The Double EP: A Sea Of Split Peas

The Double EP: A Sea Of Split Peas

Courtney Barnett

18 / 20 2013 Milk! Maxi / CD  Vinyle  K7 Audio  Numérique

Chronique de Lulum (Xsilence) 18 / 20

Posté le 15/10/2013
Si je vous dis Courtney, vous pensez à celle qui a croisé de manière notable la route d'un Kurt, évidemment ... mais attention, pas question de drogues dures ou de suicide assisté ici. Non, gardons seulement la chemise à carreaux, la Fender Jaguar, et la science infuse des mélodies. Courtney Barnett, c'est une timide australienne aux grosses chaussures et à la frange teenager qui, au début des années 2010, va surprendre la pop moderne avec ses récits mis en chansons. Ha, et elle enregistrera plus tard un album avec Kurt Vile donc, mais c'est une autre histoire.

L'album ici présent est en réalité le regroupement de ses deux EP, élégamment nommés "I've Got A Friend Called Emily Ferris" et "How To Carve A Carrot Into A Rose", premières parutions de son propre label Milk! Records, fondé en 2012 et depuis signataire notable d'artistes féminins telles que Sleater-Kinney. Pour ce Sea Of Split Peas, m'est idée que la dame a voulu donner un coup de projecteur à ses précédentes productions; et pour cause ! Tout cela méritait amplement d'être partagé au plus grand nombre. Les guitares caustiques proviennent d'une décoction à l'herbe de Pavement et tige de Television bien vertes, le flegme pop s'acidifie librement aux Lemonheads, et le story-telling se déroulant aisément sur chaque morceau évoque un Ray Davies en grande forme contemplative.

Pas de doute possible : c'est pop. De sa petite voix fluette, Courtney nous compte les mésaventures de son propre vécu qui se rythme au gré de rencontres amoureuses et d'angoisses existentielles. Facile de s'attacher à une telle sincérité. En plus de cet aspect intimiste, quelques morceaux s'étirent en jams lo-fi, lardés de gourmands larsènes, ("Are You Looking After Yourself" et "Canned Tomatoes"), un exercice de style rondement mené.

Si l'héroïne de cette chronique sera véritablement révélée au monde avec l'album qui arrivera l'année suivante, ce double-EP est à mon sens, un passage obligé et fortement souhaitable pour ceux et celles, qui, comme moi, sont tombés sous le charme de ce petit sosie indé d'Arya Stark.

Chronique de Jeff (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 06/02/2014

A Goûte Mes Disques, on aime vivre avec notre époque. Pas qu’on s’y force, juste que ça nous plaît. Et en 2014, qui dit vivre dans son époque dit bouffer pas mal de techno rugueuse ou des albums estampillés ‘rock’ où il est impossible de ne pas croiser des couches de claviers ou des bidouillages sur laptop.

Partant de là, chaque rédacteur traîne son vécu et ses poches pleines de madeleines de Proust. L’auteur de ses lignes a eu 16 ans en 1995, et à l’époque le règne du tout-à-la-guitare sur le rock était à peu près total. Alors forcément, à intervalles réguliers, un salutaire retour aux sources s’impose. Et ce voyage dans le temps, c’est en compagnie de Courtney Barnett qu’on a décidé de l’entreprendre en ce début d’année. Pas que l’Australienne propose une musique qui a refusé de quitter les 90’s, mais plutôt parce que l’économie de moyens déployés, ce côté back to basics carrément juteux, il est du genre à caresser dans le sens du poil le trentenaire un peu nostalgique – le vieux con qui sommeille en nous quoi.

Mais avant de voir ce que ce disque a dans le ventre, n’oublions pas les présentations. Courtney Barnett nous vient de Melbourne où elle a fondé son propre label, Milk Records, qui a sorti ses deux premiers EP’s (I’ve Got a Friend Called Emily Ferris et How to Carve a Carrot into a Rose) ici combinés dans un album intitulé The Double EP: A Sea of Split Peas pour Marathon Artists – la maison qui héberge notamment les compatriotes de Jagwar Ma.

Douze titres pour cerner une personnalité que l’on pourrait trop vite qualifier de « molle du genou ». En effet, difficile de ne pas penser au qualificatif slacker quand on entend le chant délicieusement traînant de l’Australienne venir se poser sur de belles mélodies que ne renierait certainement pas un certain Stephen Malkmus – quand elle ne fait pas l’un ou l’autre clin d’œil à Sonic Youth sur les titres plus nerveux du disque. Difficile non plus de ne pas voir dans la demoiselle une sorte de version aussie et arty d’Hannah Horvath, le personnage de chieuse patentée (mais dotée d’un sens de la formule certain) joué par Lena Dunham dans la série Girls. Car il y a dans ce storytelling désarmant de nonchalance suffisamment de sincérité pour qu’on boive les paroles de Courtney Barnett comme on avale une pinte de Foster’s – et vu le manque total de goût de cette pisse de chat, ça va très vite.

Bref, dans ce chouette magma d’influences absolument pas dégueulasses, Courtney Barnett  parvient à nous pondre un disque qui évite le piège de la linéarité ou de l’interminable courbette. C’est frais sans être léger, c’est référencé sans être complaisant, et c’est surtout d’une maturité assez épatante pour une fille qui, rappelons-le quand même, n’a que 25 ans à peine.


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