FM!

FM!

Vince Staples

14 / 20 2018

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 14 / 20

Posté le 02/11/2018

Marre des merdes qui passent continuellement à la radio? Switchez sur la bande FM! de Vince Staples. Le rappeur californien propose 22 minutes d’écoute, tout juste suffisant pour un court trajet.

Dans la continuité de Big Fish Theory, qui entrouvrait une autre porte sur le plan musical avec des sonorités plus électro, ces huit morceaux inédits produits par Kenny Beats et Hagler vont des Vans à Vince Staples. Après le premier morceau d’appel, le vacancier « Feels Like Summer » (avec du Ty Dolla $ign sur le chorus), c’est parti pour des gros beats et des bangers sérieux comme sur « Don’t Get Chipped » (avec Jay Rock au refrain)  et « FUN! » (sur lequel E-40 prête sa voix).

Plus accessible par rapport à Summertime ’06 et bigrement moderne (la façon dont sont transformés les hi-hat en une sorte de grésillement électronique sur « Relay » c’est de l’art), FM! ce n’est pas que de la musique rap non-stop de qualité destiné à mettre le feu à des festivals, on peut y entendre des pages de réclame pour Earl Sweatshirt et Tyga, tandis que les autres guests sont masqués du tracklisting (comme Ty$,  Buddy et Kamaiyah sur « Tweakin« ). Il a de bonnes idées ce Vince et des mecs qui produisent super bien pour lui et cultivent sa singularité, mais appeler un album ce projet, si court et moins étoffé qu’à l’accoutumée, me rend complètement perplexe.

Voilà, c’est tout, vous pouvez reprendre une activité normale.


Chronique de Noé (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 19/11/2018

« I was about to tell y’all FM! not an album but I don’t even know what an album is anymore so I’m just about to eat some catfish ». 

Ce tweet de Vince Staples au lendemain de la sortie de FM! résume bien le positionnement bancal d’une industrie musicale visiblement à la recherche de ses repères d’antan. Les manières de construire un album ayant quelque peu évolué ces dernières années, chacun essaye de trouver la recette qui répondra au mieux à la nouvelle donne. Certains s’aventurent donc sur des formats courts, favorisant leur fréquence de sortie quand d’autres préfèrent se cantonner à des projets plus denses, privilégiant une cohérence artistique globale. Mais il n’existe pas encore de recette magique et l’année écoulée nous a montré qu’un Kanye West pouvait se vautrer sur 7 titres, et qu’un Drake arrivait à nous ennuyer 22 pistes durant. Vince Staples a lui décidé de ne pas s’embêter en présentant FM! comme un « special project »: 8 titres, ponctués de deux interludes (pour présenter des nouveaux sons de Earl Sweatshirt et Tyga) et d'un sketch prenant la forme d’une émission de radio animée par Big Boy, célèbre présentateur d’une radio hip-hop à L.A. - le tout présenté dans un packaging qui a tout de l'hommage à un groupe qui a marqué les 90's de son empreinte. 

Habitué des albums aux couleurs très marquées, Vince Staples ne pense pas l’arrangement de ses projets à la légère. Après un Big Fish Theory futuriste l'année dernière, le rappeur californien revient à des sonorités plus ensoleillées, aux antipodes du Summertimes '06 dépouillé qui l’avait fait connaître trois ans auparavant. Et donc, malgré la sinistrose ambiante, Vince Staples nous vend un bonheur artificiel digne des plus mauvaises réclames publicitaires vomies par le supermarché du coin. Un enrobage marketing factice qui vient magnifiquement contraster le nihilisme et la froideur des textes. Pour mieux comprendre la démarche, il suffit d'écouter « Feels Like Summer » : le cul bien calé entre les basses remuantes du fidèle producteur Kenny Beats et le hook chaud de Ty Dolla $ign, les textes rendent compte de la violence des gangs régnant dans les rues de son Long Beach natal : « We gon' party 'til the sun or the guns come out » - un sujet récurrent dans l’univers d'un rappeur pourtant lassé d’être constamment présenté comme un ex-membre de gang.  

Si l’on doit la cohérence musicale globale du projet à Kenny Beats, l’homogénéité thématique est à mettre au crédit du rappeur californien qui agit encore une fois en véritable chef d’orchestre. En convoquant chacune de ses collaborations sous forme de caméo, Vince Staples fonctionne à rebours d'une industrie musicale sclérosée par la logique du featuring bankable. Pourtant le casting 100% made in California a de quoi faire pâlir les plus gros blockbusters du moment. Mais à la différence de ceux-ci, les apparitions fugaces de Kamaiyah, Kehlani, E40 ou encore Buddy ne viennent pas phagocyter un projet dont Vince Staples reste le seul maître d’oeuvre. 

FM! Ne sera sans doute jamais présenté comme un véritable album dans l’œuvre globale du MC. En ce sens, il se rapproche plutôt de Prima Donna, projet pourtant important sorti entre ses deux premiers albums. Quoi qu’il en soit, FM! se positionne comme une nouvelle pièce du beau puzzle qu'est la discographie d'un artiste qui se positionne comme la figure de proue d’une scène californienne visiblement inspirée par la fin de son été indien.


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