Are You« ) featuring Olivier Daysoul ou pourquoi pas le gospel (« Happy » feat Derek Martin), plus une bonne dose de pop, une pointe d’exotisme et de grosses touches d’électro, tout en gardant à l’esprit le beat et le scratch. Vous l’aurez compris, les morceaux se suivent et ne se ressemblent pas. Tout est homogénéisé par la coordination très carrée entre les 4 DJs, l’enthousiasme viral et la patte musicale de 20Syl, très identifiable (particulièrement « Genius » feat Gush, « Together« ). L’animation est totale. Toutefois ces synthèses des genres pourront paraître trop consensuelles pour certains systèmes auditifs, et n’atteignent pas toutes la mention extra, destinée à des morceaux comme « The Cell » et « Give Up The Ghost » avec Jay-Jay Johansson. Peut-être aussi que les personnes qui s’attendaient légitimement à des sonorités soit hip-hop, soit électro seront désolés de ne pas accrocher. Des morceaux comme « The Beat« , « Together » avec Blitz The Ambassador du afro-hop et la collaboration C2C versus DJ Netik, Kentaro, Rafik et Tigerstyle plairont à ceux-là.

Il y a de belles idées dans cet album, pas mal d’aventures et une volonté à demi-avouée de plaire à tout à le monde en défiant le plus de genres possibles. Toutefois pour créer ZE coup de coeur sur disque, il faudrait un album live.


Chronique de Aurélien (Goûte Mes Disques) 8 / 20

Posté le 05/09/2012

Dire que Tetra s'est laissé désirer est un doux euphémisme: la première plaque des Nantais de C2C, véritables magiciens du crossfader qui ont enchanté cinq fois les DMC avec leurs routines, est en effet attendue depuis près de trois ans maintenant, un retard à notamment mettre sur le dos de leurs triomphants projets solo, Hocus Pocus et Beat Torrent. Et fatalement, quand le quatuor s'est enfin décidé à dévoiler son projet à huit mains, de surcroît avec un Down The Road EP en béton armé, on a eu tendance à s'enflammer et à ne plus répondre de rien. On s'est même surpris à user de gros mots pour qualifier ce premier opus sur lequel on fantasmait déjà en janvier dernier. Bref, pas grand chose qui laissait a priori augurer de la vertigineuse désillusion qu'est Tetra, produit fini sans réelle saveur ni véritable personnalité, et qui n'a de réellement kawaii que sa pochette multicolore.

Car si l'on attendait que C2C mette tout le monde d'accord avec des pistes moins affaire d'efficacité que d'originalité après un EP bondissant, difficile de ne pas devenir livide devant la désastreuse ''opération séduction'' que dévoile l'album. Oubliées les attachantes maladresses lyricales des raps d'Hocus Pocus ou les relectures électroniques racoleuses de Beat Torrent. Place à un cross-over en équilibre entre ces deux entités qui souffle (peu) le chaud et (trop souvent) le froid avec son tracklisting qui chante tellement fort l'optimisme et la niaiserie qu'il finit par rapidement nous taper sur les nerfs.

En fait, ce n'est pas tellement que la ''pop-à-scratches'' des quatre lurons ne nous inspire aucune sympathie: de chouettes morceaux de bravoure - "The Cell" ou "Happy" pour ne citer qu'eux - arrivent même à faire plutôt bonne figure face à certains plantages navrants que les participations vocales de Pigeon John ou Jay-Jay Johansson peinent à sauver. Non, c'est simplement qu'on a le sentiment que tout à été déjà dit, déjà été fait, et que la musique des Nantais fait le bilan douloureux d'un genre en flagrante perte de vitesse. Et si le talent aux platines n'est plus à remettre en cause, Tetra se révèle être un album daté, calibré pour un public pas trop difficile et doublé d'une impitoyable tête chercheuse de tendances recyclables, qu'elles s'appellent Chinese Man, Daft Punk ou SebastiAn. Au final, rien ne se perd, rien ne se crée, mais surtout tout se transforme bien poliment en superposant des étiquettes, des genres ou des références avec la nette ambition de ne jamais vouloir se les réapproprier.

C'est donc plus proche du virage électronique ouin-ouin de Birdy Nam Nam que des curiosités du Scratch Bandits Crew que la bande à 20Syl à réfléchi ce premier album, lui insufflant cet agaçant doigt de pop qui se fredonne avec tellement d'aisance que le carton de l'album n'est même plus à remettre en cause. Et si l'on est forcément ravis que les natifs de Nantes fassent autant l'unanimité, on aime moins constater la stérilité d'un album qui s'est fait attendre pour accoucher en bout de course d'une poignée de bonnes idées. Ainsi, on ne saurait que trop conseiller aux plus fans de ne pas ranger l'EP histoire de rester en bons termes avec les turntablists. Et puisque Tetra se traduit du grec par ''quatre'', force est de reconnaître qu'ils nous ont un peu facilité la tâche niveau notation... A notre grand dam, d'ailleurs.


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