Ventura

Ventura

Anderson .Paak

20 / 20 2019

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 20 / 20

Posté le 12/04/2019

Malgré ses indéniables qualités, Oxnard n’a pas plu à tout le monde de par ses choix artistiques. Ce qu’on ne savait pas à sa sortie l’automne dernier, c’est qu’Anderson .Paak et Dr Dre avaient d’autres atouts dans leur manche. Et que personne n’a rien vu? Il faut rembobiner un peu, en Mai 2018, sur une courte vidéo postée que Instagram, le docteur annonçait imprudemment « ça arrive bientôt, Oxnard Ventura ». Ventura.

Bon, entre nous, j’avais prévu de commencer par une blague avec Stone & Charden (merci à ceux qui auront saisi ce à quoi j’allais faire allusion) mais, dans le fond, ça n’aurait pas été si idiot que de parler de romance avec ce second album consécutif d’Anderson .Paak chez Aftermath/12 Tone Music. Comment ne pas succomber d’entrée de jeu avec la chanson soul « Come Home » avec… Andre 3000? L’air rappelle « You Are My Starship » de Norman Connors et Andy sait faire parler les sentiments pour faire revenir l’être aimé•e, le bougre. Le couplet phénoménal du rare Andre, une habitude chez lui depuis plus de dix ans, c’est too much, mais vous connaissez le dicton, « abondance de super bien ne nuit pas ».

Le facteur qui fait battre les coeurs et rend le groove irrestible, c’est ce charme néo-rétro inaltérable, qui est omniprésent tout le long de Ventura, exactement comme sur le magnifique extrait « Make It Better » avec la voix du mythique chanteur de la Motown, Smokey Robinson, ces violons… Ah, cette co-prod de Fredwreck/Alchemist et Anderson à la batterie, c’est du caviar, cette ambiance, enchanteresse, ça donnerait envie de retomber amoureux•se. Vraiment, c’est trop, trop bon. Ce charme néo-rétro ressurgit sous forme de disco-funk à la Jamiroquai sur le titre « Reachin’ 2 Much » avec Lalah Hathaway. Le sujet de la chanson parle justement de ce trop plein d’amour qui peut devenir vite étouffant au début d’une relation. La funk de « Chosen One » avec Sonyae est terriblement efficace également, avec ces caisses légères bigrement 80s qui claquent. Rhaaa et ce trop court mais si sexy « Good Heels » avec Jazmine Sullivan dans le rôle de l’amante… Ou encore la vibe très ATCQ de « Yada Yada« , avec ces basses et ce piano, l’entraînant « King James » plein d’ondes positives… Oh et ce sublime « Winners Circle » et son petit refrain mignon (avec une pointe de flûte et voix féminine). C’est un enchaînement de nos pâtisseries de luxe préférées qu’on a devant nous.

Mais tout n’a pas un délicieux arrière-goût old fashioned sur Ventura. « Jet Black » avec Brandy use d’une rythmique dansante qui possède un lourd potentiel de rotation en radio, tandis que sur « Twilight« , on reconnaît immédiatement la patte de Pharrell v24.2 à la production. En tout cas, par rapport à Oxnard, c’est le jour (pour cet opus) et la nuit. En ce qui concerne les guests, la comparaison se tient, entre des Q-Tip, 9th Wonder, Dr Dre, Snoop, Pusha T, Kendrick pour l’un, et là ça commence avec Andre Three Stacks, Jazmine Sullivan, Brandy, le grand, l’immense Smokey Robinson et se finit beauté sur « What Can We Do » avec une figuration posthume de… Nate Dogg. Certains ont dû être troublés par la voix du chanteur disparu, mais c’est bien celle qu’il avait sur ses toutes dernières apparitions (aux côtés de Warren G notamment).

Très ci, ce qu’il faut pour plaire sans forcer, trop de ça, de ce qu’on aime tant, et des moins…? Beaucoup moins de rap, moins de Dr Dre, dont le rôle se limite à la production exécutive seulement et à veiller à ce que les meilleures conditions soient réunies. Ventura est plus cohérent, mieux fignolé, plus groovy, plus ‘Anderson .Paak’, plus haut dans les charts, plus « mieux ». Pour atteindre une forme de perfection.


Chronique de Aurélien (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 14/06/2019

Après avoir été partout à un point que ça en devenait parfois ridicule, Anderson .Paak a su se recentrer sur sa musique, histoire de ne plus être qu’un simple faire-valoir, mais aussi de prouver qu’il est capable de sortir de bons disques. La suite vous la connaissez : aujourd’hui le Californien remplit des salles et des festivals sur son seul nom, quatre ans seulement après avoir été révélé par Dr. Dre sur le très bon Compton. Et tant pis si Oxnard n’a pas su faire l’unanimité : il y avait au moins une volonté d’offrir un disque ambitieux, loin des univers colorés de Malibu et plus proche de ceux du To Pimp A Butterfly de Kendrick Lamar. Alors pourquoi revenir six mois à peine après la parution d'un disque mal aimé ? Tout simplement parce que les onze titres légers de Ventura n’auraient su exister sur Oxnard, disque au ton plus politique.

Car s’aventurer dans Ventura (vous l’avez ?), c’est accepter d'entendre une ode à la facilité. Pas au sens négatif du terme, non : plutôt dans sa volonté de fluidifier le propos et de faire en sorte que chaque groove agisse à l’unisson dans une seule et même voix – bref, vulgariser pour le commun des mortels. Et ici, ce qui frappe c’est de voir à quel point tout semble à sa place : une ligne de basse G-funk dans un coin, une section de cuivres dans un autre, quelques violons qui se baladent, et au milieu un Anderson .Paak toujours aussi bien accompagné, sans pour autant qu'un invité ne fasse de l’ombre au chef d’orchestre – et ce n'était pas gagné avec André 3000, Brandy ou Pharrell Williams au casting.

En pleine masterclass sur les clés de son succès, Anderson .Paak pète la forme : le bougre retrouve ce feu sacré qui l’avait révélé, jouant sur un maximum de tableaux (soul, pop, rap) avec une déconcertante facilité. Hyperactif, le bonhomme fait feu de tout bois, accompagné d’un groupe qui lui permet de jouer les crooners façon Sam Cooke ("Make it Better"), ou de faire danser les filles sur les prods délicates de l’impeccable Pomo. Disque pour tous les goûts et toute les couleurs, Ventura enchaîne les révérences à Mac Miller, MF Doom ou James Corden, et se montre d'une générosité qu'on ne soupçonnait pas vu sa concision. Au final, il n’y a guère que ce titre très anecdotique avec feu Nate Dogg pour ternir le tableau. Mais franchement, c’est pinailler : Ventura est un très bon disque, et une pommade apaisante qu'on applique sur ce gros bobo qu’est Oxnard. L’été approche et les longs trajets en caisse aussi. Bref, l’occasion n’a jamais été aussi belle de vous rabibocher avec Breezy Lovejoy.


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