CULTURE II

CULTURE II

migos

10 / 20 2018

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 10 / 20

Posté le 26/01/2018

Profitant d’un alignement des planètes favorable, les migos ont dominé l’année 2017 qui avait débuté avec la sortie de leur album CULTURE propulsée par leur single hautement addictif « Bad and Boujee« . 364 jours plus tard, les trois larrons d’Atlanta en t-shirts Versace n’ont pas laissé à son public le temps d’attendre, CULTURE II est déjà là, avec deux fois plus de migos.

Et quand je dis « deux fois plus », c’est pas pour déconner : cette suite contient vingt-quatre morceaux (24!), pour une durée de cent-cinq minutes (105), soit la durée moyenne d’un film. Va falloir prendre son bâton de pèlerin, en regardant au loin car le chemin va être long. Ou faire en fractionné, c’est plus facilement jouable et c’était peut-etre la meilleure solution vu comment la première heure est laborieuse, avec des titres aussi passables que « Narcos » (ouais les rimes en ‘o’ et la guitare latino super clichés), le radio&b « Gang Gang » ou « BBO » avec 21 Savage. « Emoji a Chain« , « Crown the Kings » et « Flooded » avaient le potentiel pour être des monstruosités mais ne se contentant que réaliser des titres trap à la chaîne à un rythme industriel, c’est l’ennui qui devient monstrueux. Encore que le single « Stir Fry » (produit par un Pharrell Williams relativement neutre) fait le job. Niveau d’alerte décrochage (de mâchoire) maximal. Sachant que l’album prend du retard à l’allumage, ne commençant les choses sérieuses qu’à partir de « Auto-Pilot« , j’ai cette impression qu’il s’est écoulé trois heures alors que j’en suis au 14e morceau. Mais ne zappons pas trop vite, on pourrait passer à côtés de gros sons comme « Walk It Talk It » avec son hook passé au hachoir (et Drake accessoirement), « CC » featuring Gucci Mane, et à la limite « White Sand » avec Ty Dolla $ign, Travi$ Scott et Big ‘zzzzz’ Sean (sans $).

La bonne nouvelle, c’est que j’ai passé la moitié de l’album.

Notre de trio de rockstars de la trap ont mis les bouchées doubles, donc, et chacun des membres reste campé dans un rôle bien défini: Quavo s’occupe des refrains jamais sans son autotune, Offset c’est le fast fiancé de Cardi B et Takeoff a/k/a ‘Leftoffbadandboujee’ joue le rôle de la révélation de CULTURE II. Là encore je ne déconne pas, partout où il passe, Takeoff se distingue clairement de ses congénères en causant des fracas. Il est le seul gros point positif de ce second volume double. La seconde partie contient sa proportion de titres sans aucun interêt, si ce n’est de meubler et rallonger l’écoute de manière interminable (« Beast« , « Open It Up« , « Movin’ Too Fast« …). Elle est heureusement compensée par le single « MotorCity » en compagnie des copines Cardi B et Nicki Minaj, « Too Playa » avec 2 Chainz (et du saxophone qui apporte un plus indéniable) et la touche soulful « Made Men« , mais il faut le mériter ce petit plaisir car on en est à la 22e piste. Au moins ils ont eu la présence d’esprit de ne pas donner de suite à « Bad and Boujee »… Allez, plus quelques marches, s’il vous reste un zeste de courage.

Dans cet interminable flot de beats traps qui pourront paraître trop uniformes se retrouvent une partie du gratin des prodos de trap music. Il serait plus court d’énuméner ceux qui ne participent pas à ce bouillon de culture (808 Mafia, South Side, etc…). Quavo réalise pas mal de prods avec DJ Durel et on regrettera que Metro Boomin ne sois pas plus présent, trop occupé à faire des projets collab mmh? Après avoir teasé des semaines à propos de collaborations incroyables avec Kanye West, au point de laisser croire qu’il était le producteur éxécutif du projet (qui n’est autre qu’un certain Huncho, c’est-à-dire Quavo), il en résulte seulement 25% de part de la production de « BBO« … La montagne qui accouche d’une souris. Autre élément omniprésent sur CULTURE II : les ad-libs. Comme le dirait Jeezy, « ad libs everywhere! », voire en quantité insupportable. Beaucoup en usent dans la trap, c’est la norme. Mais un Future varie un minimum d’une chanson à l’autre, avec les migos c’est limite un TOC.

Vu leur popularité et le phénomène qu’ils représentent tous les trois on peut difficilement contredire le fait qu’il ne participent pas aujourd’hui à la culture rap, et un titre comme « Culture National Anthem » qui conclut ce disque fleuve semble justifié d’un certain point de vue. À ceci près que, pour rappel, les groupes adulés ne sont pas toujours les meilleurs et que leur contribution reste soumise à discussion (où est l’édutainment par exemple?). Avec la moitié des sons à retenir, ne contenant qu’un petit truc intéressant ou une micro bonne idée dans chaque titre, et l’autre qu’on met de côté ou à la poubelle, les migos en ont servi deux fois trop. Sans déconner, je n’ai aucun mal à renouveler mon abonnement au club fermé de ceux qui pensent que les migos sont surcôtés. Reste Takeoff qu’on retient comme la très bonne surprise de CULTURE II.


Chronique de Tariq (Goûte Mes Disques) 12 / 20

Posté le 14/02/2018

"Nos parents ont eu les Temptations, nos grands frères les New Editions et nous nous avons Migos" a tweeté le rappeur Jok'air au lendemain de la sortie de Culture II. Et il est vrai qu'en une paire d'années, le trio d'Atlanta est définitivement devenu le groupe le plus important de la décennie 2010. Tout cela à la faveur d'un "Bad and Boujee" détourné en milliers de memes, et d'un chouette album, Culture premier du nom, qui avait surtout l'avantage d'être plus concis que les précédents projets de la triade Quavo X Offset X Takeoff. Car ce que révélait avant tout ce succès soudain c'est que, à notre époque, la construction d'un "moment" importait peut-être plus que la musique elle-même. Culture n'était vraiment bon que le temps d'une moitié d'album et "Bad and Boujee" n'était pas le meilleur titre du trio depuis leur apparition sur les radars en 2013. Peu importe : nous sommes en 2018, et voici les Migos investis d'un pouvoir auxquels ils n'étaient peut-être pas préparés. Après avoir imposé leur culture au monde entier, ils reviennent à leurs premières amours avec Culture II : l'album se présente comme une mixtape, remplie jusqu'à ras-bords, nous renvoyant ainsi à la grande époque des projets Young Rich Niggas ou No Label II.

Musicalement cela dit, on est assez proches du son du précédent disque : une version policée, arrondie, de la trap qui les a fait connaître sur tapes. "Motorsport", par exemple, envoyé en éclaireur, ressemble à un "Bad and Boujee" 2.0 : encore plus long en bouche, plus lent, plus prenant. Un banger qui ne dit pas son nom. L'incroyable "Walk It, Talk It" sera sûrement l'un des prochains singles, notamment grâce à la présence de Drake - alors que le morceau se porterait bien mieux sans lui. Et les autres extraits qui vont cartonner sont des déclinaisons sur le mode Martine à la mer du délire Migos : "Stir Fry" les emmènent faire un tour chez les Neptunes tandis que "Narcos" est l'illustration musicale de la phrase "Migos, de retour à la terre-mère de la bicrave, sur les rives colombiennes". Passés les high concepts, ces tubes finissent par tomber à plat. Et Quavo est peut-être devenu le poids mort du groupe. Ici, il se sent obligé d'investir chaque morceau, chaque refrain, chaque pont... Bien qu'il fournisse encore quelques-uns des hooks les plus mémorables de l'album, le leader y sonne désespérément creux et prévisible. Ainsi, les meilleurs moments du disque ne se trouvent pas sur les supposés hits, mais le long de tracks plus sensibles et introspectives. Un album caché dans l'album.

C'est une piste que Migos a ouvert il y a bien longtemps, peut-être avec "Birds" sur No Label II : leur musique devient plus intéressante lorsqu'ils fendent l'armure, et laissent transparaître un peu d'eux-mêmes au détour d'un vers ou d'un refrain. Quand ils rendent hommage au grand frère Gucci Mane sur "Too Much Jewelry", lâchent des larmes salées sur leurs paires de Saint Laurent avec Post Malone sur "Notice Me", ou roulent à tombeau ouvert dans Northside Atlanta sur "Top Down On Da NAWF", le trio est bien plus inspiré et touchant que lorsqu'il nous rejoue la sempiternelle trap flamboyante et inconsciente. Rien n'est plus plaisant que de voir le groupe bâtir sa propre légende (dès l'intro, ils lâchent un "Higher we go, beg and plead for the culture" à la saveur toute médiévale) tout en gardant un oeil dans le rétroviseur. "Movin' Too Fast", par exemple, ses mélodies tristes, ses pensées émues à leur grand-mère décédée, est un parfait exemple du genre d'esthétique qui leur convient aujourd'hui.

Bilan: Migos ne sait toujours pas vraiment faire des albums. Récemment, DJ Durel, architecte sonore du disque avec Quavo, expliquait que le groupe ne passait jamais plus de 45 minutes sur un morceau. Un processus très ancré chez les artistes d'Atlanta et qui est peut-être à rapprocher de la méthode des Jamaïcains et du reggae-dancehall : le flux, l'inspiration, importe plus que leur captation sur disque. Un processus qui montre aussi ses limites sur Culture II. Aujourd'hui, il est de fait plus intéressant de suivre les gavas dans leurs aventures solos : Offset, étrangement très en retrait, s'est transformé en Future sur l'immense Without Warning aux côtés de 21 Savage et Metro Boomin à l'automne dernier. Et Quavo devrait continuer à fricoter avec Travis Scott pour trouver un véritable second souffle. Ensemble, ils ont sorti l'inégal mais intéressant Huncho Jack, Jack Huncho en toute fin d'année dernière. 

De toute façon, les vrais savent que le plus fort c'est Takeoff,pour toujours et à jamais <3.


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