Council Skies

Council Skies

Noel Gallagher's High Flying Birds

16 / 20 2023 Sour Mash Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de Granpa (Xsilence) 16 / 20

Posté le 02/06/2023
C'est toujours lorsqu'on commence à douter de lui que Noel Gallagher remet les pendules qu'il avait stoppées à l'heure. L'excellent Chasing Yesterday contrebalançait un premier album qui ne vexait personne mais un peu trop calibré au millimètre et aujourd'hui Council Skies, quatrième sortie, semble répondre à tous ceux qui ont été perdus sur les routes longues et sinueuses des tentatives de diversification des cinq dernières années. Léger flashback : il y a deux ans, cachée dans son best of solo, se trouvait l'aérienne et arrangée comme du Bacharach (et extrêmement réussie) "Flying On The Ground" qui semble avoir servi de point de départ pour ce nouvel album s'appuyant avant tout sur des chansons bien écrites bien servies par des cordes qui serrent les cœurs. Council Skies est un album fait quasi exclusivement de faux plats et de ballades, notre homme étant expert dans le domaine. Bien conscient que le seul consensus autour de Who Built The Moon était le bonus track "Dead In The Water", Noel nous refait le coup de la magnifique chanson acoustique avec "Dead To The World", lente rumination élevée par des arrangements de cordes poignants –même Liam s'est fendu d'un tweet évidemment très drôle sur le sujet- comme pour rappeler à tous le nombre d'étoiles qu'il a sur son maillot de songwriter. Si cette dernière prend beaucoup de lumière, il ne faut pas sous-estimer les jolies "Easy Now" et sa petite à petite montée en puissance, ni la rêveuse et réussie "Trying To Find A World That's Dead And Gone Pt 1". Ailleurs "Love Is A Rich Man" indique ce qu'aurait pu être l'album précédent si les chansons avaient été amoureusement couvées et non écrites à la volée en studio alors que les mélodies à siffler de "I'm Not Giving Up Tonight" et "Open The Door, See What You Find" contrebalancent avec élégance les moments plus contemplatifs d'un album plutôt méditatif. Pendant des années Noel a essayé de capter les ondes de "Tomorrow Never Knows" mais c'est dorénavant à "Ashes To Ashes" qu'il s'attaque sur la conclusion "Think Of A Number" avec un succès certain, quelques minutes plus tôt l'alambiquée "There She Blows !" le voyait provoquer en frontal Jeff Tweedy sur sa spécialité des couplets plus mélodiques que les refrains. Tout cela est plutôt très très bien donc, pour les fans gravement atteints le disque bonus vole lui aussi très haut ("We're Gonna Get There In The End"), Council Skies sonne un peu comme un retour à une écriture traditionnelle pour un Noel d'une humeur plutôt soupirante... Inspirante et très solide, cette quatrième livraison à la fois cohérente et diversifiée nous réconcilie avec un homme avec qui on ne peut jamais rester trop longtemps fâché.

Chronique de Nico P (Goûte Mes Disques) 4 / 20

Posté le 13/06/2023

Et ce qui devait arriver arriva. Des années après la fin de son groupe et des décennies désormais après ce qu’il conviendra de nommer son moment plutôt que son époque, Noel Gallagher est devenu ce qu’il détestait, ce qu’il moquait, et ce que son frère, lui, n’a jamais cessé de conspuer. Oui, ce qui devait arriver arriva, et ce qui arriva nous arrivera à toutes et à tous, mortels et normaux. Noel Gallagher est devenu vieux. Et il radote.

D’aucuns diront que cela ne date pas d’hier, qu’Oasis, déjà, c’était le même album, avec un emballage différent. Admettons, quand bien même cela serait tout à la fois faux et malhonnête, et surtout, réducteur, tant la musique du groupe ne peut être dissociée d’un pays tout entier, d’une poignée de mois ayant marqué les années, de quelques chansons, certes, mais bande originale de nos vies, qu’on le veuille ou non, et pour l’éternité. Noel Gallagher radote donc, et ce n’est finalement pas bien grave. Il est largement accepté que la pop et le rock ont obtenu le droit de ne se nourrir que d’eux-mêmes. Le problème, c’est qu’il bafouille aussi.

Pour le dire simplement : l’inspiration s’est totalement tarie, et ce qu’il nous est donné à entendre ne sonne ni plus ni moins comme des chutes de studio de chutes de studio. “Pretty Boy” n’est pas grand chose d’autre qu’une variation médiocre d’un “It’s a Beautiful World” déjà fort embarrassant, tandis que “Easy Now” sonne comme une version anesthésiée d’un “I Wanna Live In A Dream In My Record Machine”, chanson abandonnée d’Oasis et déjà recyclée pour le premier album solo du monsieur. Pire (enfin, peut-être, sans doute) : longtemps moqué pour sa voix plaintive, bien loin de la hargne, de la grandeur franchement sale gosse de son petit frère Liam, Noel avait un temps réussi à imposer un chant bien plus inspiré (et les chansons qui vont avec). On pense ici à “The Importance Of Being Idle”, et dans une moindre mesure à “Falling Down”. Mais l’inspiration s’en est allée en même temps que la motivation, et au micro, Noel Gallagher n’a jamais sonné aussi poussif, maladroit. Faux.

Il serait facile ici de s’en prendre à l’artiste, affirmant que finalement, il n’a jamais été autre chose qu’un recycleur. Vous pourriez même, si le cœur vous en dit, vous en prendre à l’auteur de ces lignes, forcément aigri, mais grand fan d’Oasis, ce que la note ne le laisse pas forcément deviner. Mais ce n’est la faute de personne. C’est le temps qui passe, qui détruit tout; c’est le grand cirque du rock’n’roll, celui qui voit les Who à 70 ans passés chanter “My Generation”, et Noel Gallagher, hier désireux d’imposer le retraite aux anciennes gloires FM, devenir lui-même l’artiste qui n’enregistre que pour tourner, qui ne tourne que pour exister, et qui, compte tenu des questions posées ces dernières semaines et ne portant que sur le groupe formé avec son frère, doit bien être obligé de regarder dans le rétroviseur et de s’interroger. Ou ferait bien de le faire.


Retour à l'accueil