Sorry I Made You Cry

Sorry I Made You Cry

The Czars

17 / 20 2005 Bella Union Compilation / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de Poukram (Xsilence) 17 / 20

Posté le 01/01/2005
Lorsque sort Sorry I Made You Cry, les Czars se sont déjà séparés. Ils n'ont pas survécu au difficile enregistrement de leur cinquième et donc dernier album, l'étincelant Goodbye (2004), et à leur insuccès global depuis leurs débuts. Aux tensions internes parcourant la formation de Denver s'était ajouté un manque d'argent pour produire cet ultime opus. Leur label Bella Union avait en effet décidé de rompre leur contrat en raison d'un manque de retour sur investissement, alors que plusieurs milliers de dollars avaient déjà été investis dans leurs deux précédents disques (Before... But Longer en 2000 et The Ugly People Vs The Beautiful People en 2001). Ce n'est qu'avec l'aide financière de proches et d'amis qu'ils étaient parvenus à s'en sortir et à boucler leur affaire. Ou quand les inévitables questions de rentabilité entrent en jeu dans la vie d'un groupe indé de la pire des manières. Suite à tous ces problèmes, les Czars se sont désagrégés en moins d'un an, ses membres désertant le navire les uns après les autres, laissant bientôt seul le chanteur John Grant, qui a continué un temps à jouer sous le nom du groupe avant de l'abandonner et de lancer quelques années plus tard sa fructueuse carrière solo.

Sorry I Made You Cry, qui regroupe des reprises parues sur des singles, des EP et autres albums tributes (plus deux morceaux de Before... But Longer), arrive après tous ces événements et porte assez bien son titre et sa pochette, pour peu que l'on ait connu la formation durant son existence et, plus sûrement, en raison de son atmosphère mélancolique, lente et éthérée (comme un vrai album des Czars finalement). Et de fait, on retrouve ici toutes leurs qualités : une intensité folle, un beau sens de la retenue, une élégance précieuse et les prouesses vocales de Grant, tout comme, et cela est un peu inédit chez eux, une certaine légèreté. Le choix des reprises fait preuve d'un réel éclectisme (d'Abba à Tim Buckley, en passant par Paul Simon et N. J. Clesi) et certaines sont vraiment excellentes, telles "Angel Eyes" du quatuor suédois précité, tellement juste, "Where The Boys Are" du duo Howard Greenfield et Neil Sedaka, criante de vérité avec la voix de Grant (ce "someone waits for me" final !), ou l'incroyable "Song To The Siren" de Buckley père, étirée et totalement transformée. D'autres, comme "I'm Sorry" ou "I Fall To Pieces", sont plus décontractées dans leur interprétation, nous montrant une facette moins habituelle du groupe. Des moments magnifiques emplis de grâce et de charme qui font amèrement regretter le (presque) total manque de reconnaissance publique de ce formidable groupe et sa disparition subséquente et dont ce Sorry I Made You Cry témoigne de la force et du talent inaltérables.

Chronique de Popop (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 15/02/2006

Les Czars ne sont plus. Ainsi en a décidé John Grant, un peu contre sa volonté, après le départ de la plupart des membres de son groupe et malgré une tournée européenne d’adieu en formation réduite. On avait déjà repéré sur le troisième album du groupe, intitulé de façon appropriée Goodbye, quelques signes annonciateurs, mais on continuait d’espérer, tant que l’officialisation n’était pas tombée. Elle est malheureusement arrivée, accompagnée de ce cadeau d’adieu au titre lacrymal.

Des larmes, la musique du groupe nous en aura fait verser et la disparition de cette formation laisse un goût amer dans la bouche, comme un grand sentiment de gâchis. En guise de compensation, Sorry I Made You Cry remet le couvert, en revisitant quelques-uns des plus beaux et des plus obscurs titres de la musique du siècle dernier. On pourra arguer qu’un disque de reprises est une drôle de conclusion à un chapitre musical, mais en faisant le grand écart entre Simon & Garfunkel, le Gun Club, Tim Buckley et ABBA (méconnaissable "Angel Eyes"), John Grant donne à son groupe un chant du cygne digne et troublant. Pour les fans, il y aura certes un sentiment de 'déjà vu', une poignée de titres étant déjà parus par le passé sous différents formats (faces-B, contribution à des tributes…). Dans ce nouvel écrin, ils ont cependant droit à une seconde vie. Et comme il aurait été criminel de laisser dans l’ombre des merveilles comme cette version du classique "My Funny Valentine" (l’une des interprétations récentes les plus réussies, avec celle de Rufus Wainwright), on ne peut qu’approuver cette démarche.

Il ne reste désormais plus aux fans qu’à prendre leur mal en patience, en espérant que les premiers travaux en solo de John Grant feront perdurer cette flamme romantique qui brûlait le leader des Czars. Pour l’instant le feu semble éteint, il ne reste plus qu’à souffler de la bonne manière sur les braises pour que quelque chose d’encore plus beau renaisse. Ou pas...


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