Underground Kingz

Underground Kingz

UGK

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 18 / 20

Posté le 07/08/2007

En quinze années de carrière, jamais la popularité des UGK n’a décru. Au contraire, leur cote n’a eu de cesse de grimper en notoriété en partie grâce à Bun B qui a bravement porté l’étendard pendant que son ami Pimp C était incarcéré depuis 2001. Libéré sur parole fin Décembre 2005, Pimp C a revêtu son manteau de fourrure et ses chaînes en platine pour enregistrer son double-album Pimpalation en 2006, tandis que Bun B poursuivait sans interruption ses apparitions en featuring. On se souvient bien aussi du coup de gueule de Pimp C sur Hot 97, quand il en a foutu plein la tronche aux Lil Flip, Ne-Yo, Russell Simmons, Ne-Yo, Pharrell, Mike Jones, Young Jeezy,… allant jusqu’à considérer qu’Atlanta ne fait pas partie du Dirty South sous prétexte que la ville n’est pas sur le même fuseau horaire que Houston. Bien que les réactions à chaud furent vives, les victimes concernées n’ont pas osé lui répondre tellement il est « vrai », rendu intouchable par le respect sans faille qu’il inspire. Dans cette lancée, un nouvel album des UGK, le premier depuis Dirty Money en 2001, s’annonçait comme inévitable et colossale, une réunion au sommet de la gloire. Pour ce faire, les UGK ont mis les bouchées doubles pour réaliser une œuvre à la mesure de leur réputation, à la hauteur de leur statut de légendes vivantes de Houston, le double-album Underground Kingz.

En deux CDs de treize pistes chacun (à vous de faire la multiplication), le duo charismatique nous offre un contenu solide, un concentré de hip-hop texan (co-)produit par Pimp C lui-même sur une bonne partie. Il est important de la signaler car peu de gens savent qu’il est un bon producteur, avec un style de prod assez funky. Avec des morceaux de la consistance de « The Game Belongs To Me » et « Undergroung Kingz », lui et Bun B se partagent à eux deux un trône qu’ils ne sont pas prêts de léguer à qui que ce soit. Les UGK ne sont pas dans le rap game pour faire les fines bouches, ils parviennent à faire plier n’importe quel aspirant rien qu’avec le poids imposant de l’aura qu’ils ont étendu au fil d’années de travail. Toute résistance est inutile, ils se permettent de toiser les belliqueux s’approchant de leurs territoires comme des détracteurs qui dénigrent stérilement le Dirty South, leur message est pourtant clair : « Quit Hatin’ the South’ » (feat Charlie Wilson et Willie D des mythiques Geto Boys). Leur chemin est passé sans embûches par les tapis rouges des Grammy Awards, le superbe « Int’l Anthem » avec les Outkast et produit par DJ Paul & Juicy J des Three 6 Mafia (samplant un standard de la soul, « I Choose You » de Willie Hutch) s’est en effet vu nominé dans la catégorie Best Rap Performance, mais n’a pas malheureusement pas reçu le victorieux trophée. Pas grave, ça ne rendra pas leur couronne plus étincelante qu’elle ne l’est déjà, les UGK continuent à « Still Ridin’ Dirty » avec le vrai king of the south légitime, Scarface.

Parmi les nombreux invités conviés sur cet édifice, le boss de Miami Rick Ross a flairé la poudre de « Cocaine », Too Short vient revisiter « Life Is » en prenant un temps d’avance (« Life is 2009 ») et Talib Kweli apporte sa bonne conscience sur « Real Woman », un titre bien smooth exempt de misogynie, emmené par le crooner de ces dames, Raheem DeVaughn. Underground Kingz est aussi le théâtre de coopérations insoupçonnées mais ô combien valorisantes, que ce soit avec l’anglais Dizzee Rascal sur « Two Types of Bitches » ou le tandem Kool G Rap/Big Daddy  Kane sur « Next Up », pour un dépoussiérage de « The Symphony » du Juice Crew orchestré par Marley Marl. Pareil pour les producteurs, qui leur sont entièrement dévoués. Jazze Pha ramène sa garniture habituelle (« Stop-N-Go »), il faut compter sur The Runners pour livrer un instru statutaire (« Take The Hood Back » feat Slim Thug, MDDL Fingaz et Sid Vicious)  et Lil Jon qui donne un coup de crunk sur « Like That », à moins que vous préféreriez le remix de Pimp C.

Au bout de cette voie royale, au prix de nombreux sacrifices, la consécration pour les UGK les attendait avec cet ultime album éponyme, qui s’est pointé au top des charts américain la semaine de sa sortie et leur a offert un disque d’or amplement mérité. À l’heure qu’il est, les aficionados du son du Sud s’accordent à dire que Underground Kingz est déjà un classique sudiste, assurément l’une des meilleures sorties Dirty South de 2007. Une nouvelle référence en matière de rap sudiste parfaitement indispensable. Les Kings de l’Underground pour la vie, et dans la mort, qui a fauché sans prévenir Pimp C un soir de Décembre… Triste ironie du sort lorsqu’on se passe maintenant « Heaven » et « Trill Niggaz Don’t Die ».

(chronique écrite le 11 Août 2008 )


Chronique de Le Captain Nemo (Abcdr du Son)

Posté le 04/02/2026

Six ans qu’on attendait ça. Un nouvel album des Underground Kingz est toujours un évènement mais quand l’attente se fait aussi longue, cela devient incontournable. Ces derniers temps, on n’a jamais autant vu Bun B sur les albums qui comptent avec des apparitions aussi éclectiques qu’efficaces. Son comparse Pimp C est, quand à lui, devenu indispensable à n’importe quelle sortie sudiste depuis sa sortie de prison. En ces temps où le hip-hop made in South est souvent stigmatisé en une paire de braillards gesticulant dans un stripclub accompagnés d’une ligne épileptique de charley et de trois notes de synthé, le véritable retour des anciens apporte un souffle rafraîchissant. Car le Sud a lui aussi son lot de classiques et de légendes. Entre Scarface, Outkast ou 8ball & Mjg, un club très fermé d’artistes s’est créé à la longévité, la créativité et l’assise imparables. UGK a sa carte de membre.

Leur première cassette tourne en 1988 en direct des quartiers ouest de Port Arthur, Texas. Le Sud profond sur bandes magnétiques. Au moment de l’émergence du gangsta rap de Ice Cube et NWA, de Scarface et ses Geto Boyz, les Underground Kingz développent un son percutant, laid back, très chaloupé, emprunt des influences musicales de leur région : soul, blues ou rock. Une originalité purement texane. Le premier album Too Hard to Swallow sort en 1992 avec le très remarqué ‘Pocket Full of Stones’ qu’on retrouvera sur la B.O. de Menace II Society. Ils signent là le fameux contrat de cinq albums chez Jive. Les même Jive qui ont ralenti considérablement la sortie du Hell Hath No Fury des Clipse. Mais c’est une autre histoire. En 94, le son des UGK est dans toutes les caisses rabaissées de Houston à Atlanta. Super Tight est un classique indémodable du rap sudiste avec des titres comme ‘Front, Back, Side to Side’ qui sera repris par T.I. et les deux compères sur King en 2006.

L’underground est acquis à la cause de ses rois mais le groupe peine à atteindre le top des charts. Ce qu’ils feront avec le très réussi Ridin Dirty sorti en 1996, LA référence du groupe à ce jour, plaçant UGK comme un groupe incontournable. Et là, c’est le drame. Jive entre en scène et rate le lancement du prochain album après une attente de 5 ans. La piste était pourtant préparée à l’extrême avec les apparitions de Bun B et Pimp C sur le tube de Jay-Z ‘Big Pimpin’ et sur celui des Three Six Mafia ‘Sippin’ on Some Sizzurp’ en 2000. Dirty money sort plus d’un an après, l’effet est raté, autant de bruit qu’un pet de nonne bien que le disque soit de qualité. L’histoire prend alors un virage plus sombre. L’entrée en prison de Pimp C en 2002 a eu deux effets assez contradictoires. Le premier est bien sûr la séparation du groupe qui n’a pu continuer sur sa lancée et avoir le statut qu’il méritait. A l’inverse, le deuxième permet à tout le Texas de crier « Free Pimp C ! » derrière le meneur respecté qu’est Bun B alors que Houston devenait la capitale des ventes américaines. UGK n’a jamais été aussi présent. Bun B est sur tous les bons coups, de toutes les fêtes, profitant de l’émergence radicale du hip-hop texan entre Chamillionaire et Mike Jones pour préparer son arrivée en solo chez le mastodonte texan Rap-A-Lot Records. Sortie en 2005, Trill est une réussite. Pimp C sort alors de prison en fin d’année et réalise un solo plutôt moyen pour Rap-A-Lot quelques mois plus tard. Le groupe commence à enregistrer dès la sortie de Pimp C. Annoncé pour l’été 2006, l’album sera repoussé encore et encore pour sortir finalement chez Jive le 7 août 2007. Le buzz est en place, le son des UGK n’a jamais été aussi attendu.

Vu que l’attente a été longue, les morceaux sont nombreux. Les deux comparses développent leur univers sur deux CD bien remplis. On se pose la question alors du nombre de double-albums réussis dans l’histoire du hip-hop. Et on les compte sur les doigts d’une main. En général qui dit double-album dit longueurs, morceaux dispensables, remplissage et ratés. La conclusion est toujours : « Merde, s’ils avaient fait un simple avec les meilleurs tracks, on aurait un classique ». Donc c’est forcément un peu anxieux qu’on aborde ce Underground Kingz« . A tort. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un indispensable : un son parfait, des refrains exacts, la technique et la facilité de Bun B, le style et le bagout de Pimp C. Ce dernier réalise d’ailleurs la plus grosse partie des productions, empruntes de soul 70’s, de funk poisseuse et de rhythm & blues. Les refrains restent en tête comme si on les connaissait par coeur après une première écoute. Ils paraissent naturels, essentiels, voir automatiques. Reprennant Willie Hutch, Gladys Knight & The Pips ou Lonnie Liston Smith, l’ambiance est symptomatique du Sud, très live avec beaucoup d’instrumentations, de choeurs et de variations. Le plus marquant est le lien entre le son d’hier et d’aujourd’hui. Beaucoup de références soul donc mais aussi oldschool avec, par exemple, l’hommage au ‘Life is…’ de Too $hort, quasi vingt ans après, avec $hort Dog en personne, l’apparition du très bon Willie D sur le vengeur ‘Quit Hatin the South’ et Scarface sur trois productions, tous deux membres originels des Geto Boys. Mais aussi le possecut complètement improbable avec Big Daddy Kane et Kool G Rap produit par Marley Marl et les vocalises vibrantes de Charlie Wilson des Gap Band. Face à ces réminiscences, les artistes parmi les plus intéressants du moment sont présents. Les toujours géniaux Outkast assurent avec romantisme mais réalisme sur ‘Int’l Players Anthem’. Rick Ross débarque sur un ‘Cocaine’ plus vrai que nature. Le nerveux et très bon Z-Ro appuie toute la rage des ghettos de Houston de sa voix grave et détachée sur le puissant ‘Trill N**** don’t die’. A remarquer aussi les interventions du grimeur hors pair from UK Dizzee Razcal et du lyriciste Talib Kweli ainsi que les maîtres du beat que sont Jazzy Pha, Three 6 Mafia, The Runners, Swizz Beatz et même Lil Jon. Et d’autres. Tous utilisés à bon escient. Malgré leurs différences, tous ces invités ne cassent pas l’esprit homogène du résultat et en enrichissent le contenu. Aucune barrière entre les styles, le hip-hop est quasiment représenté dans son entier, oeuvrant dans la même direction. On ne sait plus où donner de la tête.

L’album en devient étourdissant, accumulation d’harmonies réussies, d’hymnes naturels, d’airs sifflotés le matin en travaillant. Les envolées enivrantes de guitares funky, de claviers électriques et de basses suaves embarquent les flows toujours justes des deux amis d’enfance. Bien sûr, certains morceaux peuvent devenir dispensables mais l’homogénéité de l’ensemble ne donne jamais envie de les skipper même quand il s’agit de la énieme version du même morceau comme ‘Like Dat’ ou ‘Int’l Players Anthem’. Si la musicalité est vraiment impressionnante, le discours la complète totalement. Bun B et Pimp C sont des anciens, leurs lyrics se bonnifient avec l’âge entre nostalgie et regard détaché, voir spirituel sur ‘Heaven’ ou ‘Living this Life’. Ils parlent de respect, d’intégrité avec humilité et honneur. Les mêmes thèmes que d’habitude entre les pimps, les hoes et les muscle cars mais avec un certain recul. Un regard tout simplement moderne et adulte sur leur environnement, la Rue et le Sud. La Soul et le Blues. Bun B et Pimp C. Le mélange est parfait.


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