Circuital

Circuital

My Morning Jacket

15 / 20 2011 ATO Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de Granpa (Xsilence) 15 / 20

Posté le 31/05/2011
Après la fête, la gueule de bois. L'ambitieux voire cocaïné Evil Urges était un de ces albums où tout explose, My Morning Jacket brisait sa cage (de réverbération ?) et se risquait à aller là où personne ne les attendait quitte à être la risée critique après le célébré Z. Le couperet était tombé, ces américains n'étaient décidément pas sérieux. Tel le Wilco post Sky Blue Sky, tout ce que le groupe a produit depuis Evil Urges est scruté avec circonspection comme pour faire payer au groupe ce péché capital d'avoir voulu faire ce qu'ils voulaient et non ce qu'on voulait.

C'est dans ce contexte qu'est arrivé Circuital, album débutant par un gong sonnant la fin de la récré. Doucement s'extirpent les fêtards de la veille, deux chansons de réveil, longues montées en puissance comme une renaissance, l'ambiance est au léger solennel jusqu'au lever de soleil ("The day is coming", sûrement l'un des plus beaux moments de la carrière des américains). Sur ces 3 chansons, My Morning Jacket est une extraordinaire machine, audacieuse, positive, mélodique, lumineuse. Le reste de l'album ne tient pas malheureusement la cadence même s'il y a un mini tube dans un monde idéal ("Holding on to black metal" et ce riff), les confessions d'un mec qui a trouvé ses réponses ("Outta my system", "you wanna freak out") et s'en amuse ("First lights"), et même une jolie fin d'album en roue libre (les deux dernières). L'ambiance est au recueillement souriant, à un sentiment apaisé loin de l'angoisse qui concluait Evil Urges.

Album reboot mais pas que, My Morning Jacket sortait en 2011 un de ces albums back catalogue solide, souvent poliment ignoré mais discrètement révéré et vénéré comme un de ces disques qu'on n'écoute pas si souvent, et on se demande finalement pourquoi.

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 21/06/2011

Le boulot de chroniqueur est souvent casse-gueule. Comme d’autres avant nous, combien de disques n'avons-nous pas encensé pour se raviser discrètement quelques mois plus tard. Dans le même ordre d'idées, il est des disques que l'on a à tort hésité à barder de superlatifs de peur d'en faire des caisses pour une galette qui finira quelques mois plus tard dans les tréfonds d'une discographie. Le Z de My Morning Jacket fait indéniablement partie de cette catégorie-là : une chronique polie et plutôt élogieuse avait accueilli la sortie du disque en 2005. Polie, peut-être parce qu’il fait figure d’OVNI dans la carrière jusque là impeccable du groupe américain. Avant Z et sa production XXL, la formation emmenée par l’insatiable Jim James donnait autant dans les couches de reverb épaisses comme un double Whopper que dans le rock aux solos héroïques ou le folk halluciné. Et on était alors presque dérangé par la cohérence de ce Z désarçonnant. Et puis pour la première fois, on avait l’impression que Jim James et les siens étaient parvenu à canaliser un enthousiasme parfois un peu trop débordant, qui peut mener le groupe vers les sommets (le gargantuesque It Still Moves en 2003) comme le tirer méchamment vers le bas (le précédent album du groupe, le décevant Evil Urges).

Au beau milieu de cet encéphalogramme plutôt instable, on retrouve Circuital, album qui a parfois tendance à perdre le fil de ses idées mais qui est aussi souvent magnifié par des compositions d’une qualité tout bonnement exceptionnelles – parce que bon, My Morning Jacket reste My Morning Jacket. Les bonnes vieilles ficelles des derniers albums sont donc toujours tirées, même si on sent le groupe plus apaisé que jamais. A ce sujet, le final un peu bordélique et bruitste de l’inaugural « Victory Dance » ne doit pas vous induire en erreur: Circuital est un disque dont les contours sont plutôt bien balisés, même si MMJ se permet un petit détour par la soul cuivrée sur « Holdin’ On To Black Metal », un titre qu’on jugerait complètement inapproprié s’il n’était pas aussi bon et qu’il n’était pas l’un de rares où l’on tire vraiment profit du falsetto incroyable de Jim James. Pour le reste, Circuital sonne comme du My Morning Jacket pur jus, l’expérimentation et la folie des débuts en moins. Et n’allez pas croire que c’est un mauvais signe. C’est simplement la preuve que ce groupe-là vieillit très bien. Mais surtout, Circuital est un disque généreux, un disque qui a une paire de couilles grosses comme la touffe de son chanteur et un disque qu’on crève déjà d’envie d’entendre sur scène, le terrain de prédilection de My Morning Jacket. Dommage que le groupe se fasse si rare de ce côté de l'Atlantique...


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