Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop)
Deux voies s’offrent à vous pour la chronique de Malibu d’Anderson .Paak :
– lire l’article de @evidji pour Now Playing Mag dans laquelle j’ai rédigé la présentation du chanteur ;
– ou démarrer directement ma review en cliquant sur le lien ci-dessous vous invitant à en savoir plus.
En attendant qu’un nouveau Frank Ocean pointe le bout de son nez, Anderson .Paak attendait patiemment son heure. Et l’heure de vérité est arrivée avec son lot de promesses, toutes tenues. Oui : Malibu est vraiment le disque que l’on attendait tous comme des fous depuis sa révélation sur Compton de Dr Dre l’été dernier. Venice avait révelé une certaine aisance du chanteur à la voix cassée pour le changement de registre en gardant un état d’esprit indie. Sur Malibu, le chanteur d’Oxnard offre plus de possibilités en migrant vers le r&b, jazz, la nusoul, la funk, la pop et le rap aussi, sans que cela nuise à l’ensemble puisque tous ces éléments sont constitutifs de son univers musical, comme s’il assemblait les arcanes de chaque genre.
Et alors qu’on s’imaginait dans un coin de notre esprit un possible coup de pouce de Dr Dre (un couplet, peut-être une ou deux prods), Anderson n’a finalement pas consulté le docteur pour son second album. Ni même fait appel à Kendrick, ou bien Snoop Dogg par exemple. Il a préféré travailler avec le producteur Dem Jointz, l’autre révélation de Compton, sur le sexy « Sillicon Valley » (évidemment c’est une métaphore). Dans l’ensemble, Breezy Lovejoy (son autre surnom) a su parfaitement s’entourer pour mettre à profit ses talents et sa polyvalence. Hi-Tek a récupéré une basse funky à souhait pour « Come Down« , Madlib a rendu possible une collaboration avec BJ The Chicago Kid (l’autre grand disque soul/r&b à venir ce premier trimestre 2016) sur une boucle totalement dépoussiérée (le titre nusoul « The Waters« ), Like des Pac Div a trouvé une belle boucle de piano jazzy pour « Room in Here » (featuring The Game), le canadien Kaytranada apporte une fine touche d’électro sur « Lite Weight« , 9th Wonder sample fraîchement Hiatus Kaiyote sur « Without You » (en plus d’amener Rapsody sur un couplet)… Chaque producteur semble indispensable à ce kaléidoscope hypnotique. En fait, chaque titre est indispensable, oscillant entre le très bon et l’excellent.
Malibu est un album qui fait beaucoup de belles vagues avec de bonnes vibes en ignorant avec élégance les sirènes du flux mainstream. Avant toutes choses, Anderson .Paak livre un album déjà très mature et personnel dès la première chanson très bien écrite « The Bird« , dévoilant son contexte familial. L’amour pour sa mère est infiniment touchant sur « Carry Me« , quand l’âme du petit garçon qu’il était refait surface. Sur une note plus légère, le single très funky « Am I Wrong » (avec un bref saut de ScHoolboy Q) nous fait compter les jours avant l’été prochain. Et que dire du smooth « Heart Don’t Stand a Chance » et « Your Prime » (toutes deux produites par un exceptionnel DJ Khalil), ou bien la ballade entraînante « Put Me Thru« , Anderson .Paak atteint le top niveau avec une facilité déconcertante.
En fait, Dr Dre n’a pas besoin de lever le petit doigt, il l’avait déjà fait : attirer notre attention sur cet incroyable talent. Anderson .Paak avait déjà tout d’un grand, il fallait juste un coup de projecteur pour remarquer à quel point ce diamant brut peut briller. Avec Malibu et un futur LP avec Knxwledge dans les rails, Anderson .Paak vous souhaite une bonne année 2016. On peut d’ores et déjà commencer à deviner quel nom portera son troisième album parmi les noms de plages de californiennes.
Epilogue : deux semaines après la sortie de Malibu, Anderson .Paak signe finalement chez Aftermath Records, comme une évidence.
Chronique de Ruben (Goûte Mes Disques)
Venice, quartier emblématique de L.A., est devenu au fil du temps un lieu de pèlerinage bien connu des hipsters et autres faunes d’artistes en herbe. Venice, c'est également le titre du debut album de Brandon Paak Anderson dont la réputation se limite alors à la scène underground de la Cité des Anges. Épaulé par Shafiq Husayn du collectif alternatif Sa-Ra, le jeune artiste pond en 2014 un disque abouti qui retranscrit toute la vivacité, l’ambiance, les couleurs et la musicalité de cet environnement urbain si contrasté.
Grâce à un sixième sens encore inconnu de la science actuelle, Dr. Dre repère le chanteur et décide de l’intégrer à son ode dédiée à Compton, un autre quartier (tristement) célèbre. Ainsi, en plein été 2015, plus de 16 ans après sa dernière galette, le mythique médecin du rap-jeu nous prescrit un album à la production impeccable sur lequel Anderson .Paak apparait à 6 reprises. Soudainement, le jeune inconnu se retrouve sous les spotlights : on s’intéresse à son passé - le gars a notamment bossé pour un producteur de marijuana médicinale à Santa Barbara -, on ressort son premier disque du placard et on se demande comment on a pu passer à côté de titres comme « Already », « Drugs » ou « The City ». La machine se met alors en marche et seulement quelques mois après l’épisode Compton, voici que nous parvient son deuxième LP dédié cette fois-ci à une ville faisant partie du comté de L.A., Malibu.
L’agglomération de Malibu est un petit bout de paradis sur terre aux allures de carte postale où le soleil ne cesse jamais de réchauffer un océan Pacifique qui déverse ses vagues et ses coquillages sur des plages de sable fin, où des yachts privés et des amateurs de surf sillonnent l’horizon infini et où l’on peut surprendre une Corvette violette avalant à toute vitesse des kilomètres de Pacific Coast Highway. Tous ces éléments présents sur la couverture de l’album donnent le ton : Anderson .Paak est un enfant de L.A., un artiste made in California à la biographie hollywoodienne qui puise toute son inspiration dans l’environnement luxuriant et bouillonnant qui l’entoure.
Cette richesse se retrouve dans la musicalité de l’album qui comporte des éléments de soul, de funk, de blues des années 50, de rap West Coast, de r'n'b contemporain et même de disco. L’ambiance est incroyable dès l'inaugural « The Bird » et la spontanéité du projet est telle qu’on a l’impression d’écouter du Frank Ocean sur « Heart Don’t Stand A Chance » et qu’on se surprend à confondre « Your Prime » avec un titre de To Pimp A Butterfly. De même, le single « Am I Wrong » aurait très bien pu passer sur Bounce FM, la radio disco/funk de GTA San Andreas idéale pour s’ambiancer quand on roule à contresens sur les autoroutes d’un L.A. virtuel. Porté par son timbre de voix unique et chaleureux, l’album d’Anderson .Paak est un petit chef d'œuvre qui transpose à la perfection la fabuleuse ambiance d’un endroit utopique où tout semble possible. Le travail impeccable des différents producteurs (Fki, Hitboy, DJ Khalil…), le couplet dantesque de Rapsody sur « Without You » et ces putains de lignes de basse qui constituent la colonne vertébrale de l’ensemble font (déjà) de Malibu un incontournable de 2016.
L’unique déception concerne l’intervention de The Game sur « Room In Here » qui, assez étrangement, pompe le flow de Nas et livre une prestation peu intéressante. Mais dès que l’on sent l’intensité du projet faiblir, on se prend une grosse claque dans les instants qui suivent - et c’est bien ce qui fait la valeur ajoutée de Malibu. C’est le cas du (trop) mielleux « Silicon Valley » qui enchaine sur l’incroyable « Celebrate », meilleur son de l’album semblant tout droit sorti de la discographie de Curtis Mayfield. Oui, rien que ça.
Sans la moindre fausse note, Anderson .Paak nous embarque dans un périple musical au travers de sa ville et on en ressort, 62 minutes plus tard, totalement conquis et avec une seule envie : prendre un aller simple pour L.A., louer une décapotable - de préférence une Corvette violette, évidemment - et parcourir la Cité des Anges sous un coucher de soleil idyllique en poussant Malibu à fond dans les enceintes.