Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop)
Plus ou moins louche dans ses pléthores de « tops » en tout genre, le magasine Complex déclare la chose suivante : Nicki Minaj est la meilleure rappeuse de 2014, avec marqué en gros « Queen of Hip Hop ». Précisons : parmi celles signées en maison de disque et actives depuis 2010, parce que si on compte les female rappers underground actuelles et toutes celles qui ont pavé ton chemin dans les années 90 et 2000 (Lil Kim, Lauryn Hill, Missy Elliott, Queen Latifah…), elle est elle n’est pas des mieux classées.
Cependant que Nicki s’est calmée sur les perruques et couleurs voyantes, j’ai curieusement envie de trouver la first lady de Young Money plus attrayante sur The Pinkprint, son troisième album. Et surtout depuis qu’Iggy Azaela, sa rivale désignée, a débarqué avec ses passes-droits, on se dit que dans le fond Nicki Minaj est plus crédible qu’on osait l’avouer.
N’y allons par quatre chemins : The Pinkprint est à ce jour le meilleur album que puisse nous proposer Nicki Minaj. Il ne plaira pas à tout le monde, mais on pourra au moins s’accorder sur ce point. Ce troisième opus est celui de l’émancipation: la rappeuse prend le contrôle de sa carrière et son image prend des bons points. Il est moins diversifié musicalement, mais parce qu’il y a aussi moins d’eurodance et c’est une excellente chose. Il reste toujours des éléments de pop qui seront rédhibitoire pour les plus difficiles mais il faut reconnaître une chose : Nicki Minaj possède une belle voix, comme on peut l’entendre sur « I Lied« , qui tranche sèchement avec le timbre qu’elle prend lorsqu’elle rappe. Le single « Bed of Lies » (feat Skylar Grey) et « Get On Your Knees » (avec la nouvelle idole pop des jeunes Ariana Grande) ne sont pas de mauvaises chansons, sauf si on est effectivement allergique au pop-rap.
Nicki ne joue pas que la carte de la bombe sexuelle qui laisse Drake assis gentiment sur sa chaise, pas mal de ses nouveaux titres sont plus romantiques ou émotionnels (« The Crying Game » et le final « Grand Piano« ). Les crossovers R&B sont incontournables (« Buy You a Heart » avec le taulard Meek Mill et « Favorite » avec Jeremih qui semble imiter Future). Vu la personnalité de Mlle Minaj, moins poupée qu’auparavant, on aurait souhaité en parallèle une direction artistique plus personnelle et qui s’éloigne des standards des sorties YMCMB. Comme on peut l’entendre, l’orientation stylistique est toujours trop formatée (pour ne pas dire « radio-friendly ») et cloîtrée dans des sonorités sudistes avec une grosse louche d’arrangements pop. Nicki – rappelons-le – nous vient de Jamaica Queens, New-York. Je ne dis pas qu’il faut conserver une « régionalisation » du son rap (East, West, South…), mais il demeure toujours critère d’identité musicale dans le rap. Le fait comme moi de faire partie d’une sorte de consortium anti-pop, c’est une histoire de goût et de couleur: faut pas tout mélanger ou édulcorer. Dans l’alternative, comme pour ses pairs masculins (J. Cole, Kendrick Lamar, Mac Miller…), ou même Lauryn Hill et Missy Elliott, une touche musicale plus personnelle aurait été un « plus ».
Avec une liste de producteurs longue comme ça (Mike Will Made It, Zaytoven, Boi-1da, Vinylz, Kane Beatz, Polow Da Don, Da Internz, Hit-Boy, Cirkut, Pop Wansel, Dr Luke, will.i.am, Metro Boomin, Alex Da Kid, etc, etc…), la poignée de singles contractuels est assurée: l’ôde au twerk « Anaconda » qu’on ne présente plus, « Only » avec Lil Wayne, Drake et Chris Brown et l’efficace « Feelin Myself » avec la diva Beyoncé. Dans la catégorie pop-rap mainstream, on ne fera pas mieux en 2014. Pourtant, il y a des choses plus intéressantes à écouter dans l’album, mieux que « Anaconda » par exemple, comme le « Four Door Aventador » (vive les métaphores) et « Trini Dem Girls » un brin exotique. Après, s’il faut de nouveau piocher pour un single, « The Night Is Still Young » fera parfaitement l’affaire avec son groove funky qui infectera les clubs.
Pitié, ne comparez pas cet album au classique The Blueprint de Jay-Z, pas par « purisme » mais ce serait manquer de bon sens : ces albums n’ont rien de comparable. Le seul point commun que l’on peut accorder entre ces deux disques, c’est qu’ils sont les meilleurs de chacun des deux rappeurs. Et ça encore, le temps le dira pour Nicki Minaj. En revanche, dans le genre pop-rap mainstream, The Pinkprint est plus réjouissant à écouter que MMLP2 d’Eminem, c’est dire…
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
Nous sommes en 2014 et pour une bonne partie du grand public, Nicki Minaj n’est juste qu’une poupée gonflable qui nous a bien cassé les burnes avec des morceaux qui avaient mangé un peu trop d’EDM sur Pink Friday : Roman Reloaded, et qui a fait le tour des Internets avec la pochette de son « Anaconda », détournée des milliers de fois pour les besoins de memes parfois géniaux. Des gens qui n’ont probablement jamais pris le temps de suivre son ascension à une époque où Young Money n’était pas encore un empire, des gens qui n’ont jamais entendu Nicki Minaj transformer des morceaux moyens en trucs indispensables par sa seule présence, ou qui ne l’ont jamais vu mettre la pâtée à pas mal de rappeurs du sexe opposé avec un flow de morte de faim. Toute une partie du public qu’il va falloir convaincre que ce troisième album d’Onika Tanya Maraj n’est pas la bouse commerciale qu’ils rêvent de pouvoir dézinguer dans un déferlement de raccourcis faciles et de mauvais clichés.
C’est vrai, en bonne vache à lait de son mentor Birdman, la ‘bimboule' est probablement mal mise en valeur pour le lecteur lambda de GMD, mais il faut se rendre à l’évidence: c’est pas vous qui déambulez dans les rues du centre-ville dans un immonde training YMCMB de baraki ou qui irez payer 60 EUR pour un concert dans une salle immense au son calamiteux. Et ces gens-là, Nicki Minaj, ils kifferaient même si elle reprenait l’intégrale de Burzum en se faisant produire par Skrillex. Cependant, vous seriez bien inspirés de quand même jeter une oreille à ce Pinkprint, parce qu’autant vous le dire tout de suite: avec ce troisième album, Nicki Minaj nous a fait un Beyoncé - et on ne dit pas ça parce que cette dernière vient se la jouer warrior sur le minimaliste « Feelin Myslef » produit par le toujours impeccable Hit-Boy.
Alors c’est sûr, la native de Trinité et Tobago ne nous a pas servi un album qui a l’élégance folle et les visées arty du disque sorti par la Queen Bey à peu près à la même période il y a un an, pas plus qu’il n’a débarqué à la surprise générale (ça fait même des mois qu’on l’attend ce disque…). Mais pris dans sa globalité, il est cet objet que l’on attendait depuis des plombes de sa part, ce disque capable de concilier ambition et entertainment pur et dur. Pour y arriver, le casting réuni est impressionnant, comme c’est généralement le cas avec ce genre de méga-sorties: d’un côté, on croise will.i.am, Alex da kid et surtout l’éminence grise Dr. Luke (producteur de Pink ou Katy Perry) qui fait un travail phénoménal sur la partie du disque qui va amasser les dollars par millions; de l’autre, la conscience cool et thug du disque est assurée en demandant à Jessie Ware d’écrire un titre, en samplant Maya Jane Cole sur l’un des morceaux de la version deluxe, ou en faisant appel aux usual suspects Zaytoven, Metro Boomin ou Mike Will Made It. Sans parler d’une liste d’invités qui ne surprendra personne mais qui fait quand même saliver: de Lil Wayne à Meek Mill en passant par Drake ou le minette Ariana Grande.
On aimerait dire de The Pinkprint que c'est un disque sans surprise, comme le grand barnum du rap / r&b ricain peut nous en produire à des cadences industrielles. Mais voilà, Rick Ross vient de nous le prouver avec son récent Hood Billionaire: il ne suffit pas d'avoir l'habituel casting de faiseurs de hits pour accoucher d'un disque mémorable. Et dans le cas de Nicki Minaj, pour une fille qui semblait se chercher ces dernières années, on se dit qu'elle semble avoir enfin trouvé son créneau, celui de la superstar sûre de ses choix et bien entourée.