Chronique de Juliette Bujko (Abcdr du Son)
Depuis la sortie de FROIDCOMMEDEHORS à l’été 2021, Malo a saisi chaque opportunité de faire valoir sa force glaciale et son habileté technique. En 2022, ce fut avec l’EP 4X4, puis NO L, courte bulle d’egotrip finalement assez vite tombée à plat, la faute sans doute à une publication uniquement sur Soundcloud le jour de Noël. Au jeune « Mike Tyson » (« MT », NO L), il ne manquait qu’une chose : l’identité. Et c’est sans déguisement ni maquillage qu’il la dessine maintenant, avec une nouvelle mixtape ostensiblement intitulée iD, simplement illustrée par quatre images de lui, à l’instar de photos d’identité.
Comme s’il s’en était privé depuis tout ce temps, par embarras ou par pudeur, Malo fait tomber le barrage d’un coup sec. Il écrit sa ville, son adolescence, les potes qu’il a perdu par la mort ou le passage du temps. Petit timide, introverti, animé par une quête initiatique qui le bouffe de l’intérieur, Malo livre ici sa recherche d’évasion et de succès aujourd’hui motivé par une couleur : celle des billets. « Quand l’argent rentre, ça fait un bien d’fou. »
Malo n’a « pas grandi sous saumon Fettuccini ». Et même si après « beaucoup trop d’factures impayées, Dieu merci, ça mange mieux », le cheminement du rappeur est loin d’être terminé. Pour se défaire du sort qui aurait pu être le sien, un maître-mot : le travail. Des journées, des nuits au studio, portées par une rage insondable, frénétique de faire plus et mieux. Jusqu’à appesantir des névroses déjà énergivores.
L’angoisse ronge Malo, et Malo ronge ses ongles. Il se nourrit de rap, encaisse par la méditation et la médication – jamais réellement prescrite. Méfiant envers tout ceux qui l’entourent, « faire confiance c’est pas rentable ». « Parano mais rien d’fou », hors de question de s’arrêter en route. « Si jamais j’échoue, j’peux pas recommencer, quand t’es d’ici ma gueule tu sais comment c’est. »