Rap or go to the league

Rap or go to the league

2 Chainz

14 / 20 2019

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 14 / 20

Posté le 01/03/2019

Grâce à Pretty Girls Like Trap Music, celui qui porte deux colliers en or a pu accrocher une deuxième galette de platine au dessus de sa cheminée. Force est de constater que 2 Chainz s’améliorait d’album en album, mettant de fait une pression supplémentaire sur ce quatrième opus Rap Or Go To The League, dont le titre était annoncé l’an dernier. Il faut frapper fort, marquer les esprit, continuer sur cette lancée et ça s’est fait par une annonce qui n’était pas qu’un coup de comm’ magistral : LeBron James en tant que producteur éxécutif. Oui, le légendaire athlète et joueur de basketball qui foule les parquets cette saison avec le maillot jaune et violet de la mythique équipe Lakers de Los Angeles.

Rien d’extraordinaire en soi, puisque le rôle de LeBron se limitait dans la sélection de titres. En revanche, pas de Dr Dre dans le personnel, fausse joie après avoir aperçu leur photo balancée sur Instagram. Là pour le coup ce fut un coup de comm’. En revanche on retrouve dès la première track le collaborateur de Dre et Anderson .Paak, Dem Jointz, sur le solennel « Forgiven » avec son refrain béni par Marsha Ambrosius. C’est bien parti pour une petite série de trois tracks soulful avec la suite « Threat 2 Society« , servi par une crème de sample dont on reconnaît aisément la louche de 9th Wonder, et « Money In The Way » produit par Buddah Bless, qui a du beaucoup écouter Graduation de Kanye West pendant qu’il a conçu ce beat victorieux.

C’est après que les choses retrouvent une certaine normalité, avec un passage obligé par de la trap, avec notamment les featurings banalisés de Travis Scott (« Whip« ) et Young Thug (« High Top Versace« ) mais comme cette trap est certifiée AOC (pour dire autrement, made in ATL), ça passe sans difficulté (« NCAA » wow avec sa guitare électrique). Plus loin on se retrouve face à deux morceaux plus westcoast, le smooth « Girl’s Best Friend » avec Ty Dolla $ign (clin d’oeil à Marylin Monroe) et « Two Dollar Bill » servie avec sa sauce moutarde à Lil Wayne et E-40 qui fournissent chacun de très bonnes presta. Entre temps, un banger signé Pharrell Williams, « Momma I Hit A Lick » avec un gros client pour la seconde partie du morceau : Kendrick Lamar. Le schéma de l’instru est relativement proche d’un banger qui a cartonné dans les années 2000, le fameux « Touch It » de Busta Rhymes, avec une alternance entre passage de grosses caisses où ça hausse le ton, puis un autre plus bassy où ça rapport moins fort, à la limite du mumble rap. Pas une surprise d’entendre un cross-over r&b, « Rule The World » avec la star des jeunes Ariana Grande, sur une prod qui, pour déclencher le coup de coeur, use d’un sample de « Why Don’t We Fall In Love » d’Amerie.

Quand Rap Or Go To The League retrouve son cap défini en début d’album, on découvre ce 2 Chainz sérieux et très personnel, ce bonhomme de College Park qui a début de sa vie a du faire un choix de carrière entre le rap et le basket pour sortir de la délinquance, pour le rap avec la carrière ascensionnelle qu’on a pu observer. C’est pour ça qu’on aime l’écouter sur des titres comme, « Threat 2 Society« , « I Said Me » et « I’m Not Crazy, Life Is » (avec Chance the Rapper et Kodak Black). À noter que l’ex Tity Boy prend toujours le soin de très très peu évoquer son passage chez Disturbing Tha Peace et sa relation avec Ludacris. L’autre point à retenir de ce quatrième album solo est que : ça sonne Atlanta, à fond. Actuellement, à mon sens, 2 Chainz en est, à l’heure actuelle, son meilleur représentant, le plus populaire et le plus divertissant.

Sans trop de surprise, 2 Chainz est bonne place pour être le MVP de 2019. Def Jam a fièrement annoncé le démarrage à la première place du top Top R&B/Hip-Hop. Rap Or Go To The League est un bon album, succession de morceaux divers et variés, qui a tout pour plaire. Mais rien n’y fait, j’ai l’intime conviction que ça méritait d’être bien meilleur car il manque un véritable fil directeur et de tracks hors-normes, à l’image de ce grand gaillard. Ceci répond à la question de savoir si un sportif de très haut niveau peut s’improviser DA : « mouais… »


Chronique de Ruben (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 05/03/2019

Nous sommes le 17 janvier 1995 dans un lycée de banlieue situé à quelques encablures de l’immense aéroport d’Atlanta. En ce mardi soir, des centaines d’étudiants se sont agglutinés sur les tribunes du gymnase pour encourager leur équipe, les North Clayton Eagles. Pour reproduire l’effervescence d’une arène de NBA, les joueurs sont présentés un à un par le speaker local. Quand c'est au tour du numéro 21, la foule exulte. Du haut de son mètre 95, le jeune Tauheed Epps salue les tribunes, tape dans la main de ses coéquipiers et prend position sur le terrain.

Le cinquième album de Tauheed Epps aka 2 Chainz s’ouvre sur l’extrait de son entrée en jeu pour les North Clayton Eagles, vingt-quatre ans plus tôt. Dès les premières secondes, ce nouveau projet prend ainsi une tournure très personnelle et autobiographique, une approche confirmée par les deux premières pistes - « Forgiven » et « Threat 2 Society » - sur lesquelles 2 Chainz raconte une adolescence tumultueuse : il raconte sa passion dévorante pour le hip hop, son talent sous le panier, son quotidien rythmé par le trafic de stupéfiants – « I done some things I ain't proud of / Like sold my mom drugs ». On comprend alors que le jeune Tauheed Epps s'est retrouvé dos au mur, avec seulement deux portes de sortie : le rap ou le basket.

La carrière de 2 Chainz, des Playaz Circle jusqu’à Rap Or Go To The League, s’étale sur deux décennies et suit une courbe exponentielle : en 2019, le trappeur d’Atlanta jouit d’une notoriété telle qu’il peut se permettre de recruter Lebron James pour assurer la promotion de son disque. Endossant le rôle de directeur artistique, le tôlier des Lakers a accompagné Tity Boi tout au long du processus créatif, et a (surtout) usé de son Instagram aux 47 millions de followers pour faire un peu de promo. Les mauvaises langues diront qu'aux regard de ses récentes prestations avec les Lakers, le King James ferait mieux d'avoir la tête sur les parquets que dans les studios, mais c'est un autre sujet sur lequel on ne s'étendra - ce n'est pourtant pas l'envie qui manque.

Sans surprise, le basketball est au centre des débats sur le titre le plus emblématique de ce nouvel album : avec son refrain qui pousse le curseur du turn-up dans le rouge, « NCAA » rend hommage à ces jeunes talents dévorés par les requins qui tirent les ficelles du basket universitaire américain – « Let me get this straight, if I drop 40 today / You don't care if I eat, you don't care if I ate ». Entre promesses contractuelles et abus de confiance,  2 Chainz cherche délibérément à mettre en lumière les scandaleuses pratiques de la NCAA, une institution qui engrange plus d’un milliard de dollars en revenus annuels mais ne redistribue rien à ses jeunes joueurs qui finissent souvent seuls, les mains vides, sans contrat professionnel – on vous renvoie vers le reportage du magnifique John Oliver pour plus de détails sur ces pratiques abusives. Pourtant, notre véritable coup de cœur du projet est « Money In The Way » qui laisse parler toute la technique du true OG qu’est devenu Tauheed Epps au fil du temps. En enchainant les punchlines saugrenues, 2 Chainz nous tient en haleine sur une instru certes répétitive, mais qu’il décime avec une aisance déconcertante. À titre de comparaison, les prestations de Future sur son récent The WZRD font pale figure à côté de la fougue d’un rappeur de 41 ans qui semble plus en forme que jamais.

Pourtant, 2 Chainz ne rend pas une copie parfaite sur ROGTTL et le disque a même tendance à s’essouffler dans sa deuxième moitié. Pour combler les trous d’air, 2 Chainz s’en remet alors à une enroule classique du rap : rameuter les copains pour épater la galerie, et laisse le pire côtoyer le meilleur. Ce qui nous donne un couplet peu inspiré (et on pèse nos mots) de Kendrick Lamar, un Chance The Rapper qui va au charbon, une prod pour strip clubs de DJ Mustard, un hook tellement prévisible (mais tellement efficace) de Ty Dolla $ign ou un couplet de Lil Wayne qui semble tellement en pilote automatique qu'on en vient à se demander si on a pas affaire à un deep fake.

Très clairement, les années nous ont montré que 2 Chainz n'avait besoin de personne pour briller, et très clairement le projet aurait pu se passer de toutes ces interventions à la plus value frôlant souvent le néant. Mais tel un Benjamin Button sous sizzurp, 2 Chainz nous montre que bien vieillir dans le rap est possible, et c'est probablement la chose la plus importante à retenir de ce Rap Or Go To The League qui n'a probablement pas le potentiel de grower de son aîné Pretty Girls Like Trap Music - mais on se permet quand même d'insister sur le "probablement" pour que vous n'oubliez pas de revenir régulièrement sur un disque qui vous le rendra bien.


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