Boss of All Bosses

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 12 / 20

Posté le 24/03/2009

Bigg Snoop Dogg est le boss de la Westcoast, Rick Ross le boss de Miami et moi j’ai la bosse des Maths. Mais un rappeur se dresse au dessus tout le monde, le boss des boss, Slim Thug. Depuis que ce géant (des pieds à la tête) s’est affranchi de Jimmy Iovine, le grand boss de Interscope, et des prods sophistiquées des Neptunes – et tant pis pour le disque d’or de Already Platinum -, il roule tranquille dans les rues de Houston en zigzaguant sur la bande centrale avec son groupe les Boss Hogg Outlawz, avec qui il a reçu un succès certain (plutôt qu’un certain succès) en indépendant grâce à leurs deux albums.
Sa fame, c’est à sa street credibilité de thug dans le hood qu’il le doit. Avec Big Ad, on dit souvent de lui et de Chamillionaire qu’ils représentent l’avenir du rap texan dans « l’après UGK ». Et l’avenir est déjà en marche avec ce Boss of all Bosses, un second opus qui asseoit fortement la notoriété de Slim Thug dans les sud des Etats-Unis. Surtout qu’avec une situation en indépendant (chez E1 Music), ça signifie pour lui plus de benefs, plus de contrôle, plus de mérite, plus de pouvoir (d’achat haha!).

Rien que l’introduction triomphale en dit long sur le statut de Slim Thug. Un instru de Terry Allen à la mesure de sa stature qui sied très bien avec son timbre de voix qui en impose et son flow au ralenti qui donne l’impression qu’il rappe naturellement en « screwed and chopped ». On ne peut pas demander mieux comme ouverture. Sans Pharrell, Slim Thugga s’en tire pas si mal. Sans Dr Dre aussi. Comment ça « sans Dr Dre »? A l’origine, « I’m Back » avec Devin the Dude pour le refrain devait être unr production de Dr Dre, une version avec existe mais n’a pas été retenue. Si c’était réellement le cas, je crains que tout le budget du disque y serait passé. Slim Thug était déjà riche avant de rapper mais c’est pas une raison. Par conséquent, on a changé d’instru et posé une de Mr Lee, la légende locale qui produit une bonne partie de Boss of all Bosses, conférant une empreinte sonore typique de Houston. En tout cas, cet album demeure bien plus authentique que son premier essai en major. L’arrogance de Slim Thug en est la preuve lorsqu’il sort « I ain’t fucking with rappers/They are fake to me/ I don’t fuck with majors/ They are snakes to me ». Comme ça c’est réglé, il peut se frotter les mains.

Le Boss nous accueille fièrement dans sa ville de Houston avec un « Welcome To Houston« … situé en fin de disque. Une apothéose (finale…) qui rassemble Bun B, Pimp C (un swagger passe…), Mike Jones qui vient de sortir Voice of the Ghetto (un peu de pub, il en a besoin car son nouvel album ne se vend pas), Trae, Paul Wall, Lil Keke, Z-Ro, Chamillionaire (qui s’occupe aussi du refrain), Big Pokey, Lil O’, Mike D (pas le Beastie Boy) et Young Redd. C’est encore plus de gens que pour le remix de « Draped Up » de Bun B ! Lil Flip est aux abonnés absents, à cause des rivalités entre les quartiers nords et suds ou parce qu’il n’a plus du tout la cote, que sais-je, le fait est qu’il n’est plus dans le coup depuis un bon moment. Scarface nous fait honneur de sa présence sur l’excellent « Hard« , avec un sample soulful bien trouvé. Si Scarface n’est pas parrain d’un album de rap made in Houston, c’est qu’il y a comme un léger problème. Heureusement, ce n’est pas le cas ici.  Et pour assurer défintivement la passation de pouvoir envers la nouvelle génération, les UGK s’invitent doublement, notamment sur « Leanin’ » qui ne manquera pas ravir leurs fans.

C’est Jim Jonsin, le co-producteur de « Lollipop » de Lil Wayne, qui signe le hit « I Run« , un morceau avec une double couche de synthétiseurs vrombissants pour les basses et entêtants pour la mélodie, sur lequel la réput’ de Slim Thug parle pour elle-même : « Streets miss me when I’m gone/I put on for my city like Jeezy’s song/ Please believe me Holmes/ Matter of fact check my stats/ Ain’t dropped in three years/But I’m back/ Where the money at/ That’s the first question/ You’d better pack a strap/ That’s the first lesson/ Hard times got all the United States stressin’/ I’m writing a book « How to survive in recession »/Mr Obama, we’re tired of selling cracks/ If you lookin for me/ Ask the streets where I’m at. » Qui a dit que le Sud, ce n’était que 10% de lyrics, mmh? Jim Jonsin produit également « Smile« , flashy et ‘people’ comme on dit chez nous (…), donc moins intéressant pour l’auditeur. Ravi d’entendre du Mannie Fresh sinon, il a l’air en bonne forme sur « Show Me Love« , rythmé et smooth. Slim Thug s’entend beaucoup parler aussi, surtout pour dire qu’il attire beaucoup les gonzesses, qu’il est propriétaire de plusieurs maisons dans plusieurs Etats, de plusieurs voitures de sport et de luxe… Il pourrait bientôt ouvrir une agence immobilière ou une concession de voiture de prestige quand il ne proposerait pas ses services de street-commercial.

C’est sûr qu’être un thug comme Slim Thug, à la fois thug, boss, pimp, gangsta, etc…, implique d’être un aimant à nanas comme Paul Wall (en feat sur le bon « Top Drops« ) et de faire des chansons qui les avantage (« My Bitch » suivi du langoureux « She Like Dat« ), de fumer quand on a rien à faire et de rouler avec des potes pour exposer ses jantes toutes neuves qui coûtent plusieurs mois de salaire. Slim Thug est le symbole du hustler qui a réussi dans la rue par ses propres moyens et que tout le monde respecte pour avoir atteint le sommet de la hiérarchie, la place convoitée de boss des boss. Il représente les blocks de Houston en étalant ses signes de richesse au travers de son argot et son accent caractéristique de Houston. Le son de Boss of all Bosses est à cette image.

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Chronique de Le Captain Nemo (Abcdr du Son)

Posté le 17/05/2009

Imagerie glacée, gros cigare, lunettes noires, bague en or, fumée enveloppante : le Boss des Boss, Slim Thug, est de retour. Découvert par le grand public lors de l’avènement de Houston, aux côtés de Mike Jones & Paul Wall avec leur hymne à trois têtes, ‘Still Tippin’, le géant à la voix caverneuse revient défrayer la chronique du Texas. Comme ses deux collègues, Slim Thug se fait un nom à la fin des années 90 au sein de l’écurie Swishahouse, boostée par le retour en grâce du Chopped & Screw. Dans une ascension fulgurante, ils sortent tous les trois leur premier album majeur en 2005. Une nouvelle vague se forme alors après la déferlante Atlanta, entre le Crunk de Lil Jon et la Trap Muzik de T.I. ou Young Jeezy. Cette omniprésence a permis à la capitale américaine de l’aérospatiale de mettre en orbite son univers de cadillacs, de players, de rues crasseuses et d’ailes de poulet. Du pain béni.

Derrière leurs aînés Geto Boys et UGK, ces artistes émergents ont renversé la tendance mainstream, surclassant les standards new yorkais. Ils ont finalement engendré une véritable révolution en scandant des numéros de téléphones ou en vantant le nombre de pouces de leurs jantes de voiture. Slim Thug avait choisi la voie Interscope avec un premier album produit par Pharrell Williams et son label Star Trak. Le mélange était parfaitement bien dosé, les Neptunes au top de leur création, remplaçant les clichés bardés de cowboys et de derricks par un mouvement ralenti, codéiné et implacable. Les 64′ roulaient au pas, en zig zag, vitres ouvertes, les rois de la ville étaient de sortie.

Après le succès en demi teinte de son premier opus et donc quelques soucis avec Interscope, Slim Thug plonge dans l’indépendance, introduisant son groupe Boss Hogg Outlawz et leurs deux albums en 2007 et 2008. Slim est un entrepreneur qui a la réputation d’être déjà millionnaire avant son premier album. Il a vite compris le manque à gagner. Le ton est résolument local, tourné sur la rue et son environnement. Pur produit de Houston, Slim Thug est de tous les hymnes, tous les morceaux qui comptent. Ce nouvel album ne déroge pas à la règle. Slim Thug revient sur ses bases avec un tracklist 100% texan, suite logique aux deux albums Boss Hogg plutôt qu’à son premier essai en major. Le grand échalas se sent bien dans cette position d’indépendant avec E1 Music, Ex-Koch, pour l’épauler.

Bien sûr, le contenu peut paraître moins alléchant avec, par exemple, la version Dr. Dre du titre ‘I’m back’ disparaissant dans les limbes. Son départ d’Interscope fait peut être perdre les gros budgets et grosses têtes d’affiches mais ne l’empêche pas de sortir des hits en s’acoquinant avec Jim Jonsin, devenu producteur star depuis le ‘Lollipop’ de Lil Wayne. Sur cet album, il est à l’origine de l’anthem ‘I run’, promis à un avenir radieux avec un remix invitant Chamillionaire et Z-Ro, mais aussi du puissant ‘Smile’, autre petite pépite bien placée. La plus grande partie de l’album reste produite par Mr. Lee, l’essence même du son Houston que Slim Thug affectionne, soul et profond, screwed et efficace. Présent depuis ses débuts, c’est avec Mr. Lee que Slim forge son style multiformes et versatile. En famille.

Boss of all bosses n’est pas une succession de collaborations avec des stars millionnaires. Les maintenant incontournables Lil Wayne, T.I. ou Young Jeezy sont absents mais font place à des invités plus pertinents. En plus des membres de son groupe – les prometteurs J Dawg et Killa Kyleon – c’est bien le Texas avec un grand T qui s’est donné rendez vous sur une succession impressionnante de bons titres. L’alchimie entre chaque artiste donne des résultats différents mais toujours réussis : le chant du guerrier de Z-Ro, la funk soul de Bun B & Pimp C, la sensibilité à fleur de peau de Scarface et la nonchalance de Devin The Dude… Slim Thug, lui, s’adapte, flow tout terrain et charisme à tout épreuve, rivalisant avec ces légendes sans jamais ciller. Un (quasi) sans faute.

Il devient lui même un personnage incontournable au fil de l’album, présent même quand il fait peu, appuyant sur chaque mot, reconnaissable à chaque syllabe. Toujours ce rap de crapuleux, d’homme d’affaire de la rue, les liasses qui dépassent des poches, une tête au dessus de tout le monde. Malgré quelques titres plus faibles, comme le plutôt mièvre ‘My Bitch’ ou ‘She Like That’ et son autotune réglementaire, Boss of all bosses présente Slim Thug dans sa meilleure forme, intègre et simple, sans artifice ou budget envahissant.Et cette épreuve de force termine comme il se doit par un énorme posse cut regroupant une bonne partie des MCs du Texas, rappant tour à tour comme si leur vie en dépendait, dans un esprit de famille et de compétition saine. Une vie de rue, violente et tapageuse exposée dans une unité de franche camaraderie. Avec ce respect mutuel et cet amour de la musique qui la caractérisent, la scène de Houston transpire à grosses goûtes sur cet album pour notre plus grand plaisir. Slim Thug remplace ses aînés et devient garant de cette ambiance si particulière qui donne encore une fois toute sa saveur à Boss of All Bosses. Un incontournable.


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