Chronique de TiComo La Fuera (Xsilence)
Posté le 17/03/2009
Une histoire de diamants bruts. D'agent double pulpeuse irrésistible. Et d'une navette spatiale qui décolle d'une base secrète en plein désert pour aller se positionner sur une orbite stratégique. Pas de John Barry pour cet initiatique Felt Mountain mais une paire anglaise impériale. Will Gregory compositeur et commandant de bord de ce vaisseau clandestin et dans le rôle de la séductrice au trouble jeu Alison Goldfrapp, sensuelle et explosive. Le duo semble avoir investi le Albert Hall, en prenant pour otage l'orchestre symphonique qui y résidait, et ramené toutes bobines du genre pour les projeter pendant qu'ils enregistraient. Et pour un premier disque, le résultat est à la hauteur de leur audace car il ne faut pas avoir froid aux yeux de tenter de faire perdurer une intrigue de la sorte sur quarante minutes. Tout y est, de l'introduction où la fusée décolle et balaie le sable apprivoisé par Morricone lors de ses tournages, du générique "Human" mambo ronflant ardent et fougueux qui suit, la poursuite dans la fête foraine durant une superbe valse ("Oompa Radar") jusqu'à ce que le film disparaisse avec comme coup de grâce, le fatal "Horse Tears", étourdissant... Et puis il y a ces moments de dérives dans le vide ("Deer Stop" magistral, "Felt Moutain" enchanteur qui lâche prise sur l'humanité) où le suspense est mis entre parenthèses et seule la voix de la douce se propage à travers ce milieu pourtant immatériel. L'histoire se poursuit derrière puisque les cordes et les cuivres, véritables experts, évoluent toujours sur une corde sensible, intrigants et adroits dans l'art de retenir souffle et murmure. Longtemps les hommes ont cru que l'espace était rempli d'éther, car la conception du vide les effrayés. Alison, elle, touche aux deux sans peur de baigner dans ces deux théories contradictoires ou plutôt sans craindre d'échapper aux lois de la physique. Elle flotte en apesanteur dans une dimension qui n'a pas d'âge, lumineux et glacial. Chaque instant impose l'admiration face à cette beauté gelée et si beaucoup parlent de trip hop, on a ici pour beaucoup affaire à un travail de composition instrumental au poil. Les quelques ajouts annexes étant pianotés sur le tableau de bord de l'appareil sur le moment. Mais le plus paradoxal dans tout ça c'est que Goldfrapp a confectionné ce bijou dans un petit bungalow au fin fond de la campagne anglaise. Quand on y pense... ces diamants sont encore plus éclatants. Et éternels.