Knebworth 1996

Knebworth 1996

Oasis

18 / 20 2022 Big Brother Live / CD  Vinyle  K7 Audio  Numérique

Chronique de Nico P (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 29/11/2021

Knebworth. L’immense domaine de cette bourgade du Hertfordshire est depuis les années 70 le lieu de consécration de l’aristocratie rock. Tout groupe devenu trop énorme pour jouer dans des salles de spectacle donne un grand concert à Knebworth et souvent pour des résultats contrastés. Les premiers à inaugurer le site furent Pink Floyd devenus intouchables après The Dark Side Of the Moon. Puis ce seront les Rolling Stones, en 1976. Ce furent ensuite les derniers concerts de Led Zeppelin dans leur pays en 1979, l'ultime concert de Queen avec le line-up original ou encore les trois soirs en forme de consécration pour un Robbie Williams alors au sommet de sa gloire. Par la suite, il y aura des festivals, mais le site ne donne plus qu’exceptionnellement des concerts. Peu de groupes sont en effet assez énormes pour pouvoir se le permettre.

Les 10 et 11 août 1996, Oasis le peut, le temps de deux soirs de concerts en compagnie de The Prodigy (qui sortira l'année suivante le mythique The Fat of the Land), les Manic Street Preachers (en orbite grâce à l'exceptionnel Everything Must Go sorti quelques mois plus tôt) ou encore The Charlatans. Un week-end au vert qui a rassemblé plus de 250.000 personnes. 5% de la population britannique tenta d'obtenir des billets. Tout cela, le documentaire de Jake Scott (fils de Ridley), qui accompagne le double DVD rassemblant justement les prestations des deux soirées, le raconte bien, à grand renforts d’archives inédites, procurées par les fans, et, disons-le, de quelques banalités tentant maladroitement de rappeler le contexte, la puissance de la culture anglaise de l’époque, le cool. Fastidieux, mais peut-être nécessaire pour comprendre ce qui se déroule ensuite.

Ce qui se déroule suite, ce sont donc deux concerts. Deux captations ici particulièrement soignées, enfin disponibles en excellente qualité. La setlist comporte, hormis l’absence relativement inexplicable de “Rock’n’roll Star”, tous les classiques d’un groupe qui à l’époque n’a pourtant sorti que deux disques (et dévoile pour l’occasion deux titres à paraître sur le troisième). Quitte à choisir, privilégiez le deuxième soir, plus sauvage, plus foutraque, plus vivant.

Ce qui se déroule ensuite, c’est aussi la fin d’un monde. Celui du groupe, tout d’abord. Personne ne semble le savoir, ou du moins, vouloir le reconnaître (ce que certains membres feront bien volontiers par la suite), mais après Knebworth, plus jamais Oasis ne sera aussi bon, aussi grand, aussi séduisant, pertinent, impactant. Pour la dernière fois, le groupe des frères Gallagher aura représenté le peuple, celui auquel il ressemble tant. Après, il y aura de nouveau des tournées, de nouveau des disques, et particulièrement un troisième, Be Here Now, carton mais déception, mal aimé pour de bonnes et de mauvaises raisons, mais surtout, qui représentera une rupture majeure.

Oasis, en 1997, perd pied. Le disque se classe en première place des charts dans pas moins de quinze pays, mais déçoit quantité de fans de la première heure, tant les chansons (trop longues, prétentieuses, déconnectées de leur réalité) que la promotion hors-sol. Alan McGee lui-même, dans son autobiographie, se souvient : “Be Here Now a détruit beaucoup de l’affection que les gens avaient pour le groupe, et pour Liam et Noel. C’était des branleurs, mais avec les pieds sur terre. La campagne de sortie de l’album était mal gérée, et de mauvais goût de la part de tout le monde. Ils se sont ringardisés du jour au lendemain, en donnant l’impression de pouvoir tout se permettre, et d’être au-dessus de tout le monde”.

Knebworth symbolise donc, en un sens, la fin d’une carrière. Mais aussi la fin d’une époque. C’est sans aucun doute l’un des choix les plus pertinents et touchants de Jake Scott dans son film : raconter un monde qui change, à grande et petite échelle. Après Knebworth, arriveront dans nos quotidiens Internet et téléphone, œuvrant à nous distancier, petit à petit, de l’instant présent. Mais surtout, après Knebworth, fan hardcore deviendra père, jeune femme perdra son frère, et l’intime n’aura plus le même visage. En laissant la parole à des amoureux et amoureuses du groupe, présents évidemment pour le grand évènement, Jake Scott dresse un portrait d’une jeunesse encore naïve qui sera, bientôt, rattrapée par la réalité, par la vie d’adulte. Leurs visages, qui apparaissent dans le générique de fin, bouleversent plus que de raison. Ils sont alors comme nous, mais quelque part, aujourd’hui, ils sont devenus grands, et ce film, ainsi que le live qui l’accompagne, sont le témoignage de cet ultime moment d’insouciance.


Chronique de Granpa (Xsilence) 18 / 20

Posté le 19/11/2022
Après les faces-b, les belles rééditions, le film-docu, il doit commencer à y avoir une petite pénurie de pépites à exploiter côté Oasis historique (alors qu'il y a potentiellement beaucoup de choses qu'on aimerait entendre dans la mal aimée seconde moitié de discographie). Rappel pour le fond de la classe, le concert de Knebworth en 1996 est sans doute aucun l'apogée totale de Oasis. Un de ces concerts dont on parle encore près de 30 ans après, et avouons qu'il en existe peu. Une référence sur un cv de concert qui de suite donne un droit au snobisme de fan, "I was there in 96" était d'ailleurs une des excellentes vannes de Liam lors de son Knebworth de 2022. Il était donc écrit que tôt ou tard ce joyau de la couronne sortirait sous une forme ou une autre. Oasis a choisi l'approche holistique : album live, dvd des concerts, film documentaire. Et il fallait bien tout cela pour essayer de traduire l'événement que cela fut.

Le documentaire offre la vedette aux fans. De par un jeu de souvenirs croisées convergeant tous vers les concerts, on replonge (ou découvre) dans la marque abyssale qu'a laissé Oasis alors que le séisme était encore tout frais. C'est dans l'œil du cyclone des incroyables 10 mois entre la sortie de Morning Glory et la tournée américaine avortée de la fin de l'été 96 que le film se déroule. L'histoire est connue, des 2.5 millions de demandes de billets seuls 250.000 heureux ont eu le sésame, on vous laisse le soin de compter combien de Knebworth aurait donc pu faire le groupe, les malheureux ont aussi voie au chapitre dans le film racontant la diffusion à la radio de l'événement, l'enregistrement sur K7, les interventions entre les chansons connues par cœur à force d'écoutes répétées, un versant de l'histoire dans lequel on s'est reconnu. En filigrane c'est surtout Noel qui narre l'histoire qui créé une sorte de mystique autour de Liam, de sa voix, de son look, de son alcoolémie... lequel n'intervient qu'à la fin pour ne pas dire grand-chose mais le dire avec classe ("je ne m'en souviens pas très bien mais je n'oublierai jamais"). Un excellent documentaire qui parle surtout en sourdine d'une époque révolue sans pour autant verser dans une nostalgie facile.

Si le film s'attarde sur l'impact générationnel, l'écoute des cd ou visionnage des concerts remettent eux l'église Oasis au centre du monde : on pourra analyser tout ce qu'on voudra, l'étincelle initiale qui a embrasé le monde était cette série d'incroyables chansons depuis devenues des cathédrales intouchables. S'il est probablement peu utile de disserter à nouveau sur "Champagne Supernova" ou "Supersonic", on s'amuse juste à imaginer combien de groupes peuvent mettre (ou ont mis) le feu à 125.000 personnes en plaçant des b-sides sorties 6 mois plus tôt dans la setlist. Liam chante comme un dieu le deuxième soir, le groupe sonne massif et incroyablement léger et heureux. Knebworth marque l'apogée mais aussi la fin d'une époque car le groupe ne semblera plus jamais aussi insouciant, c'est l'arrêt de mort du groupe qui signait aussi des "Digsy's Dinner", "She's Electric" ou "Bonehead's Bank Holiday", l'écriture de Noel ne retrouvera jamais cette légèreté. En enfonçant la porte de la grande histoire de la musique, l'Oasis en chef s'est subitement lesté d'un poids, celui de la fin de l'innocence. Au final ce Knebworth 1996 est un moment d'histoire à ne pas rater, d'ailleurs c'est Noel qui l'a dit le deuxième soir: This is history, this is history, right here right now, this is history.

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