The Great Escape

The Great Escape

Larry June & The Alchemist

18 / 20 2023

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 18 / 20

Posté le 31/03/2023

The Great Escape est une des sorties rap majeures de l’année 2023. C’est indiscutable. L’association entre le rappeur de Frisco qui grimpe en puissance depuis 2019 et la figure expérimentée et ultra-prolifique Alchemist n’était pas qu’un effet d’annonce. C’est un trip routier de rêve, qui ne demande pas à choisir entre une Lamborghini Countach ou une Testarossa cabriolet, puisqu’on peut conduire les deux.

Ce parcours automobile en plusieurs étapes navigue entre la côte Californienne et ses vues imprenables, et irait presque jusqu’à Miami voire en Europe, sur la côte Méditerranéenne, comme Monaco ou autour du Lac de Côme. C’est l’ambiance que je ressens à l’écoute de cette quinzaine de titre, à commencer par « Turkish Cotton » qui annonce une finition grand luxe. Ce passionné de mécanique qu’est Larry roule des mécaniques (c’est le cas de le dire) et affiche fièrement son train de vie de nouveau millionnaire, où il voit plus de chiffres que ses propres lyrics (« Ocean Sounds »), où la vie est plus belle au soleil (le magnifique « Summer Reign » avec Ty Dolla Sign).

Le flow très parlé de Larry et ses petits chants faciles se conjuguent parfaitement avec les drumless beats ultra-classes sur des tempos lents, bien début des années 80 servis par Alc (qui est passé expert dans ce domaine). L’ancien apprenti de Muggs nous offre la crème de la crème en la matière, ce qu’il peut y avoir de plus délicieux comme samples pour les oreilles. Trop de titres premium dans ce rallye à allure très modérée : « Exito », « 60 Days », « Porsches in Spanish », l’ode à la vie de rêve « What Happened to the World? » ou encore « Art Talk » avec sa night vibe incroyable. La liste de VIP est très étonnante, accueillant les Slum Village et Evidence à côté de superstars comme Currensy, Wiz Khalifa et Joey Bada$$, Big Sean… Pas select au sens ultra-riche, mais qui ont tout a fait leur place à la table d’Alchemist.

Larry June re-conduira son contrat avec le co-pilote Alchemist en 2025, avec l’adjonction de 2 Chainz sur Life’s Beautiful, un projet bien qualitatif de nouveau. Une ‘ALC édition’ de The Great Escape est sortie en 2025, autrement dit un « director’s cut » d’Alchemist, légèrement retravaillée, avec un très bon remix de Jake One et la track bonus « Lunch in Tiburon » qui satisfera les plus gourmets les plus difficiles. Le prétexte pour écouter à nouveau l’album une série de fois, une oeuvre qui est franchement à « ça » d’être un classique à mes yeux. Dans une moindre mesure, c’est le meilleur album de la discographie fournie de Larry June et le meilleur produit d’Alchemist depuis un petit bout de temps (Alfredo en 2020).

LA NOTE : 18/20


Chronique de Aurélien (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 11/04/2023

The Alchemist, on ne le présente plus : malgré ses 45 printemps, le digger / producteur n’en finit plus d’enchaîner les cartons. À la manière d’un Madlib, le temps n'a aucune emprise sur le Californien qui pioche, bon an, mal an, dans une cargaison de samples toujours plus impressionnante; et tout cela avec une Midas touch qui lui permet d'adapter l'ambiance en fonction de son interlocuteur. Après des collaborations remarquées et remarquables avec Roc Marciano ou Freddie Gibbs, le producteur s’est amouraché de Larry June, chantre du stoner rap et énième victime du syndrome Curren$y. En effet, seul ou bien accompagné, le Californien enchaîne depuis une décennie les projets sans trop modifier sa recette : si les bons titres côtoient des choses plus anecdotiques, c'est toujours pour évoquer sa passion pour les jus de fruits frais ou les benjamins qui s’amoncèlent sur son compte en banque. Alors oui, les quinze titres de The Great Escape ne transpirent pas l’audace, mais cela n’empêche pas le plaisir d’écoute d’être au rendez-vous.

Car le respect du cahier des charges est total, et The Great Escape correspond à ce qu’on pouvait attendre d’une telle collaboration : c’est une musique qui sent bon le bitume chaud, les embruns de la Bay Area et les joints de cali kush pure. Tout ce qui a toujours fait le le sel des meilleurs sorties de Larry June en somme. Mais voilà, c’est Alan Maman qui est aux manettes de ce disque-là, et ça s’entend très vite : tout y est plus précis, plus léché, plus aéré. Bref, tout est mis en place pour permettre au rappeur californien et à sa myriade d’invités de créer une musique de l’instant, où tout se met en place naturellement. Il n’y a qu’à écouter "Ocean Sounds" ou "60 Days" pour comprendre que l’alliance fonctionne à la perfection, avec un on-ne-sait-quoi de soulful qui permet à The Great Escape de prendre une dimension bien à lui. Et si le disque n’est pas exempt de titres un en-dessous du reste (la faute peut-être à quelques featurings de trop), c’est dans ses moments les plus simples, quand le beat se fait discret et le BPM léthargique, que The Great Escape est le plus attachant.

Sans entraîner de révolution dans son sillage, The Great Escape remplit parfaitement ses promesses de disque feel good qui incarne l’été dès le printemps. S’il est évident qu’il n’est qu’un "simple" bon disque à mettre à l’actif de l’alchimiste, il est clairement une consécration pour Larry June qui prouve, sans faire trop d’infidélités à sa façon de travailler, qu’il est bien un diamant brut qui mérite d'être poli par la main d'un des plus grands joailliers du rap jeu.


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