Vie Etrange

Vie Etrange

Dominique A

19 / 20 2020 Cinq7 Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de NicoTag (Xsilence) 19 / 20

Posté le 06/11/2020
Voici un album qui n'aurait pas existé sans les circonstances de crise que nous connaissons. Dans Solide, livre d'entretiens paru en mai 2020 mais préparé en 2019, Dominique A déclarait ne rien désirer sortir avant 2021 ; la coronacrise est passée par là. Vie Étrange a été composé en plein confinement entre mars et mai 2020. Le hasard fait qu'il paraît alors que nous sommes à nouveau confinés.

Cet album reprend les quatre titres du EP Le Silence Ou Tout Comme paru en juillet 2020, en ajoutant six autres chansons.
La musique jouée est synthétique, plus qu'électronique, des sons allongés, étirés, quelques guitares, les boîtes à rythmes classiques chez lui : mécaniques, horlogères.
Vie Etrange est comme un miroir musical avec La Fossette et Un Disque Sourd. Un La Musique calme. Ce disque se situe à une croisée de plusieurs chemins pris par Dominique A. Ici point d'agressivité comme dans Remué, ou d'arrangements trop riches tels ceux de Vers Les Lueurs. Ce qui caractérise Vie Etrange, c'est son humilité, sa simplicité artisanale.

Si l'album est clairement de circonstances, il évite totalement l'emploi de ce nouveau vocabulaire apparu depuis quelques mois : pas d'attestation, de (re)confinement, de geste barrières, ou même de covid ou virus, j'en passe et j'en oublie. Et pourtant jamais ses paroles n'ont été aussi concrètes, claires, transparentes.

"Quand je rentre" raconte l'histoire de ceux qui travaillaient alors que la majorité restait cloîtrée. Avec toute la lassitude qu'on imagine mal.
Un discret, mais poignant hommage à Christophe : "Vie Etrange" est un tunnel sonore, qui évoque le ronflement des machines de réanimation.
Autre hommage à un autre disparu, Philippe Pascal décédé en septembre 2019, "L'Eclaircie" de Marc Seberg (en 1985 sur Le Chant Des Terres) est lumineusement reprise.
Une grosse boîte à rythmes qui cogne comme il danse sur scène, "Les Éveillés". Que ce soit les paroles ou la vidéo, elles me font penser au roman de Yana Vagner Vongozero, une histoire de fuite éperdue vers le nord à partir de Moscou en pleine épidémie.
Fort heureusement, il y a également un peu de bonheur, "Un endroit mystérieux" reprend ces histoires de retrouvailles clandestines d'amants séparés, la tendresse est ici infinie.

La photo de pochette, prise par Laetitia Bégou (aka Laetitia Velma, chanteuse), paraît si simple, mais elle est tellement évocatrice du confinement avec ce ciel bleu immense, ce dehors inatteignable autrement que par le reflet.

C'est un disque qu'un jour peut-être on écoutera sans penser à cette funeste période.

Chronique de Amaury S (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 18/11/2020

Un album inspiré par le confinement du printemps, et qui sort pour le confinement d’automne… avouons que le timing est plutôt bien senti. Pourtant, ce genre d’argument de vente peut faire peur, tant les régurgitations du premier lockdown par les écrivains, humoristes, musiciens nous ont souvent laissé de marbre. C’était sans compter sur Dominique A qui, avec Vie étrange, enrichit une discographie d’une qualité et d’une régularité exemplaires.  

La bonne idée du disque est d’évoquer la thématique du confinement non pas avec ses mots, mais avec ses sons. Des mélodies simples, une orchestration minimaliste (une boite à rythmes, un clavier, parfois une guitare) et un chant à faible volume, presque chuchoté, suffisent à nous ramener quelques mois en arrière. Apparaissent dès lors ces après-midis interminables, les cadrans qui tournent au ralenti, le silence, les non-dits, la poussière qui danse dans un rayon de soleil puis s’accumule sur un rebord de fenêtre, le silence, une atmosphère gris-bleu, un sursaut de vie, des corps qui peu à peu perdent de leur chaleur, le silence.

Si ce tableau quelque peu neurasthénique peut faire peur, rassurez-vous, Dominique A parvient à insuffler des ambiances différentes à l’intérieur de son concept : nostalgique dans « Papiers froissés » ou « Un endroit mystérieux », entrainante dans « A la même place » ou « Les éveillés » ou encore lumineuse dans « Wagons de porcelaine » ou « Sols d’automne ».

L’album est aussi l’occasion de deux hommages : une reprise de « l’éclaircie », titre de Philippe Pascal (leader de Marquis de Sade et de Marc Seberg) disparu en septembre 2019 et « Vie étrange » plage vibrante où sonorités, textes et intonations de voix évoquent le toujours plus regretté Christophe.

S’il est certain que Dominique A ne sort pas de sa zone de confort (mais le peut-on quand l’État nous y enferme ?), avec Vie étrange, le chanteur nous propose dix titres qui condensent l’essentiel de son art. Cette capacité d’écrire des chansons simples qui entrent en résonance avec nos vies. En définitive, Dominique A reste ce cousin (ajoutez « petit » ou « grand » si la différence d’âge est trop importante) éloigné que vous retrouvez une fois par an. Un être discret, mystérieux, et qui fait toujours l’unanimité les quelques fois où il s’exprime. Un mélange de mesure, de sensibilité et de bienveillance. Une valeur, une chaleur, sûre.


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