Bow Down

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 16 / 20

Posté le 01/01/2006

Premier LP, sur deux, du super-trio de L.A. Westside Connection, formé de criminels baraqués en Converse vêtus de noir :

– le gangster ‘neutre’ (ni bleu, ni rouge) Ice Cube,

– le killer WC (dit « Dub-C », des Crips)

– le dope-dealer Mack 10 (affilié aux Bloods).

« The Gangsta, The Killer & The Dope Dealer » aurait pu être le sous-titre. Ice Cube, tout le monde le connaissait, c’était devenu aussi une star d’Hollywood et c’est lui qui a lancé la carrière de Mack 10 en 94. WC (rien à voir avec les chiottes) n’est pas d’Inglewood mais de South Central, comme Cube, et avait démarré sa carrière avec les groupes Low Profile et Maad Circle. Rappel ici que le signe « W » formé avec sa main et démocratisé par 2Pac, n’a rien à voir avec le Wu (qui se fait avec les deux mains). C’est W pour WESTSIDE, ou Westcoast, évidemment.

22 Octobre 1996 sort ‘Bow Down’. Son dessein : la domination mondiale. Dicter et imposer les grandes lignes du gangsta-rap style californien qui terrorisait le rap game à cette époque où Ice Cube était quasi intouchable, surtout quand il élevait la voix bien véner. On n’appellera pas ça du G Funk, plutôt de la gangbang music, pas du rap pour danser mais pour le boogie. On se rappelle justement cet extrait du mythique Up In Smoke Tour avec l’extrait « Hoo Bangin » avec cette petite démonstration de ‘crip-walk’ de Dub-C.

Vous l’aurez compris, Bow Down est un pur concentré, à dose presque létale, de gangsta-rap, avec des textes et attitudes de criminels assumés, et des méchants instrus comme coups de massue servis par Bud’da (qui était là au début d’Aftermath) et QDIII (écrit parfois QD3). Tout l’album a été enregistré au domicile d’Ice Cube, à l’exception de « Gangstas Make The World Go Round » où c’était carrément en Afrique du Sud, ce qui explique ptet cette vibe particulièrement exotique (merci le sample de « People Make The World Go Round » des Stylistics). Ce qu’on aime avec la Westside Connection, c’est que les gars font rimer « westside » avec « bestside » et maitrisent le politiquement incorrect comme des professionnels, et comme le Dogg Pound, ils adorent provoquer des cauchemars sur la Côte Est (« All the critics in New-York »).

Ce qu’ils détestent, c’est dit sur « Cross’em Out & Put a K », où Ice Cube s’en prend violemment à B-Real et DJ Muggs, et WC agresse Q-Tip carrément! Et ça devient plus violent encore sur « King of the Hill » qui est un diss complet envers les Cypress Hill (un gros fuck à eux). Pourquoi sont-ils si méchants? Pis sur « Hoo Bangin », ils taclent en plus Common à la gorge en s’appropriant la ville de Chicago. Enfin c’est ce qu’ils disent, pas moi… On ne peut que s’agenouiller face à l’efficacité de la Westside Connection et jubiler face à leur férocité quand il est question de prouver qui sont les boss dans ce milieu.

LA NOTE : 19/20


Chronique de Julien (Abcdr du Son)

Posté le 23/04/2006

Certains albums de rap peuvent déclencher chez l’auditeur des réactions imprévues et totalement incontrôlables. Si vous venez d’écouter « Bow Down » de la Westside Connection et que vous vous surprenez, alors que vous êtes seul chez vous, à froncer les sourcils, les doigts croisés en forme de « W », dansant un C-Walk approximatif en vous imaginant dans une rue de South Central ou d’Inglewood sous un chaud soleil d’août, n’ayez crainte, vous êtes normal.

Super-groupe californien fondé en 1996, trois ans après la sortie de « Lethal Injection », la Westside Connection est composée de trois membres : Ice Cube, Mack 10 et WC (à prononcer Dub-Cee pour éviter le ridicule). L’année même de sa formation, le groupe sort un premier album, Bow Down.

« It’s gangsta rap in its highest form. A style invented on the West Coast. You’re welcome. » Pour l’auditeur qui n’aurait pas saisi le message exprimé par les trois visages peu avenants sur la pochette, le groupe prend la peine de repréciser les choses dans le livret. L’aspect revendicatif et politique des premiers albums d’Ice Cube est complètement laissé de côté. Les trois rappeurs se présentent comme des gangsters. Des durs, des vrais. Ceux qui font tourner le monde. Ceux qui ne dansent pas. Ceux qui ne pleurent pas, aurait rajouté Just Ice.

Leur but ? En pleine guerre East Coast / West Coast, il est simple : que l’ouest californien domine le monde (on réécoute ainsi le sourire aux lèvres ‘World Domination’, le speech introductif de l’album). Les doigts croisés en « W », les cojones sur la table, les trois compères toisent le reste de la scène hip-hop (« Fuck every rapper from the east and the west coast ; new school, old school, I hate you motherfuckers« , rappe WC dans ‘Cross ’em out and put a ‘K’ ). Les choses sont claires. La Westside Connection est là pour s’imposer, par la force, et donc par le beef.

Ce sont tout d’abord les critiques new-yorkais, accusés de ne pas respecter la scène West Coast, qui en prennent pour leur grade, et par la même occasion l’ensemble du milieu hip-hop de la Grosse Pomme : « Fuck all the critics in the NYC, tryin’ to get a east hip-hop monopoly. But I’ve been writing gangsta shit since ’83, when y’all was still scared to use profanity » (Ice Cube, ‘All The Critics in New York’).

Ice Cube et Mack 10 n’oublient pas de faire le ménage dans les rangs du rap angelinois lui-même en clashant à deux reprises Cypress Hill (deux couplets à la fin de ‘Cross ’em out and Put a ‘K’, WC choisissant, lui, de s’attaquer à Q-Tip, et le brûlant ‘King of the Hill’). Morceaux choisis : « I got a voice you should fear. I’ll drink a beer, bust a rap and end your fuckin’ career« , « Sen Dog you can’t rap from the guts, and B.Real’s sounding like he got baby nuts« . Certes ça ne vole pas haut. Mais c’est drôle, et ça défoule.

La production de l’album frôle la perfection. Les lignes de basse, graves et pesantes, constituent la colonne vertébrale de chaque titre. Bud’da, qui signe la moitié des beats du disque, les complète avec des sirènes et autres sons extraits de son synthé (‘Bow Down’, ‘Do You Like Criminals ?’, ‘Cross ’em out and Put a ‘K’, ‘3 Time Felons’), ou des samples (dont le ‘Hurt’ des Nine Inch Nails, utilisé sur le meilleur titre de « Bow Down », ‘The Gangsta, the Killa and the Dope Dealer’). Des batteries sèches viennent rythmer et charpenter le tout. Ice Cube, Binky et QDIII produisent les cinq morceaux restants, eux aussi très bons. Musicalement massif et carré, « Bow Down » convainc donc également sur ce plan.

On retrouve peu d’invités sur cet album. La grosse voix et le flow évolutif de WC, le rap hargneux d’Ice Cube et celui plus basique de Mack 10, parfaitement complémentaires, se suffisent la plupart du temps à eux-mêmes. Seul ‘Do You Like Criminals ?’ voit la Westside Connection se faire accompagner de K-Dee, également présent sur le terrible posse-cut ‘Hoo-Bangin’ avec les Comrads et All Frum Tha I.

Bow Down s’avère être, au final, un disque tout simplement exceptionnel bien qu’un peu court. Musicalement solide, excellemment rappé, il n’a, en dix ans, pas pris une ride. L’écouter en 2006 est encore un réel plaisir. Le seul risque est que vos voisins appellent la police, exaspérés de vous entendre crier « Westsiiiiiiiide » à tue-tête. « But can’t get enough of this gangsta shit !« .


Retour à l'accueil