K.T.S.E.

K.T.S.E.

Teyana Taylor

16 / 20 2018

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 16 / 20

Posté le 22/06/2018

Quand on se rince l’oeil devant la pochette de K.T.S.E, où notre artiste Teyana Taylor légèrement vêtue semble prendre du plaisir dans une chambre vieillotte de mère-grand, impossible de ne pas repenser à sa plastique et ses mouvements ultra-sensuels dans ce clip de « Fade » de Kanye West qui a provoqué des sudations spontanée. Dommage qu’on ait plus gardé en mémoire cette vidéo que son premier album VII. K.T.S.E, acronyme de Keep The Same Energy, second album de la chanteuse r&b compte marquer le coup avec non pas 7, mais 8 titres produits par Kanye West et sa bande.

Le morceau d’ouverture « Manners » se suffit un sample vocal et deux refrain sur lesquels la chanteuse rappelle sa situation maritale avec Iman Shumpert, joueur de NBA. Ensuite c’est avec un immense plaisir que l’on retrouve Teyana Taylor sur de très beaux samples de Soul matinés de guitares (Delfonics, Sly & The Family Stone…) pour « Gonna Love Me », « Issues/Hold On » et « Hurry« . Encore une fois, Kanye n’a rien perdu de son flair (son ouïe pour être exact), sans être original, et ça marche d’autant plus que Teyana réussit avec brio son opération de séduction, surtout quand elle se met à gémir en plein milieu de « Hurry », gouttes de sueur là encore. La température monte à 50° sur le slow « 3Way » quand elle s’imagine dans un ménage à trois avec son homme et une autre femme, sauf que c’est Ty Dolla $ign qui interprète l’homme dans l’histoire.

« Rose in Harlem » est un retour aux racines de la chanteuse dans le quartier difficile qui l’a vu grandeur, et ça n’a rien d’étonnant d’entendre la chanteuse poser à mi-chemin entre rap et chant dans ses couplets. De nouveau, le sample de voix est bien trouvé pour le refrain, la rose qui a grandi dans le bitume est belle et émane un splendide parfum. Pour rester un peu dans les souvenirs, Teyana Taylor apporte une touche de groove throwback en reprenant à sa façon « Never Would Have Made It » de Marvin Sapp avant de clore par une track house bien nineties, « WTP » (qui signifie What this pussy), idéal pour le voguing, avec dans l’assistance la figure rap queer Mykki Blanco. Avec juste ces 8-titres de K.T.S.E., Teyana Taylor aura bien réussi à retenir toute notre attention, musicalement parlant.


Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 04/07/2018

Au beau milieu d'une période assez trouble qui a vu Kanye West réactiver son compte Twitter pour se lancer dans des tirades qui feraient passer Franck Ribéry pour un prix Nobel de philosophie, il a été bien difficile de croire qu'il tiendrait sa promesse de pondre cinq disques sur une période si courte, poussant le vice jusqu'à annoncer toutes les dates de sortie quand on sait que le rappeur lambda a à peu près autant de respect pour un calendrier que Ramzan Kadyrov en a pour les homosexuels et les opposants politiques.

Pourtant, son Ye, son album collaboratif avec Kid Cudi et ses disques pour Pusha Tet Nas ont réussi le petit exploit d'éloigner Kanye des pages people et société, lui qui avait pourtant touché le fond avec ses saillies pro-Trump et ses déclarations sur l'esclavage ("When you hear about slavery for 400 years ... For 400 years? That sounds like a choice." lol). Un sacré Grand Chelem donc, doublé d'un vrai emballement médiatique dont Teyana Taylor aurait logiquement dû profiter. Mais on sait que la logique ne s'applique ni à ce que touche Kanye, ni à l'industrie musicale.

Et donc, c'est un peu dans l'indifférence et la confusion qu'est arrivé K.T.S.E., second album de la chanteuse américaine. L'indifférence, on peut probablement l'attribuer à la frilosité congénitale dont souffrent tous ces pseudo-connaisseurs qui te disent "écouter de tout", alors que ce tout correspond en fait aux 20 trucs que les algorithmes de YouTube et Facebook veulent bien leur fourrer dans le gosier. Quant à la confusion, on peut l'attribuer à un plan promotionnel foireux, avec un disque qui a tardé à pointer le bout de son nez sur les réseaux, et dont on nous avait promis une nouvelle version "finale", incluant des samples de Lauryn Hill et Sade, qui ne verra finalement jamais le jour - "A lot of clearance issues, shit takes time" selon l'intéressée. Une situation d'autant plus triste qu'on tient probablement avec K.T.S.E. le meilleur disque de cette Yeezy Season, juste derrière DAYTONA.

Mais contrairement à ce dernier, K.T.S.E. nous laisse un goût amer de trop peu. D'abord parce qu'on y entend une fille qui lâche vraiment la bride et s'expose en dehors de sa zone de confort - ce qu'elle n'était pas arrivée à faire sur un premier album bien trop convenu pour être mémorable. Ensuite, il y a bien évidemment le travail de production de Kanye West, qui peut enfin s'exprimer dans un contexte un peu moins hystérique qu'à l'accoutumé. Ces dernières semaines, Kanye West est souvent revenu à ses marottes de jeune producteur, quand le "Louis Vuitton Donc" samplait / pitchait de la soul jusqu'à l'écœurement. Les diggers entendront sur K.T.S.E. des bouts de Delfonics ou de Sly & the Family Stone, sauf que cette fois, la technique se mélange régulièrement à d'autres facettes du bonhomme, ce qui rend le travail réellement passionnant. Et si cette propension à laisser parler le "old Kanye" joue clairement en la faveur de MCs qui rappent à l'ancienne, cela fonctionne également à merveille sur un disque de R&B, avec une Teyana Taylor dont la technique vocale évoquent régulièrement Mary J. Blige - pas étonnant d'ailleurs qu'elle soit apparue sur un titre de Vince Staples qui sample la diva des 90's.

À l'arrivée, confronté à un disque d'une telle qualité, on se dit que Teyana Taylor est vraiment extrêmement mal payée, surtout quand on voit l'emballement qui a entouré la sortie du Lost & Found de Jorja Smith - on vous rassure, on a été les premiers à se faire dessus. On compte maintenant sur vous pour battre votre coulpe...


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