Au Paradis

Au Paradis

Thousand

19 / 20 2020 Talitres Album / CD  Vinyle

Chronique de X_Plock (Xsilence) 19 / 20

Posté le 27/03/2020
Stéphane Milochevitch dort, rêve, se réveille et enregistre un disque sur ce qu'il a vu et ressenti les yeux fermés dans les bras de Morphée. Au Paradis, troisième album enregistré sous son pseudo Thousand pourrait se résumer ainsi. La douceur ouatée qui ressort des morceaux proposés ici vous plonge dans un de ces rêves agréables dont on se souvient uniquement de bribes au petit matin...

Musicalement, les 10 titres exclusivement chantés en français sont un mix assez difficile à décrire dans lequel plein de choses familières s'entrechoquent. Un mélange de folk américain, variété française, new wave...On pourrait citer Bashung par facilité car le phrasé de Stéphane peut l'évoquer...oui mais non. Trop facile.

Au-delà de tout cela, si les chansons sont mélodiquement extrêmement accrocheuses, la touche qui rend accroc ici tient beaucoup à des petits détails. Comme les paroles particulièrement modernes dans la forme. Thousand n'hésitant pas à alterner langage soutenu et plus argotique comme dans le meilleur du rap français actuel. Autre détail qui n'en est plus un à la fin, cette voix féminine qui fait écho aux pensées de notre narrateur. Emma Broughton excelle dans les chœurs telle une voix angélique irréelle. Irrésistible sur le fabuleux "Jeune femme à l'ibis" la voix légèrement passée au filtre de l'autotune, incroyable de mélancolie sur "Mon dernier voyage", évanescente sur "Merle agard". Et puis il y a ces petits gimmicks de guitares, ces sons de claviers dans lesquels on retrouve des similitudes avec le formidable premier album d'Olivier Marguerit "Un torrent, la boue" qui a du reste participé activement à l'enregistrement de l'album.

Au même titre également que le "Piano Ombre" de François and the Atlas Mountain, ce "Au paradis" est un halo de douceur indie pop et moderne de très haut niveau, chanté dans une langue de Molière qui s'avère décidément bien plus mélodique que ce qu'on voudrait bien nous faire croire.

Chronique de Amaury S (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 19/06/2020

L’itinéraire que trace Stéphane Milochevitch, alias Thousand, depuis une dizaine d’années n’en finit pas de nous réjouir. Après deux albums de folk chantés en anglais (rien d’étonnant pour un garçon qui a grandi au Texas vous me direz) puis un Tunnel végétal pop, foisonnant et assez séduisant, le chanteur poursuit sa route avec Au Paradis, une invitation aux voyages qui déroute et captive.

Attention, autant être clair, pas question du moindre exotisme ici. Nous sommes face à un album consistant, uniforme et qui va jouer sur plusieurs tableaux pour à la fois nous embarquer et nous perdre. Nous embarquer avec cette voix grave et ce phrasé qui nous renvoient au rock français du début des 80’s (Bashung, Coutin, Capdevielle) et qui donnent aux paroles une sorte de fluidité très anglo-saxonne. Nous embarquer avec ces rythmes de guitares, de percussion, de synthés presque programmatiques et qui évoquent des paysages qui défilent. Nous embarquer enfin avec des évocations de lieu assez précises (un train Paris-Bari, la Ligne Bleue des Vosges, la Moselle, Oradour, etc.) qui inscrivent les chansons dans une géographie connue.

Mais tout l’intérêt de l’album réside dans sa volonté de jouer avec nos repères. Musicalement, la plupart des morceaux restent de facture classique, mention spéciale à Bryce Dessner (The National) qui a écrit et arrangé toutes les cordes. Toutefois, Thousand se permet quelques sorties de route maîtrisées, par exemple avec l’apparition d’un synthé kitsch et d’une voix féminine autotunée au milieu d’une rengaine rock à la guitare dans "Jeune Femme à l’Ibis". C’est donc surtout au niveau des textes que l’on peut être décontenancé. On sent d’ailleurs le chanteur prendre un malicieux plaisir à enchaîner références théologiques (et elles sont nombreuses), vocable primaire et punchlines tout en ironie. Comme dans "Mon dernier voyage" où dans un même couplet leVahalla côtoie le diable sur la plage, messe rime avec sms et couilles avec boule et surtout où "tant qu'il y a du réseau, il y a de l'espoir". 

Alors oui ce mélange permanent de registres donne à l’album une certaine fragilité mais fait au final sa force. C’est précisément dans ces ruptures de ton au sein de composition musicales homogènes que l’auditeur prend du plaisir. Et si tout n’est pas toujours limpide, l'enchaînement des titres (qui évoquent tous plus ou moins les mêmes thèmes) permet de ressentir ce que le chanteur a voulu exprimer.

Et pour résumer ce propos, on voulait absolument éviter l’insupportable « ce n'est pas la destination qui compte mais le voyage » alors on se contera de citer le refrain de la chanson qui donne son nom à l’album : "La vie est un paradis, un paradis qu’on gravit, un paradis qui m’a ravi". Tout est dit. Thousand inscrit son œuvre dans le mouvement car c’est sans doute la seule façon de jouir du présent. Nous n’avons pas affaire à quelqu’un qui (se) cherche mais simplement qui sillonne. Et ce sillon abreuve nos envies d’ailleurs.


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