Chronique de Mehdi (Abcdr du Son)
La série des prometteuses mixtapes Finally Famous qui lui avaient permis de fidéliser un solide cercle d’internautes. Un premier album qui s’en était tiré avec la mention « Bien mais peut mieux faire ». Une des rimes les plus embarrassantes de ces dernières années en ouverture du tube de l’été 2012. Une dernière mixtape sortie l’année dernière et intitulée Detroit qui avait réconcilié Big Sean avec quelques-uns de ses détracteurs les plus acharnés. Voilà, à peu de choses près, le contexte dans lequel sort Hall of Fame, le deuxième album solo de Big Sean. Album auréolé, en plus, d’un buzz inattendu suite à la mise en ligne de « Control », morceau non retenu sur le disque dans lequel Kendrick Lamar lui vole la vedette le temps d’un couplet qui a agité le petit monde du rap des jours durant.
Une fois arrivé au bout de l’écoute de Hall of fame, un premier constat s’impose. Une heure de Big Sean, c’est long. A la manière des blockbusters présomptueux qui investissent les salles obscures et éprouvent un mal fou à passer sous la barre des deux heures, Big Sean aurait gagné à aérer un album qui frise parfois le remplissage. Un morceau comme « World Ablaze » constitue l’exemple typique de ces morceaux que Big Sean est capable d’écrire les yeux fermés mais qui surchargent inutilement l’album. On se surprend même à imaginer le rappeur de G.O.O.D Music enchaîner l’enregistrement de ses morceaux en studio avant de leur donner un titre hasardeux (« Toyota Music ») une fois ceux-ci terminés.
Placé sous le thème de la réussite, Hall of fame multiplie les roulements de mécaniques avec un sens de la théâtralité certain. Imagerie clinquante et phrasé princier, le disque est une plongée classique dans la vie d’un nouveau riche. Seulement, Big Sean déroule le fil de sa vie sans qu’une once d’émotion ne vienne pimenter l’ensemble. Big Sean est riche, Big Sean couche avec énormément de filles, Big Sean fait la fête et Big Sean est largement satisfait de cette vie. On pourrait s’en contenter si le manque d’originalité du récit était compensé par quelques prouesses derrière le micro. Seulement, entre les rimes maladroites (« I’m rocking chains everyday, so you know I slave« ) et la monotonie du débit, l’auditeur peine à être conquis. Si bien que plus on avance dans l’album et plus on en vient à se convaincre que Big Sean est un rappeur à gimmicks (les refrains de « MILF », « 10 2 10 » ou « Mona Lisa »), incapable de se mettre au niveau de son entourage.
Autre rappeur lambda à l’entourage essentiel, The Game avait malgré tout réussi à se rendre captivant en devenant une sorte de bête de foire atypique, citant plus de dix noms par morceaux tout en phagocytant le style de ses invités avec un mimétisme troublant. Et par un tour de magie encore inexpliqué, il parvenait à tenir la dragée haute à des confrères pourtant intrinsèquement plus doués que lui. Ici, hormis Lil’ Wayne qui livre le service minimum, les invités, qu’il s’agisse de Nas, Nicki Minaj, Jeezy ou Kid Cudi, volent quasi systématiquement la vedette à un rappeur qui ne parvient pas à imprégner son disque d’une véritable identité.
Si Hall of fame demeure malgré tout un disque qui se laisse écouter, c’est principalement grâce à No I.D et Key Wane, respectivement présents sur cinq et quatre pistes. En pleine forme, le vétéran de Chicago sort du lot avec le dyptique « First Chain »/ »Sierra Leone » quand Key Wane, entre la prod vaporeuse de « Nothing is stopping you » et le souffle épique qu’il insuffle sur « It’s time » marque encore des points. Pas en reste, le duo de Da Internz, déjà derrière le tube « Dance (A$$) » sur le premier album, concoctent l’ultra-efficace « Mona Lisa » et l’entêtant « MILF » (qui contient également un couplet hallucinant de Nicki Minaj qui s’imagine en mère de famille complètement irresponsable). Impossible de ne pas mentionner « 10 2 10 » qui a d’ailleurs nourri des rumeurs de co-production de Young Chop tant l’instrumental paraît sortir du Finally Rich de Chief Keef.
En dépit de toutes les ambitions affichées par Big Sean, Hall of Fame pose davantage de questions sur son avenir qu’il n’apporte de confirmations. Avec une formule aussi émoussée, on se demande en effet si le rappeur parviendra à se réinventer, un peu à la manière d’un Mac Miller qui a envoyé valser l’image qui lui collait à la peau à l’occasion d’un Watching movies with the sound off surprenant. Hall of Fame est un de ces albums à gros budget, bien construits mais dont la tête d’affiche est parfaitement interchangeable. La preuve : on aurait souhaité à plus d’une reprise que certaines productions atterrissent dans les mains d’un autre MC. Cela dit, le disque réussit au moins le pari du divertissement et représente même l’archétype de ce à quoi ressemble un disque mainstream en 2013.
Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop)
Finally Famous, le premier album de Big Sean, j’en avais conclu qu’il était léger, pas désagréable, ni fameux, avec pour note un gentil @@@ sans trop entrer dans les détails… Est-ce que le rappeur de Detroit signé chez G.O.O.D. Music a progressé sur ce Hall of Fame ? Nan, c’est carrément l’inverse. Et il s’étonne qu’on ne le considère pas comme un top rappeur? Laissez-moi rire!
On a essayé au début de trouver des qualités chez lui, ne trop faire gaffe aux défauts de jeunesse… Sauf que sur ce 2e opus en major, ces défauts persistent et agacent. Sa voix nasillarde, son flow ramasse-miette, ses lyrics de mec super cool qui finit des phrases par des syllabes qui sonnent pareil,… Ils ressortent d’autant plus que les beats que lui fournissent No I.D., Da Internz et Key Wane (que je connaissais pas du tout) sont bons, voire très bons (« Fire« , « First Chain« , « World Ablaze« , « Sierra Leone« ). Le pic d’irritation est atteint rapidement, dès le refrain « 10 2 10« . Insupportable. Ce n’est que la track 3.
On se dit qu’il va y avoir quelques trucs d’intéressants malgré tout. Non plus. Big Sean, se présentant souvent en « B.I.G. » (malaise), nous raconte sa vie sexuelle, sentimentale un peu, mais surtout sexuelle, avec les filles au coeur brisé (le single assez bon « Beware » avec Jhene Aiko et Lil Wayne), les « M.I.L.F.« , les filles « Freaky » (feat Nicki Minaj & Juicy J), « Mona Lisa » (ça ne parle d’une femme moche mais de ménage à 3…), les « Greedy Hos« , une certaine « Ashley » feat Miguel… Putain qu’est-ce qu’on s’en branle !
Sinon il nous parle de sa « First Chain« . Mais ouais, une anecdote tant qu’on y est ! Hélas pour lui, Sean se fait totalement éclipser par Nas et même Kid CuDi qui meugle. Encore heureux que « Control » ne figure pas au tracklisting, Kendrick Lamar lui a fait comprendre poliment qu’il était insignifiant. De toute façon, c’est peine perdu pour tenter de défendre Big Sean, car même lorsqu’il se retrouve seul sur un titre, c’est l’instru qu’on préfère. A ce sujet « Toyota Music » (prod Xaphoon Jones) en est l’exemple type (d’ailleurs je n’ai pas testé ce morceau dans mon Auris Hybride).
C’est à se demander comment le rappeur est très vite passé de mec fauché à nouveau riche cumulant tous les stéréotypes du rappeur pété de thunes sans trop comprendre ce qu’il s’est passé entre les ces deux instants. Il donne une explication sur l’introspectif « All Figured Out » quand il rappe « I guess it’s the hunger that got me out/ at the top hotels renting lobbies out ». Il avait faim, voilà, mais sûrement pas cette faim qui se caractérise par l’envie de tout déchirer au micro (on a bien vu que c’est loin d’être le cas), juste faim.
Hall of Fame est un disque absolument prétentieux et superficiel, celui d’un rappeur qui pense que le swag suffit pour se vendre. Le comble du superficiel, c’est la version deluxe de l’album, incluant le single « Guap« , « Mula (remix) » (feat 2 Chainz & Meek Mill) et autre titre qui n’est pas un nouveau mot qui signifie ‘argent’ mais un titre où Common peut avoir honte de figurer.
Ah, un dernier détail qui a son importance (parce qu’il y en a un): si Kanye est producteur exécutif, pas une fois il n’a posé le doigt sur un beat.
Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques)
Le Hall of Fame auquel fait référence Big Sean dans le titre de son nouvel album, on ne sait trop si il pense déjà y avoir été intronisé ou si il compte bien l’être dans un avenir proche. En même temps, quand on est signé sur G.O.O.D. Music, on peut légitimement avoir des envies de grandeur et penser que l’on fait partie d’une équipe de all stars. Le seul problème avec Big Sean, c’est qu’il est un peu comme tous ces joueurs du Miami Heat qui ne sont ni LeBron James, ni Dwayne Wade, ni Chris Bosh – désolé pour l’analogie sportive les filles. Ces types s’appellent Mario Chalmers ou Shane Battier, sont des joueurs indispensables au bon fonctionnement de l’équipe, mais n’y joueront probablement jamais les premiers rôles.
Dans l’écurie G.O.O.D. Music, Big Sean doit ainsi évoluer dans l’ombre du patron Kanye West, de Pusha T ou de Mos Def, têtes de gondole toutes trouvées. Cela ne fait pour autant du natif de Détroit un type juste bon à faire de la figuration – son premier album, et ses apparitions sur la bombe sale « Mercy » ou plus récemment sur le « All Me » de Drake en témoignent. Quant à sa nouvelle réalisation, elle est une nouvelle preuve de la gestion en bon père de famille d’un Kanye West plus intouchable que jamais en 2013.
Alors c’est vrai, Hall of Fame n’aura jamais le pouvoir évocateur de Yeezus ou n’est pas aussi attendu que le My Name Is My Name de Pusha T, mais il n’en reste pas moins un disque qui mérite des écoutes aussi attentives que répétées. Son principal défaut ? Probablement celui de ressembler un peu trop à tous ces albums de hip hop US qui tentent de naviguer entre visées commerciales et maintien de la street cred : Halle of Fame est beaucoup trop long (un petit 80 minutes pour la version deluxe), ratisse parfois un peu trop large et privilégie l’efficacité de quelques gros singles (imparable « Fire » et son clip avec Miley Cyrus) à la cohérence globale du projet. Il en découle une écoute qui ne manque certainement pas de coups d’éclats, mais qui a un peu de mal à fidéliser le client sur la longueur.
Bien dans l’air du temps avec quelques clins d’œil pas trop tapageurs au R&B (coucou Miguel sur le sirupeux « Ashley ») ou l’EDM, Hall of Fame est le travail d’un artiste bien dans ses Air Jordan, bien entouré (Nas, Kid Cudi, Juicy J, Nicki Minaj ou Lil Wayne viennent tous pousser la chansonnette) et bien décidé à élever son niveau de jeu pour rejoindre les mecs qui lui font un peu d’ombre dans l’écurie G.O.O.D. Music. Bien aidé par un flow tout-terrain et les productions de No ID ou Da Internz, Big Sean livre un album qui trouvera sans peine son public. Pour le Hall of Fame par contre, il faudra certainement un peu patienter. Mais à 25 ans seulement, le kid de la Motor City a de la marge…