Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop)
C’est l’album rap numéro 1 aux US, l’album dont tout le monde parle en ce début du mois de Novembre. Vous avez vu ça? Vous l’avez écouté? Tout le monde a l’air de kiffer ce premier album du producteur trap intronisé par des « Metro Boomin wants some more » ou « if Young Metro don’t trust you ». Not All Heroes Wear Capes, un nom en majuscule qui en jette comme la pochette, une expression qui n’est pas une catchphrase sortie tout droit d’un Marvel, un intitulé qui sied à cet artiste promis à de grandes choses et dont de nombreuses voix influentes affirment qu’il s’agit d’une des sorties les plus importantes de 2018. Tous, sauf un irréductible blogueur retranché près d’une cité médiévale.
Coucou, c’est moi, le rabat-joie de service qui vient à contre-courant de l’engouement général pour dire des choses qui vont pas plaire, oulala. Un engouement accentué par un effet de surprise puisque visiblement le jeune Metro Boomin (il a 25 ans) avait annoncé son retrait du game, après quelques mois après l’album surprise Without Warning avec Offset et 21 Savage et l’archi-chiant Double or Nothing en collaboration avec Big Sean. Mon oeiiiiiiil… ;) Tout ça pour créer un effet de surprise ! Vous y avez cru? Perso, nan, il a voulu dire « courte pause ». Moins surprenant sur ce Not All Heroes Wear Capes, le casting, les trapstars du moment : 21 Savage et Travis Scott à plusieurs reprises, Gucci Mane, Young Thug, la révélation Gunna, Offset, Kodak Black, Swae Lee… et l’artiste nigérian qui amène avec lui une pointe d’exotisme et de couleurs sur « Borrowed Love » et « Only You« .
Pour le reste, c’est Metro Boomin qui fait du Metro Boomin avec son artwork qui fait BOOM, en essayant d’innover posant deux samples de soul entre deux morceaux. Bien tenté mais ça sert à rien. Vous allez me couper pour me dire qu’avec lui, Timbaland faisait du Timbaland, les Neptunes du Neptunes, etc… J’ai peut-être mes oreilles mal réglées sur ses fréquences de basse. En me concentrant sur autre chose que les prods, je trouve ça presque risible lorsque 21 Savage essaie de ressusciter le whisper rap des Ying Yang Twinz sur « 10 Freaky Hoes« , ou Young Thug et Gunna qui parlent des « Lesbian« . En fond sonore, Not All Heroes Wear Capes passe sans encombre mais pas pour le thé. Le jeune Metro varie un peu les plaisirs, en comptant sur l’aide de Southside, Allen Ritter, Dre Moon ou encore Wheezy. Et celle de Drake sur le titre bonus (quel intérêt de faire des track ‘bonus’ quand tout le monde y a accès en streaming? c’est une remarque générale).
Je comprends que Not All Heroes Wear Capes puisse être un album que pas mal de supporters brandiront dans le futur à chaque date anniversaire en disant que c’était un grand moment et que ça change pas. Parce que son Metro Boomin est une personnalité qui dessine le paysage rap et laissera certainement son empreinte pour les prochaines années, et parce que les invités sont des figures des années 2010 à 2025. Ça s’appelle marquer son temps. Mais ça n’est pas synonyme de faire l’unanimité, loin de là.
Chronique de Ruben (Goûte Mes Disques)
Metro Boomin, c’est un peu le Pep Guardiola du rap : toujours dans les bons coups et courtisé par les plus grands, Leland Wayne est un coach charismatique et passionné, au CV impressionnant, qui s’impose aujourd’hui comme un faiseur de tubes et de carrières dont le producer tag ("If Young Metro Don’t Trust You, I’m Gon’ Shoot You") est autant une marque de fabrique qu'un gage de qualité. Joueur professionnel sur FL Studio depuis 2009, Metro Boomin s’est lentement mais sûrement mué en gourou du game et a grandement contribué à la démocratisation et la mondialisation de la trap. Ayant supervisé le travail des plus grands – Drake, Kanye West, Travis Scott, Future, Gucci Mane, la liste est interminable, il était évident que le casting de son premier album studio allait aligner autant de stars qu’une équipe de Premier League prétendante au titre.
La force de Not All Heroes Wear Capes réside dans le fait que Metro Boomin parvient à bâtir une zone de confort pour chacun de ses collaborateurs, tous plus à l’aise que Sergio Aguero dans une surface de réparation : Swae Lee dispose de beats colorés qui lui permettent d’étaler sa science du refrain, Young Thug nous renvoie à l’époque du premier Slime Season tandis que 21 Savage nous sort ses habituelles punchlines délicieusement débiles – cette fois-ci, la crapule chuchotera même une partie de son couplet sur « Don’t Come Out The House », façon Ying Yang Twins. Mais ce qui ressort surtout de ces 44 minutes de foire au banger c'est l'incroyable hétérogénéité des instrumentaux : l’ambiance dancehall du folklorique « Only You » est aussi efficace que les collaborations plus traditionnelles avec Gucci Mane ou le rookie Gunna. Bref, ça enchaîne et ça combine avec l'aisance et l'efficacité du triangle doré De Bruyne - Silva - Mahrez.
Etrangement, un des points culminants du disque est l’interlude « Only 1 » qui nous replonge dans le monde brumeux et élégiaque de 808’s & Heartbreak. Magistralement exécuté par Travis Scott, cette balade mélancolique, parfaitement autotunée, est de loin la pièce du puzzle qui met le mieux en lumière le rôle de chef d’orchestre de Metro Boomin, histoire de démontrer que c’est bien lui la star de son disque. Ainsi, à l'instar du maître à penser catalan de Man City, le hitmaker du Missouri est capable de tirer le meilleur de son effectif grâce à une science du terrain et un flair qui font de ce Not All Heroes Were Capes un condensé de bangers fort appréciable, qu’on vous recommande presque autant que notre playlist Spotify entièrement consacrée au bonhomme.