Chronique de David² (Abcdr du Son)
Déjà auteur d’un album qui aura à n’en pas douté sa place dans les tops de fin d’année, le marécageux et horrifique Golliwog, billy woods revient accompagné de E L U C I D, avec qui il forme le duo Armand Hammer, et du producteur The Alchemist. Après Haram en 2021, Mercy est le deuxième disque de Armand Hammer entièrement produit par ALC, qui poursuit donc tranquillement l’exceptionnel run d’albums réalisés par ses soins, entamé en 2020 avec Conway, Boldy James et Freddie Gibbs.
Il y avait, dans Haram, une certaine lourdeur éthérée dont ALC a le secret : des beats touffus, épais mais parfois contrebalancés avec une certaine légèreté par les guitares électriques enlevées de « Roaches Don’t Fly », les vents aigus de « Indian Summer » ou les voix envoûtantes de « Falling Out the Sky ». Des boucles souvent brèves, atmosphériques, taillées au scalpel : Alan Daniel Maman était en terrain conquis. Pour sa deuxième collaboration avec le duo new-yorkais, il sort davantage de sa zone de confort, noircit le trait et surtout embrasse pleinement le ton désespéré de ses hôtes.
Mercy ne laisse pas souvent filtrer la lumière. Les guitares de « Laraaji » sont sauvages ; les voix féminines de « Moonbow » tiennent de la complainte ; « Nil by Mouth » semble plongé dans un brouillard à la Silent Hill ; « Scandinavia », avec son piano solennel et lancinant, ses voix lugubres et ses bruits non identifiés, tient quasiment du film d’horreur. Auteur d’un travail d’orfèvre, Alchemist livre une partition minimaliste mais jamais simple, sombre et opaque, psychédélique par moment (« Crisis Phone », « California Games »), qui navigue quelque part entre le son hypnotique de Bo Jackson et ce qu’il a pu faire plus récemment pour Roc Marciano sur le dépouillé The Skeleton Key.