Ohms

Ohms

Deftones

18 / 20 2020 Reprise Album / CD  Vinyle  Numérique

Chronique de Alex (Goûte Mes Disques) 16 / 20

Posté le 24/09/2020

“Time won’t change this, we shall remain”.

Comment aborder la carrière d’une entité comme les Deftones ? Trente ans d’existence, un plan de route bétonné qui a permis aux Américains de rester toujours pertinents et une discographie qui ne compte pas (ou peu) d’erreurs de parcours. En considérant leur album éponyme de 2003 comme une légère inflexion stylistique, l’identité sonore des Deftones n’a finalement que peu dévié de sa trajectoire et a su aisément s’affranchir de la période ingrate du nu metal durant laquelle le groupe a émergé, à la faveur d'un premier album qui, rétrospectivement, ressemble presque à un accident de parcours malgré ses tubes qui nous font presque regretter une époque ou Fred Durst était l'équivalent people d'une Ariana Grande aujourd'hui. Autre point fort : la stabilité du line-up, une gageure dans un milieu du métal où l'interchangeabilité de ses petites mains est aussi répandue que l'argent sale sur un compte en banque suisse.

C'est bien simple : à l’exception du remplacement du bassiste Chi Cheng (décédé en 2013) par Sergio Vega de Quicksand, les Deftones ont su maintenir leur line-up d’origine, mais aussi leur intégrité artistique. Largement adulée pour sa capacité à réinventer sa recette sans renier ses racines, la bande de Sacramento se contente depuis plusieurs années de délivrer des disques qui, s’ils n’ont pas tous la même même force de frappe, n’en restent pas moins de très bonne facture et fidèles à ce que l’on est en droit d’attendre de ce groupe essentiel et si spécial. En ce sens, on tient là une sorte d'anti-Weezer, groupe apparu plus ou moins à la même époque, mais ne traitant pas son patrimoine et ses fans avec la même rigueur artistique.

Avec Ohms, 9ème livraison du groupe dont la sortie coïncide également avec les vingt ans de l'indétrônable White Pony, la donne reste inchangée tant Chino Moreno et les siens continuent de déployer leur jeu si singulier à travers différents prismes. Ce nouveau disque – produit par Terry Date, l’homme derrière les quatre premiers albums du groupe – regorge d’ingrédients qui ont fait de Deftones un groupe reconnaissable entre tous, et devrait aisément contenter une fanbase fidèle, mais non moins exigeante, sans forcément jouer la carte de la nostalgie ou de la redondance.

“Genesis” ouvre le disque sur les nappes de synthés de Frank Delgado, dont l’apport et les arrangements sur Ohms se révèleront particulièrement notables, et illustre cette dualité entre les passages plus atmosphériques et les riffs gargantuesques de Stephen Carpenter. Qu’il s’agisse de morceaux comme l’envoutant “Ceremony”, l’épatant “Urantia” ou le dévastateur “Radiant City” et ses lignes saccadées, on sent que les propos avancés en interview sur l’implication de Carpenter dans la composition de cet album sont avérés.

Accompagné de sa 9 cordes, le gros barbu est en forme et s’octroie régulièrement des moments de riffing savoureux sur les 46 minutes que compte le disque. À ce titre, en termes de cohérence et d'homogénéité, son jeu se rapproche régulièrement de ce qu’il a pu déployer sur Koi No Yokan (album clivant chez les fans malgré ses indéniables qualités) en s'éloignant des lignes plus post-rock entendues sur Gore.

De par leur intensité ou leur empreinte émotionnelle, les gammes vocales de Chino sont toujours aussi uniques, à la fois agressives et langoureuses, tout en parvenant à se greffer à merveille sur les différentes structures des morceaux pour les transcender mélodiquement. Le frontman, qui a eu tout le loisir d’exprimer ses envies d’expérimentation à travers différents projets parallèles (Crosses, Team Sleep, Palms) délivre ici une prestation vocale “classique”, c’est-à-dire de haut vol, entre murmures et hurlements. Le groupe s’est toujours attelé, depuis ses débuts, à déconstruire l’idée qu’on devait se faire d’un groupe de metal en incorporant des éléments de dream pop ou de new wave dans sa recette. Et c'est d’ailleurs lorsque les Deftones se la jouent clair-obscur qu'ils excellent. L’aspect ascensionnel de “The Spell of Mathematics” ou l’apparente sensibilité d’un “This Link Is Dead” en témoignent.

Cependant, si Ohms n’a besoin que de très peu de temps pour révéler son potentiel, on ne fera pas l’impasse sur les moments plus classiques ou anodins (“Error”, “Pompeji” et ses bruits de mouettes, "Headless") qui peuvent légèrement émailler l’impact global du disque ou renforcer l’impression d’un groupe en pleine possession de ses moyens, mais qui n’échappe pas toujours à une certaine facilité. Dans son ensemble et malgré l’absence de révolution, cet album n’en reste pas moins une belle réussite : puissant mais sensible, violent quand c’est nécessaire, mais subtil et lumineux dans son essence.

S’il est encore trop tôt pour évaluer sa place dans l’ensemble du catalogue magistral de Deftones et qu’égaler voire surpasser des disques comme Around The Fur ou White Pony semble utopique, Ohms se révèle suffisamment immersif et cohérent pour en faire un album des plus recommandables. Mine de rien, peu de groupes de cette longévité peuvent s'en targuer.


Chronique de Happy friday (Xsilence) 18 / 20

Posté le 25/09/2020
2020, Deftones les gars...
Qui l'aurait cru?
Je me rappelle 1995, j'achète Adrenaline juste pour cette pochette blanche, la photo au dos et parce qu'il y avait un sticker point d'exclamation (le même que sur mon cd des Doors). J'appris plus tard qu'il y avait les mêmes sur les best of de Frank Michaël, mais peu importe.
Je me rappelle le clip de "7 Words", qui ne passait que pour la chance de ceux qui regardaient MTV après minuit, ne pas trop monter le volume de la télé pour éviter d'horrifier les parents, tout ça, tout ça...
Et nous voila en 2020. On y est. 20 ans après la pistache dans ta face White Pony, Deftones est toujours là. Comme nous tous: moins adolescents, moins rebelles, plus vieux, mais toujours avec la classe (en ce qui les concerne en tout cas). Qui aurait pu penser qu'un groupe sorti de la bulle nu-metal, musique d'ado par excellence, nous mettrait encore des claques en 2020, à nous, gens à cheveux gris désormais? Le talent c'est clair.

A présent Ohms, pochette pas terrible qui ne donne pas fort envie d'acheter l'album en grand. Mais pour la première fois j'ai pourtant acheté un album de Deftones en vinyle, parce qu'il le mérite amplement. En effet, ce qui m'a le plus frappé quand j'ai écouté les 2 premiers extraits, c'est ce son dynamique, percutant, une production et un mixage parfait. Le son est tantôt soyeux, tantôt abrasif quand l'ambiance l'exige.
Après quelques écoutes je vois cet album presque comme 2 EP et qui se rejoignent sur "Pompeji". Pas que l'album soit décousu, au contraire. Mais plutôt que les 5 premiers titres constituent une mise en jambes (de très haut niveau certes), avant le gros uppercut qui suit, constitué de la fin de "Pompeji" et des 4 titres suivants. L'album monte haut déjà avec "Genesis" et les 3 morceaux qui suivent, mais pas encore à son maximum, comme pour nous laisser entrevoir la puissance potentielle, tout en en gardant sous le pied. Le groupe se permet un petit détour, le temps de quelques claquements de doigts et d'un tour à la plage. Ensuite l'outro de "Pompeji" déborde dans "This Link is Dead" et c'est ici, mesdames et messieurs, que les choses sérieuses commencent. A pleine puissance cette fois-ci.
La triplette "This Link is Dead"- "Radiant City" - "Headless", attention les émotions. Ca cogne, ça cogne, ça gratte, ça crie, ça s'envole: Magistral. Toujours dans cette succession et cet enchevêtrement de moments doux et planants, et de moments rugueux et criards. Les synthés, qui pourraient faire peur, sont idéalement placés: juste pour donner de l'épaisseur, du corps et accompagner les autres instruments. Et ce batteur... doit-on encore vanter ses qualités ? J'ai lu ici qu'il viendrait de l'espace, j'y crois, tellement il porte le groupe à un niveau supérieur de subtilité.
Ohms se conclu par le morceau titre, emmené par un riff implacable, qui nous fait ressentir avec un petit pincement au cœur l'impression du travail bien fait mais qui malheureusement, comme toute chose, a une fin. Cet album a pour le moins relancé de plus belle mon amour pour ce groupe, qui je l'espère, me suivra encore une bonne partie de ma vie.

P.S.: J'enlève 2 points sur 20 pour les claquements de doigts auxquels j'ai un peu de mal à m'habituer.

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