Hell Can Wait

Hell Can Wait

Vince Staples

16 / 20 2014

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 16 / 20

Posté le 13/10/2014

Vince Staples est un rappeur que tout le monde s’arrache. Anciennement affilié au collectif Odd Future, le talent de ce jeune californien affiché sur mixtape a tapé dans l’oreille de Talib Kweli, le producteur No I.D. et les dirigeants de Def Jam. Du coup, il est signé à la fois sur Blacksmith, ARTium Recordings et le label trentenaire, tant qu’à faire.

Cette fois c’est le début des choses sérieuses pour Vince. Laissant de côté les cassettes digitales et les featurings à droite à gauche pour Earl Sweatshirt (sur Doris) ou Common (le single « Kingdom« ), il franchit une étape intermédiaire, entre une mixtape et un premier album, avec cet EP Hell Can Wait soutenu physiquement par Def Jam Recordings.

Lancer cet EP sans préalable revient à passer la main dessus un barbecue brûlant. Cuisson immédiate sur « Fire« . On a vite chaud sous les white-tees et la limonade ne suffit pas pour se réhydrater. « 65 Hunnids » indique le thermomètre sur ce beat aux notes de piano discordantes et violons funestes, visions de destins qui s’entremêlent vers des sorts dramatiques. « Screen Door » confirme peu à peu cette impression d’écouter un dangereux mélange entre du gangsta rap contemporain et du cocain rap à la sauce californienne, comme ce gamin de Long Beach qui aurait grandi en écoute les Clipse.

La tension est permanente – sauf pendant « Limos » qui apporte un brin de douceur grâce à la personne de Teyana Taylor – au point qu’on souffle un bon coup en s’essuyant le front à la fin des sept titres. Avec l’atmosphère criminelle de « Hands Up« , on imagine parfaitement cette scène de prise en flat’ et de provocation avec une patrouille de police de la LAPD dans la nuit. Sans parler des synthétiseurs stridents qui nous mettent en alerte sur le single « Blue Suede » où Vince Staples annonce sa couleur (si vous voyez ce que je veux dire).

C’est trop tard, le feu a déjà pris et se propage rapidement, la fumée assombrit le tableau et l’air devient irrespirable. Cet EP est un prélude vers l’Enfer.


Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 05/11/2014

On a tous entendu parler de l’histoire du cinquième Beatle. Un certain Pete Best, batteur des Fab Four pendant deux ans avant d'être remplacé par Ringo Starr et sa tronche de cake, au moment où le groupe signait avec Parlophone. Un type qui a dû pas mal gamberger depuis pour un destin qui ne fait pas vraiment rêver. Vince Staples aurait pu être le Pete Best de sa génération. En effet, à ses débuts, il passait pas mal de temps avec les membres d’un crew qui allait vite exploser à la tronche du globe mais qu'il n'a pas intégré, Odd Future. Il a ainsi partagé la piaule de Syd Tha Kid, dj de cette joyeuse bande et aujourd’hui reconvertie en chanteuse soul dans The Internet.

Forcément, vu l’exposition démentielle dont la clique OFWKTA a par la suite bénéficié, cette situation aurait pu pas mal plomber le moral d’un emcee remettant forcément en question ses choix de carrière. Pourtant, ceux-ci auront été judicieux, notamment en s’associant par la suite à Mac Miller, qui a produit l’une de ses tapes sous son alias Larry Fisherman – ça a donné ce genre de bijoux. Et puis il n’en veut pas à Tyler The Creator et ses potes de l’avoir laissé au bord de la route, puisqu’on l’a croisé sur l’album de Earl Sweatshirt en compagnie de Casey Veggies, qui lui aussi aurait pu postuler au poste de cinquième Beatle, puisqu’il était carrément un membre fondateur du crew Odd Future.

Bref, c’est avec quelques mixtapes sous le bras et un passé déjà bien chargé que Vince Staples passe cette année à la vitesse supérieure. Alors qu’on l’a croisé il y a quelques mois sur le magnifique « Kingdom » de Common (vous pouvez zapper le reste du disque par contre), le voilà qu’il débarque avec son premier véritable disque de studio pour la major Def Jam. Un EP de sept titres en prélude à l’album histoire de voir si ce kid de 21 ans seulement a les épaules assez solides pour confronter au grand public un univers qu’on rapprochera par moments d’un certain Kendrick Lamar, notamment dans cette volonté de dépeindre avec recul et intelligence l’âpreté de la vie dans les cités américaines, entre décrochage scolaire, violence, drogues et pauvreté.

Désormais signé sur le plus gros label de hip hop du globe, Vince Staples a pu s’entourer d’une team de mecs sachant y mettre les formes, comme l’éminence grise Anthony Kilhoffer (son CV est démentiel) et les plus connus DJ Infamous ou No I.D. Cette science du studio conjuguée au talent pur de Vince Staples accouche d’un album commercial sans être pupute, sérieux sans être moralisateur, lourd sans être lourdaud. Il y en aura sûrement pour reprocher une approche un peu trop polie à son art, une recherche un peu trop exacerbée du son qui tue, mais on leur rétorquera que si toutes les grosses sorties hip hop pouvaient être aussi abouties, tant dans la réalisation que dans le propos, tout le monde s’en porterait probablement mieux. 


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