Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop)
Beaucoup de producteurs s’adonnent à des voyages immobiles à travers des épisodes instrumentaux. Madlib nous a préparé un curry indien avec Beat Konducta in India, Onra des Chinoiseries (avec un second volet actuellement en préparation), le beatmaker Quetzal a/k/a AL Quetz retourne sur les traces de nos ancêtres musicaux avec Drums come from Africa, quelques mois après le safari madlibien (Beat Konducta in Africa).
L’effet sur le système auditif est prenant. Notre esprit s’éveille au gré de ce pèlerinage roots de chez roots sur ces 22 pistes de safari. Les recherches et le dépoussiérage des samples est digne du travail méticuleux d’un archéologue, très fouillé, bien dépouillé mais pas fouilli comme les beats conduits par Madlib (la comparaison avec le maître es instrumental est presque inévitable). Ma conclusion par une question : vers où nous mènera son prochain vol ?
Chronique de Nico (Abcdr du Son)
Resituons. Producteur volatile proche notamment du parisien amateur de Chinoiseries Onra, auteur avec lui d’un album commun Tribute, Quetzal ouvre une nouvelle page double. Il se fait désormais appeler Al Quetz. Petit ajustement mais référence éternelle à cet oiseau d’Amérique latine qui cesse de chanter dès qu’il est mis en cage. Autre versant de cette page fraîchement ouverte, Drums come from Africa constitue son deuxième album solo. Il fait suite à Vision, opus déjà quasi-entièrement instrumental et riche de ses influences éparses, notamment latines et jamaïcaines.
Pendant une petite quarantaine de minutes, Al Quetz multiplie les ambiances diverses mais liées entre elles autour d’un thème fondateur : l’Afrique. Les pistes les plus marquantes apparaissent comme autant de clichés et souvenirs d’un voyage mystique aux références bien réelles : le vent soufflant au-dessus des hauteurs du royaume de Saba (le léger « Herb from the Kingdom of Saba »), l’agitation autour du pétrole du Niger (« NigerOil – Delta’s Rebel »), les querelles internes (« Me against Myself ») l’histoire de grandes figures (« Lumumba & Sankara »). Photos toutes virtuelles infusées dans nos pensées, on traverse paisiblement ces monuments imagés. N’imaginez pas uniquement une lente traversée en rivière, écrasée par une chaleur étouffante, quelques pointes d’un Afrobeat nigérian plus épicé viennent agiter l’embarcadère.
Sans faire écho au Beat Konducta in Africa, projet au titre explicite de Madlib, sorti en mars 2009 via Stonesthrow, Drums come from Africa joue une autre partition, une autre recette. Moins axé sur la musique africaine dans son (grand) ensemble, il est plutôt centré sur les musiques nigérianes et ghanéennes. Aucunement démonstration, il dresse un portrait partiel du continent avec ces touches d’ambiance. Al Quetz y appose les atmosphères avec une certaine unité de ton. Il y joue avec la superposition des nappes, une diversité dans l’utilisation des percussions et une composition toujours dépouillée pour chacun de ses morceaux. Entièrement instrumental, autoproclamé d’inspiration vaudou, Drums come from Africa est enrichi de rares moments parlés ou chantés pleinement intégrés dans une musique samplée suave et fluide.
Pressé à hauteur de cinq-cents exemplaires – vinyles uniquement – et complété par une distribution digitale, Drums come from Africa part comme un projet confidentiel. Difficile de prédire où il finira. Après tout, demain c’est loin.