Honest Cowboy

Chronique de Nico (Abcdr du Son)

Posté le 06/01/2013

Derrière son allure de seigneur féodal et son empire teinté de luxe et luxure, Rick Ross est un fin tacticien. Il continue à mener sa barque – enfin son yacht – avec une conviction sans limite et un goût certain pour l’autocélébration. Celle avec laquelle il a forgé son propre mythe. Et même quand le maton le guettait, le bawse n’a cessé d’avancer, ignorant les railleries plus ou moins légitimes. Roi omnipotent avec des carrosses de première catégorie, il a construit MMG en posant ses pièces sur son échiquier. Avec un fou notoire (Gunplay), une tour fonceuse (Meek Mill) et quelques pions, des soldats au futur incertain. Sur cet échiquier, Stalley serait probablement un cavalier : une pièce à part, mystique et mesurée. Malgré plusieurs mixtapes de choix (notamment Lincoln way nights), Stalley reste aujourd’hui une figure de second plan de MMG, avec une identité qui dénote.

Contrairement à ce que ce titre Honest Cowboy pourrait laisser entendre, Stalley n’est pas un cowboy solitaire. Et comme Bill « The Butcher » Cutting, il n’est pas venu accompagné de (bandits) manchots, pour concocter une ambiance toute en maitrise, lente, sans être nonchalante. Poussive par instants, sans s’étendre dans le vaporeux, les rythmiques des Block Beataz et autres Black Diamond semblent avant tout au service d’un propos hypnotique. Cohérent jusqu’au bout des ongles, Honest Cowboy suit une rythmique très uniforme mais joliment mêlée au timbre de voix du rappeur de l’Ohio. Une harmonie en phase avec les kilotonnes d’herbes qu’il promet griller régulièrement. Miracle improbable, il lui reste assez de neurones pour sortir quelques récits sérieusement chiadés. Des années faites de peu (« Gettin’ by ») jusqu’à cette ascension sociale, partie du plus bas (« Long way down »).

« They say that I’m the last of a dying breed, and this generation is in a dying need. » (« Raise your weapons« )

Avec la barbe de Fidel Castro mais sans gros Beretta, Stalley n’est pas un extravagant. Plutôt un homme de foi, fin et réfléchi. Et son rap, consistant et chargé d’une forte conscience sociale, mais dénué de folie, correspond pleinement à son image. Accompagné d’une caution morale incontestable (Scarface) et d’un Black Hippy affûté (ScHoolboy Q), Stalley semble compter les coups, comme pour tirer à bon escient. Parmi les très bons moments de cette échappée de cowboy on retiendra « Samson » avec sa boucle épurée mais addictive signée Rashad et son refrain calibré comme un hommage au patron. Dans un autre registre, on gardera aussi « Long Way Down », chargé d’une conviction positive décrite par son auteur comme de la « True warrior music ». Tout un programme. En grand échalas, Stalley sait prendre de la hauteur.

De sa carrière avortée de basketteur, il reste des références en série (« Passionate about my game like Joakim Noah, I’m a bull« ) et une ressemblance physique marquante avec James Harden. Le shoot de gaucher en moins, le phrasé chirurgical en plus. Précis et amateur de rimes choisies, Stalley n’est définitivement pas la figure la plus clinquante de l’équipée Maybach Music. Il n’est pas non plus un porteur d’herbe – si c’était vraiment le cas, a priori, il aurait tout fumé. Un bon cran au-dessus de Savage journey to the American dream, Honest Cowboy ne fait pas dans le tape à l’oeil. Mais il dévoile son lot de nouvelles réjouissances à chaque écoute. Entre portrait social et figures de style, il reflète bien la personnalité atypique et attachante de Stalley : un cavalier sur un échiquier pas forcément adapté.


Chronique de Aurélien (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 11/09/2013

Ce qui manque à la discographie de Stalley, ce ne sont pas les ogives: c’est plutôt un bunker où les stocker. Auteur de deux mixtapes remarquées, le MC à barbe n’a en effet jamais réussi à nous tenir en haleine le long d’un album cohérent. Il faut dire qu’il a hérité de son parrain Rick Ross cette tendance à être tiraillé entre l’envie de faire le bon élève et celle de bousculer les foules. C’est pourtant bien sur son troisième effort, Honest Cowboy, que le natif de l’Ohio cristallise toutes ses promesses d’avenir. Une plaque qui se veut ouvertement sudiste, mais suffisamment audacieuse pour nous faire sourire et montrer toutes nos dents dorées.

Et dès l’entame co-produite par l’infatigable DJ Quik, on comprend vite à quoi on a affaire: Honest Cowboy, à l’instar du SAAAB Stories d’Action Bronson et Harry Fraud, s’adresse à toi l’enfant des 90’s qui regrette que le rap ait dévié en une odyssée arty. On se trouve face à une tape qui veut ouvertement faire du neuf avec du vieux,  sans pour autant sombrer dans un classicisme boom-bap daté. On se voit dès lors servir quelques bangers pachydermiques comme Rozay nous en pond par palettes chaque année, quelques parties chopped & screwed bien senties ou même l'une ou l'autre rafale de 808 héritées de la trap music. Tout réside ici dans le plaisir de mélanger les symboles d’hier et les techniques de production d’aujourd’hui. Un choix qui se ressent tant dans la palette d’invités (de ce vieux briscard de Scarface à l’infatigable Schoolboy Q) que dans les choix artistiques en clin d’œil à l’âge d’or du dirty south.

Au beau milieu de tout cela, c’est à un Stalley tantôt lover, tantôt égotripant qu’il incombe de poser donner de la cohérence à ce projet certes périlleux, mais au final aussi équilibré qu’irrésistible. Car à l’arrivée, difficile de savoir où s’arrête le sample et où commence la composition, tant le natif de l’Ohio habille magnifiquement cette production de son timbre de voix aussi doux que ferme. C’est toutefois la nostalgie d’une autre ère qui nous fait complètement chavirer sur Honest Cowboy: on a le sentiment que le MC construit un autel à la gloire de DJ Screw et Pimp C, et que même avec tout ce côté rétrograde, jamais sa musique n’a semblé aussi actuelle et percutante.


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