Sometimes I Might Be Introvert

Sometimes I Might Be Introvert

Little Simz

17 / 20 2021 Age 101 Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de X_Lok (Xsilence) 17 / 20

Posté le 03/09/2021
On avait quitté Little Simz l'hiver dernier, avec son Ep Drop 6, nommé suivant la logique démarrée en 2014, avec Drop 1.

Avec ses disques sortis en quelques mois, Simbi prouve une nouvelle fois qu'elle est autant à l'aise dans le format (très) court ou long. Drop 6 ne dépasse pas les treize minutes, alors que Sometimes I Might Be Introvert dépasse les soixante cinq minutes.

Mais surtout, on sent la jeune femme très à l'aise dans la production de Inflo, tout comme dans le collectif Londonien qu'il a créé, Sault. On a l'impression d'avoir un album fait en famille, à l'instar du rappeur/producteur Father et son label Awful, à Atlanta. Les artistes se greffent, gravitent autour, participent aux albums du collectifs (le dernier en date, Nine, sorti en juin dernier, est hautement recommandable) et sortent des albums sous leurs noms propres, sans oublier de faire participer les copains, comme Cleo Sol, qui accompagnait Simz sur "Selfish" dans son album de 2019 Grey Area, et qu'on retrouve entre autres sur "Woman" ici, ou Kadeem Clarke, qui ajoute ses notes de claviers et ses compositions sur la plupart des Interludes (mais pas seulement) de ce disque.
C'est sans doute aussi pour ça qu'elle est si productive, ils doivent avoir leurs habitudes, ils savent comment bosser ensemble, d'où cette sensation de facilité, et surtout d'homogénéité folle tout au long de cet album.

C'est sans doute là la grande réussite de l'album, réussir à marier tous ces styles, liés par l'amour flagrant de la Soul, et décliner cette amour sans être dégoulinant, on sent trop de respect pour cette musique pour la maltraiter. Les acteurs de cet album ne se refusent rien, on pourrait même aller jusqu'à dire qu'ils osent tout, en particulier dans les interludes, qui sont de belles respirations créatives, tel "The Rapper That Came To Tea", sorte d'opéra rock, condensé en moins de trois minutes, afin de mieux surprendre avec "Rollin Stone", hommage déguisé à aux premiers titres de Little Simz, "Dead Body" en tête.

L'intelligence du disque ne repose pas seulement les instrus ou la production, mais aussi dans le choix judicieux des feat. Et dans la faculté de Simbi de s'adapter à eux. L'exemple le plus parlant est, je pense, de choisir Obongjayar sur "Point & Kill" avec sa rythmique afrobeat. Je vais pas vous gâcher la surprise en détaillant chaque point du titre, mais la manière qu'à Little Simz d'adapter sa voix et son flow... Il y a une complémentarité folle, sans opposition comme quand Cleo Sol ou Cleopatra Nikolic (aucun lien avec feu Filip, il s'agit d'un autre pseudo de Cleo Sol!) arrivent et qu'elles jouent au classique featuring r'n'b pour donner une autre tonalité à un titre purement hip-hop. Et là aussi, ça fonctionne parfaitement.

Il faut tout de même un peu de temps pour le digérer ce disque de plus d'une heure. Il y a évidemment l'attraction immédiate, mais plus on y goûte, plus on trouve de choses à son goût, par petites touches, j'y ai même vu du Curtis Mayfield, mais c'est peut-être parce que je suis devenu accro aux albums de ce type il y a peu de temps.

Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop) 16 / 20

Posté le 03/09/2021

Si vous prenez les premières de chaque mot du titre ‘Sometimes I Might Be Introvert’, cela fait ‘SIMBI’, le diminutif de Simbiatu, le prénom de Little Simz. Ce quatrième album de la rappeuse londonienne est sans doute le meilleur de sa carrière, également multi-récompensé dans la catégorie Album de l’Année aux Mercury Prize et MOBO Awards en 2022.

Et ce n’est pas étonnant en réalité vu sa très haute qualité. D’album en album, Little Simz progresse, gagne en assurance, en maturité naturellement et s’exprime avec plus de hauteur. A ce point culminant, le producteur de génie Inflo (chef d’orchestre derrière les innombrables projets du groupe-secret-qui-n’est-plus-secret SAULT) a mis tout son talent à contribution pour réaliser des joyaux pour la couronne de reine de Little Simz. D’abord avec des instrumentaux très soulful, surtout dans la première partie de l’album, avec « Two Worlds Apart » samplant Smokey Robinson ou encore The Imaginations pour ce « Standing Ovation », qui met Little Simz sur la même piédestal qu’un Jay-Z. Et ce n’est rien à côté des interludes… où l’on a carrément droit à des symphonies avec des choeurs comme sur certains projets de SAULT, ou plus loin The Archandroid de Janelle Monae. C’est quoi l’adjectif au-dessus de majestueux? L’interlude qui s’intitule « Gems », ça ne ment pas, mais « The Rapper That Came To Tea » est plus grandiose encore. Ce sont les plus grands interludes que j’ai écouté de ma vie goddamit.

La voix de Little Simz se fait clairement entendre sur cet opus, parfois introvertie mais moins complexée, assumant pleinement son statut de MC d’élite hors-US. Plus universelle aussi comme sur le single « Woman » aux côtés de la divine Cleo Sol (qui n’est toujours créditée comme sur le refrain de l’intimiste « I See You »), destiné aux femmes de NYC comme d’Afrique, et qui rappelle les origines nigérianes de ses parents. D’ailleurs la connexion avec Obongjayar, d’origine nigériane aussi, sur l’excellent extrait « Point and Kill » semblait tout à fait bienvenue, avec un joli métissage avec de la musique africaine justement, qui se poursuit sur « Fear No Man ». Comme toujours, Little Simz affiche son identité et cette fois elle dépasse ses propres frontières. Elle ne cache pas non plus ses émotions et ses relations comme sur « I Love You, I Hate You ». Vraiment, on continue d’apprendre à connaître de mieux en mieux Little Simz sous tout ses angles et c’est une chance.

L’énergie est une composante qui s’est ajoutée dans l’identité sonore de Little Simz à partir de Gray Area, et qui s’exprime sur SIMBI sur les titres « Speed » (avec ses caisses et sonorités rock fusion) et sur le minimaliste « Rollin Stone », instru en deux parties avec d’un côté une rythmique grime et de l’autre une revisite contemporaine de rap des 80s avec ses grosses basses et cowbells. C’est très cool de l’entendre aussi sur un morceau ultra-funky comme « Protect My Energy ». Vraiment Inflo nous en fait voir de toutes les couleurs, jusqu’à ce gospel « How Did You Get There » avec ses saveurs r&b 90s.

Meilleur album de Little Simz je le redis, Sometimes I Might Be Introvert est l’oeuvre qui a définitivement cristallisé le statut de la rappeuse. Sans chercher la perfection, la barre monte album après album pour atteindre ce très très haut niveau, au point que la question de savoir si ça sera un classique du rap anglais ou non ne se pose même plus. Parce que ça n’a plus de sens, c’est juste un très grand album, point. Et c’est juste triste qu’elle se soit brouillée avec Inflo des années après pour des problèmes de royalties apparemment…

LA NOTE : 19/20.


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