36 Seasons

36 Seasons

Ghostface Killah

18 / 20 2014

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 18 / 20

Posté le 08/12/2014

Ghostface Killah s’en était excellemment bien tiré de ses histoires macabres avec la familia DeLucas sur le chef d’oeuvre Twelve Reasons To Die. Le super-rappeur du Wu est maintenant de retour dans les quartiers de Staten Island, New-York, avec son nouvel album conceptuel 36 Seasons paru sur le légendaire label Tommy Boy et qui comme son prédécesseur est vendu en package avec Comics, T-Shirt et disque vinyle.

Après Adrian Younge, Ghostface laisse la réalisation de cet album « cinématographique » aux mains du groupe The Revelations, que l’on a pu découvrir avec le chanteur Tre Williams (un ancien protégé de Nas) et notamment sur l’album-compilation Chamber Music et la soundtrack de The Man With The Iron Fists. Onze jours seulement ont été nécessaires pour boucler ce nouveau petit chef d’oeuvre. Le synopsis paraît basique mais ce qui compte, c’est le déroulement de l’histoire et sa mise en scène : Ghostface revient après neuf d’absence dans les quartiers où il a grandi et beaucoup de choses ont changé, à moins ce que ce soit lui qui ait changé? C’est ce qu’on va découvrir au fil de l’écoute. Oubliez le mode ‘random’.

Plusieurs « acteurs » viennent jouer les seconds rôles : Kool G Rap, AZ dans le rôle du homie, son ex-copine Bamboo « jouée » par la chanteuse Kandace Springs, Shawn Wigs (rescapé du Theodore Unit)… On compte aussi sur les voix de Rell (ex-Roc A Fella vous vous rappelez?) et Tre Williams. Avec eux, Ghostface joue le rôle du nettoyeur qui vient pour réguler son ancien quartier, pour gérer la flicaille, et les choses ne tournent pas forcément comme il l’espérait, comme la rencontre avec son ex-copine Bamboo, une explosion qui tourne mal… Mais je n’en dirai pas plus, non non, ce serait spoiler l’histoire. Quoique si, une chose : Pharoahe Monch qui campe un rôle-clef, celui du médecin (‘exquisite doctor’) qui lui confectionne son nouveau masque.

36 Seasons jongle habilement entre rap pur (et dur, comme sur « Dogs of War« , « Homicide« ) et chansons soulfuls à souhait comme le superbe single « Love Don’t Live Here No More » (ce sample de Rose Royce!), le slow-jam « It’s A Thin Line Between Love and Hate » et « Bamboo’s Lament« . Une réussite de plus dans l’incroyable discographie de Ghostface, une exécution rondement menée. Et ce n’est pas fini, puisque l’année 2015 de Tony Starks promet d’être aussi palpitante que le calendrier Marvel des prochaines années : le projet Sour Soul avec BadBadNotGood pour début d’année prochaine, l’hyper-attendu-comme-Detox-qu’on-n’espérait-plus Doomstarks avec MF Doom (croisons les doigts!!!) et Wu-Block 2 avec Sheek Louch !


Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 21/12/2014

Vous avez remarqué comme personne (ou presque) n’évoque le dernier album du Wu-Tang Clan ? Vu l’importance du groupe et le fait que ce disque est présenté comme son ultime, c’est étonnant. Mais on sait que vous êtes des gens intelligents et que vous avez compris le pourquoi de ce silenzio stampa. Pour les handicapés qui nous lisent : ce n’est pas qu’il soit mauvais, il est juste insignifiant ce A Better Tomorrow. Ce commentaire trouvé sur le Net résumait d’ailleurs bien la situation: "Seriously, why don't they just move to China, actually do Shaolin shit and make a WTC album based on that? it worked for New Order's Ibiza adventure."

Dans cette optique, le simple fait qu’un des membres du groupe n'ait même pas attendu une semaine pour sortir son nouvel album solo en dit long sur ce qu’il a dû investir en temps et motivation dans A Better Tomorrow. En même temps, autant vous le dire tout de suite : si le sixième album du Wu ne mérite pas votre temps de cerveau, il n’en va pas de même pour ce onzième solo de Ghostface Killah, le membre du crew dont l’œuvre personnelle s’inscrit le plus dans la longévité – parce que bon, ce n’est plus sur Method Man ou le GZA qu’il faut compter en 2014.

On le sait, on s’assagit avec l’âge, on devient une personne plus réfléchie - même les rappeurs, oui. Et si le poids des années ne réussit pas toujours à certains, on se doit de reconnaître que pour Tony Starks c’est une vraie bénédiction : ce vieillissement en futs de Hennessy nous fait découvrir une nouvelle facette de son personnage de emcee, moins versatile et imprévisible certes, mais concentré sur des projets thématiques de toute première bourre. En effet, si des albums comme Supreme Clientele ou Fishcale restent les moments les plus forts de la carrière de Ghost, ce dernier est revenu l’année dernière à son meilleur niveau sur 12 Reasons to Die, disque choral et cinématique orchestré par le compositeur Adrian Younge.

Cette fois, c’est au groupe soul The Revelations que Ghostface Killah a confié la production d’un disque forcément très organique, et tout au long duquel il nous compte une histoire de vengeance - c'est l'histoire du retour de Tony Starks à Staten Island après neuf ans d'absence, où il aspire à une vie tranquille qu'il ne va pas trouver. Mais attention, l'occurrence du mot soul ne doit pas vous induire en erreur. Car toutes l'intelligence de The Revelations, c'est d'avoir véritablement appréhendé 36 Seasons comme un projet hip hop nourri à la soul, et non l'inverse. Cela donne un disque aux grooves tranchants comme des lames de samouraï, pensés pour coller aux flows de vieux briscards des invités - AZ, Kool G Rap ou Pharoahe Monch.

Mais ce qui surprend le plus sur 36 Seasons, c'est la manière avec laquelle Ghostface Killah se fond dans le récit. Pour un emcee qui prend généralement énormément de place, il est étonnant de le voir se mettre de la sorte au service du projet, quitte à ne pas en être l'élément central, la star incontestée. Certains diront que c'est la preuve que notre homme a perdu de sa superbe, on leur répondra qu'on y voit là de l'intelligence: Ghostface Killah a certainement conscience qu'il n'a plus l'agilité et la folie de ses 20 ans, mais il compense en jouant habilement sur ses forces. En tout cas, avec ce onzième album, le mec boucle l'année de bien belle manière avec un disque qui servirait presque de mise en bouche avant un exercice 2015 qui s'annonce particulièrement alléchant, avec la sortie d'un album avec BadBadNotGood et un autre, dans les tuyaux depuis des plombes, avec MF DOOM. Le Wu est mort, vive Ghostface Killah.


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