Wet Leg

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Wet Leg

16 / 20 2022 Domino Album / CD  Vinyle  K7 Audio  Numérique

Chronique de Gwen (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 19/05/2022

On ne voudrait pas passer pour des mouchards, mais s’il nous fallait désigner les coupables à l’origine du plus gros vers d’oreille de l’été dernier, les visages de Rhian Teasdale et Hester Chambers seraient placardés dans tous les commissariats. On the chaise longue, on the chaise longue, on the… Tortillant innocemment leurs robes de Laura Ingalls, les deux Anglaises ne donnent pourtant pas l’air d’avoir prémédité le braquage avec leur hymne estival truffé d’allusions salaces.

Ceci dit, on ne pouvait leur souhaiter pire malédiction qu’un tube accidentel comme premier extrait d’un album qui n’existait pas encore. Ce cadeau empoisonné qu’il va falloir s’efforcer d’intégrer dans un ensemble du même calibre. Si signer chez Domino était une décision judicieuse, engager Dan Carey à la production était certainement la meilleure façon de couvrir leurs arrières. Son nom sur la pochette, c’est la garantie de se faire tamponner du sceau du bon goût ou a minima de susciter l’intérêt général, le gaillard n’ayant encore jamais misé sur le mauvais cheval. On notera donc la souplesse avec laquelle elles ont su gérer l’obstacle. 

Même si cela les gêne un peu de l’admettre, Rhian et Hester n’avaient jamais envisagé de faire de la musique sérieusement. On gratouille, on raconte sa vie une bière à la main et on voit ce que ça donne. Voilà à peu près le plan de base. Une non-stratégie payante puisque cette nonchalance assumée accouche d’un album qui comble largement les attentes sans vouloir impressionner à tout prix. Un album où tout se met en place naturellement parce que la complicité des protagonistes fait déjà la moitié du taf. Un album de meilleures copines qui pouffent à des blagues qu’elles pensent être, à tort, les seules à comprendre. Un album de fausses ingénues qui étalent leur insolence dans des refrains ultras efficaces (You're like a piece of shit, you either sink or float / So you take her for a ride on your daddy's boat sur le bien nommé "Piece of Shit"). 

Wet Leg, c’est aussi un album particulièrement malin qui évoque des dizaines de petites choses connues sans que l’on puisse totalement mettre le doigt dessus. Un peu post-punk, un peu bedroom pop, le tandem partage ses réflexions actuelles de jeunes filles paumées (l’excellent "Too Late Now" en clôture) tout en chatouillant les instincts nostalgiques de celles et ceux qui restent agrippé·e·s à Pavement ou Elastica. Le trait d’union ultime entre la génération Z et la Y (voire même la X si on en s’en réfère à cette ligne de guitare chapardée à David Bowie sur "I Don’t Wanna Go Out"). Sans viser le coup de génie, Wet Leg est simplement l'une des meilleures choses qui pouvaient s’échapper d’une chambre d’étudiantes cette année, à la fois féroce et réconfortante. Un feel good album qui pose sans doute les bases d’une feel good carrière.


Chronique de Mr.dante (Xsilence) 15 / 20

Posté le 22/09/2022
Une histoire aussi improbable ne peut pas s'inventer. Sur l'Île de Wight, il n'y a plus de hippies depuis longtemps, parfois un festival et même une université. En dehors des cours, on s'ennuie vite à l'Île de Wight, et quand on commence à avoir la bougeotte, faire la fête, c'est pas mal. Et quand on a pas de musique pour s'amuser, on en fait soi-même. En dehors des cours, les deux comparses de ce qui deviendra les Wet Leg se mette à faire de la musique ensemble, mais ce n'est qu'après quelques années de symbiose qu'elles forment ce projet et auto-produisent un titre devenu viral : "Chaise Longue". Véritable tube hyper-dansant, la hype se construit autour d'un futur album et la suite se fait attendre.

Bien décidées à ne pas réitéré la même formule, le duo accouche d'un album varié, aux textes modernes, un brin féministes, pas démagos, définitivement seconds degrés, aux consonances très brit pop ("Wet Dream"), pop rock ("Oh, No"), balad pop, flowerpower ("Supermarket", très [b]Beatles[/]), dreampop, sunshine pop à la Mama's & The Papa's ("Angelica"),...
Notons d'autres très bonnes surprises dont un autre tube imparable, le power brit pop "Ur Mom", inexorablement entraînant ; mais encore l'étonnant "Convincing" qui nous charme avec cette voix à la Lana Del Rey mais aux accords et contre temps intimidants ; la douce balade "Piece Of Shit", terriblement nerveuse ou "Too Late Now", spleen et noisy.

Se referme une collection de chansons pleines de variétés et de contrastes, aux idées diverses, jouant sur des multiples variations autour de motifs simples, mais aux structures qu'ils ne le sont pas toujours autant.
Un album charmant avec sa naïveté et ses petits défauts, sa maîtrise et ses folies. Une parenthèse d'un fun contagieux. Honneurs aux dames.

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