Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop)
Jamais je n’aurai imaginé il y a un mois que j’écouterai ce disque une fois par jour en moyenne depuis sa sortie le 3 Juin. Je regrette encore de mettre penché sur ce duo électro anglais que si tardivement, en lisant leur interview sur Now Playing Mag. Une fois la lecture terminée je me retrouve dix secondes plus tard sur leur page Soundcloud pour une gifle monumentale qui m’a rendu totalement incrédule. C’est bien de la house !?! Et bon sang qu’est-ce que c’est bon… Hautement addictif.
Settle des Disclosure a démarré en tête des ventes en Angleterre devant Queen of the Stone Age. Ce genre de fait-là aussi, ça me rend totalement incrédule. Evidemment en écoutant l’album, ça se comprend (j’y reviens dans quelques phrases). Ces deux post-ado géniaux des Disclosure ont réalisé un album de house aux influences garage qui s’est posté arrivé n°1 chez nos amis britanniques. Doit-on voir la résurrection inespéré d’un genre musical? Un genre devenu désuet et confidentiel, injustement rétrogradé en simple « musique d’ascenseur » bonne pour être de la musique de fond dans des bars lounges et autres endroits branchouillards. Alors ce qu’ont réussi les Disclosure, aussi incroyable que cela puisse paraître, est un véritable exploit.
Comprendre ce phénomène n’est pourtant pas si simple, sauf si on apprécie l’électro et a fortiori la house music. Il est vrai que les Disclosure font preuve d’une maturité insolente la matière, ils en contrôlent déjà parfaitement tous les rudiments: rythmiques, gammes de claviers, construction des morceau… au point de s’amuser à enrichir leurs beats, les complexifier finement pour procurer un plaisir d’écoute jouissif. Dingue quand on sait que ces deux gamins sont des mordus de hip hop et croient en leurs dieux DJ Premier et J Dilla. Dès l’intro qui dérive sur « When a Fire Starts to Burn« , on n’a envie que d’une chose : que la musique prenne possession de notre corps, de notre tête, de tout ce qui nous entoure, et ne s’arrête jamais. Tout devient cool, limite on installe des néons bleutés pour tamiser l’ambiance pendant que passent « Latch » feat Sam Smith, « F For You » ou « Defeated No More » avec Edward MacFarlane.
Penser qu’il ne s’agit que de recréer la house music, leur talent ne s’arrête pas là. Leur mélodie de synthé récurrente de « White Noise » (avec la révélation AlunaGeorge dont on attend l’album pour la rentrée) est toute aussi efficace que, euh, par exemple « Les démons de minuits » (désolé pour la comparaison), en plus sexy évidemment. La consistance des morceaux qui s’enchaînent jusqu’à mi-parcours est remarquable, se calmant quelques minutes sur « Second Chance« . BPM ralenti, la prise de voix également, ce titre ressemble à peu de choses près à de l’électro-funk contemporain. Puis Settle repart de plus belle avec « Grab Her!« , sans perte d’énergie ni d’idées. Sur « You & Me » feat Eliza Doolittle on retrouve des éléments d’un genre pas si éloigné, le broken beat. Et ça continue avec des vedettes qui se prêtent au jeu comme Jamie Woon (« January« ) ou la bombe Jessie Ware sur la bombe dancefloor « Confess To Me« , irrésistible comme une femme dangereuse prête à te mettre le grappin dessus et où tu ne cherches plus à comprendre ce qu’il se passe. Le 14e et dernier titre « Help Me Lose My Mind » avec London Grammar achève Settle sur une note adoucie et planante.
Snif, le disque est fini. Je craque, j’achète les quatre bonus tracks de l’édition deluxe sur iTunes (« Boiling« , « What’s in Your Head » qui sample un film porno, « Tenderly » et le remix de « Running » de Jessie Ware) pour un quart d’heure de prolongation. Je n’ai pas ressenti un tel besoin d’écouter un disque quotidiennement depuis Back In The Doghouse des Bugz in the Attic, anglais eux aussi. En mode « repeat » pour une période indéterminée.
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
17 août 2012. Troisième jour d'un Pukkelpop caniculaire. A peine arrivé sur le site, et déjà les bonbons qui collent au sachet. Un site cramé par le cagnard où les rares zones d'ombres sont des tentes souvent étouffantes. Heureusement qu'à cette heure de midi, pas mal de monde est encore en train d'errer dans le camping. C'est à cette heure-là, 12h30 donc, que les deux gamins de Disclosure ont la lourde mission d'ouvrir les hostilités devant un public forcément endormi. Et là, il ne faut pas longtemps pour comprendre que les frères Guy et Howard Lawrence ont un petit truc que les autres n'ont pas encore, que leur live (embryonnaire à l'époque) a tout pour plaire et que ces deux-là sont promis à un bel avenir. Moins d'un an plus tard, le premier album de Disclosure s'offre une sortie mondiale et se retrouve directement en première position des charts anglais, devançant sans trop se forcer les nouvelles galettes des Queens of the Stone Age et de Daft Punk. Pendant ce temps-là, en France, si le duo casqué se paie la première place, il devance Maître Grims et les Stentors. Paie ta culture de merde.
Disclosure, avant d'être la révélation d'un talent d'écriture déjà testé sur quelques singles über-efficaces (et pour certains playlistés jusqu'à l'écœurement), c'est surtout la réussite d'un label au nez particulièrement creux ainsi que la validation d'une formule imparable. Car chez PMR Records, label fondé en 2011 par les frères Ben et Daniel Parmar, on a flairé tout le potentiel d'une bass music qui, comme le dubstep avant elle, allait bien finir par aller voir du côté des charts ou de la pop s'il n'y avait pas un peu d'argent à se faire. PMR Records, c'est donc des types respectés comme Julio Bashmore ou L-Vis 1990 (quand il prend une pause de Night Slugs), mais aussi (et surtout) Jessie Ware. Après, les bonnes relations entre les différents membres de la structure font le reste. Tout le monde collabore avec tout le monde dans un joli revival house/garage. Evidemment, on doit reconnaître à la fratrie Lawrence cette volonté d'avoir poussé le projet encore plus loin, en mettant réellement en avant des influences 2 step/uk garage faisant référence à une époque qu'ils n'ont pas pu vivre, mais également en poussant le volet collaboratif à son paroxysme avec une ribambelle d'invités. Partant de là, elle ajoute un certain savoir-faire pop qui, sans rentrer dans les détails, permet d'enchaîner les tubes.
Mais face à une véritable machine de guerre qui a transformé les frères Lawrence en des stars mondiales en quelques mois à peine, on est obligés d'ériger la perfection du projet en inconvénient majeur à sa consécration. Car si chacun des 17 morceaux de Settle est un single potentiel ou avéré, il manque à l'ensemble cette dose légère d'humanité nécessaire à l'épanouissement d'un projet. En fait, à 20 ans à peine, les deux kids anglais passent déjà pour des artificiers spécialisés dans les armes de destruction massive. Celles qui ne font plus dans le détail, et écrasent tous sur leur passage sans la moindre forme de discernement. C'est dommage car on a l'impression que les deux de Disclosure semblent tellement heureux d'avoir trouvé la formule magique qu'ils en usent, voire en abusent, comme en témoigne un album qui enquille quand même 17 pistes. Alors Disclosure, trop haut, trop vite et trop beau pour être vrai? Ici, on a tendance à le penser.