I am not a Human Being II

I am not a Human Being II

Lil Wayne

6 / 20 2013

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 6 / 20

Posté le 25/03/2013

Gremlins 2, le retour. A 30 ans seulement, la vedette de Cash Money Records cumule plus d’une centaine de featurings et depuis ce mois de Mars 2013 un 10e album solo. Surhumain? La preuve que non, sinon il n’aurait pas été victime de ses premières crises cardiaques il y a quelques jours. Le syrup mélangé à l’hyper-activité vraisemblablement. Ou alors parce qu’il a totalement pété les plombs sur I Am Not a Human Being 2, version trash XXX de The Carter IV.



Lil Wayne a son cerveau sur les drogues et met sa bite dans le nôtre. Avec cet album, vous saurez tout sur le ‘Weezizi’ (Claire, si tu me lis, je reprends ton expression). Il en fait 27 occurrences. Pour résumé, il parle de baise sans cesse, quand il n’est pas question de tuer des gens (pour de faux bien sûr) ou dire qu’il est pété de thunes, ça c’est quand il fait de l’égotrip. Dès la 2e rime de l’album (sur l’intro « IANAHB2« ), il balance « She called my dick the next Black President » et quelques lignes après « I had a dream my dick turned to Megatron », le tout naturellement sur une prod composée principalement de piano. D’autres références à zgueg: « Call that breakfast for fed », « My tongue is a uzi, my dick is a AK », à quoi répond Trina sur « Wowzerz » que sa bouche est un jacuzi. Il pleut du sperme dans un océan de cyprine, c’est beau le pornolyricisme non? Pour être plus imagé, Lil Wayne est comme le héros d’un Hentaï avec des extra-terrestres, le délire hyper chelou et dérangeant vous voyez.

En dehors de toutes ces scènes porno franchement moches, cela reste un album de Lil Wayne tout craché, avec de l’autotune sur « Curtains« , son flow qu’il échange avec Drake, des singles potables (« Rich as Fuck » feat 2 Chainz, « Bitches Love Me » avec Drake et Future,…) et des belles idées qu’il aime dégueulasser comme sampler Jamie Lidell sur « Back To You« . Parmi les feats logiquement les membres de son label Young Money (loin d’être les mecs les plus talentueux du monde), puis les gars du sud qui ont de la hype, comme Gunplay et 2 Chainz dont on ne sait plus s’il faut le prendre au sérieux avec son couplet pas drôle du tout sur « Days and Days » (« last name ‘fuck’, first name ‘I don’t give a’ »). Weezy sort des punchlines tout aussi ridicules aussi au point que c’en est navrant (« I don’t turn to cop, I don’t speak piglets », « She swallow so many nuts, you fuck around, find a squirrel in her throat »). Facepalm.

Parmi les producteurs de l’album: Detail, Cool & Dre, Juicy J (très bien vu), Soulja Boy (WTF), T-Minus,… mais pas Kanye. Dans de précédentes interview, Lil Wayne avait déclaré que Kanye West avait une main importante sur cet opus. En effet, son association DONDA a réalisé l’artwork, bel engagement. A la prod, j’ai cherché partout, je ne l’ai trouvé nulle part. De quoi se sentir légitimement floué. L’éclectisme que Weezy essaie de prouver à chaque album ne fait que souligner le fait qu’il est incapable de tenir une ligne conductrice (sauf pour Rebirth mais le résultat était à chier). En donnant sa définition de la « Romance« , se cherchant dans la pop (« Back To You« ) et achevant l’album sur une note de métal (« Hello » et sans autotune svp), il ne fait que rendre I Am Not a Human Being II encore plus infernal, déjà qu’il était musicalement pauvre. De toute façon, comme le disait Pusha T, il n’a jamais lancé aucune tendance, ça se saurait.

Pour enfoncer le clou, ce qui aurait pu être les meilleurs morceaux du disque ne figurent que sur l’édition deluxe, comprenant le single « My Homes Still » feat Big Sean, « Hot Revolver » et « Lay It Down » sur une prod de Diplo et Hudson Mohawke. De nouveau, cela ne fait souligner à quel point la direction artistique est catastrophique. On savait pourtant que lorsque Lil Wayne se lâche en totale liberté, on peut se préparer à une catastrophe. Celle-ci est d’autant plus grave que le premier I Am Not a Human Being avait laissé un bon souvenir. Tant qu’à faire, autant relancer le débat: en restant terre-à-terre, Lil Wayne est-il le rappeur le plus sur-surestimé de la planète ?

 


Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 09/04/2013

Lil Wayne est une star planétaire. Et comme toute star planétaire qui se respecte, Lil Wayne vous emmerde royalement. Envie de sortir un album de rap-rock qui pue du slibard ? Envie de faire signer les morts-vivants de Limp Bizkit sur Cash Money Records ? Envie d’apparaître en featuring sur environ 90% des grosses sorties estampillées rap US ? Oui, c’est possible. Evidemment, on pourrait tout pardonner à Weezy si il avait au moins la politesse de nous servir de bons albums. Malheureusement, depuis Tha Carter III et ses millions de copies écoulées en 2008, le fan lambda du natif de la Nouvelle-Orléans tire méchamment la gueule. A un point tel qu’il considère aujourd’hui Lil Wayne comme une sorte d’animal de foire, une pièce de musée bigger than hip hop, un type pqui a perdu le contrôle sur ce qu’il est et ce que l’on attend de lui. Face à un tel constat, les occasions de se réjouir ne sont donc pas légion et le moindre regain de forme est accueilli comme une bonne nouvelle.

On va quand même commencer par ce qui cloche sur I Am Not a Human Being II. D’un point de vue strictement lexical, on a rarement vu Lil Wayne aussi peu à la fête. En effet, entre le recyclage de ses habituels tics vocaux et un niveau de créativité qui frise souvent avec le ridicule, on se demande régulièrement ce qu’il est advenu de celui qui s’était auto-proclamé best rapper alive. Ce constat est d’ailleurs mis en évidence dès le premier titre, porté par le seul piano du jazzman ELEW, et qui aurait dû permettre à Lil Wayne de nous livrer un show éblouissant de sincérité. Ensuite, il y a ce sentiment, présent depuis plusieurs années sur n’importe quelle production de Lil Wayne: que le mec est en totale roue libre, s’autorisant un tel dilettantisme par ses seuls exploits passés. Un peu comme si Tha Carter II et Tha Carter III avaient été autant de passeports pour le grand portenawak et le je-m’en-foutisme le plus total. Et de fait : là où un type comme Lil Wayne se devrait d’éclabousser la concurrence de son talent, il s’abaisse ici à son niveau. Et même si on ne remettra pas en cause les qualités d’un Drake, d’un Future ou d’un 2 Chainz, il ne faut pas s’appeler Olivier Cachin pour savoir qu’un Weezy au sommet de son art doit à peine forcer son talent pour renvoyer ces jeunes gens à leurs chères études.

Et pourtant. Et pourtant, il y en aura pour tomber sous le charme de ce disque et votre serviteur fait partie de cette masse pas toujours regardante sur la qualité. Car malgré tous les défauts cités un peu plus haut (et peut-être grâce au fait que le francophone de base n’y pige que dalle à l’Anglais des rappeurs US), on se retrouve facilement dans les logorrhées verbales de Lil Wayne, les productions tapageuses, les featurings en pagaille (on croise même Jamie Lidell sur le plaisir coupable mielleux qu’est « Back to You ») et le sentiment général que I Am Not a Human Being II, avec sa volée de tubes confirmés ou potentiels, est comme certains de ces blockbusters hollywoodiens que l’on voudrait tant abhorrer, sans qu’on y arrive vu l’incroyable efficacité de cette machine si bien huilée. Pur produit de consommation à l’américaine, I Am Not a Human Being II donne, au même titre que n’importe quel disque de Rick Ross, une photographie de ce qu’est le rap US à gros dollars en 2012. Avec ses défauts et ses qualités. A prendre ou à laisser donc.


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