Reflections

Reflections

Hannah Diamond

17 / 20 2019 PC Music Album / Numérique

Chronique de X_Lok (Xsilence) 17 / 20

Posté le 22/11/2019
"C'est bien joli cette pop mièvre, mais ça vaut pas du bon rock qui tâche avec du bon son et des bonnes guitares électriques bien puissantes. Dans quelle époque vit-on, je vous jure...."

Voilà le genre de réaction que peut engendrer l'écoute de ce premier album de Hannah Diamond. Surtout si on le prend tel quel, sans écoute préalable des titres sortis, eux aussi, sur PC Music depuis 2013. Ceux qui ont suivi Hannah à la trace reconnaîtront quelques titres, puisque depuis décembre 2016 et la sortie de "Make Believe", pas moins de cinq titres teasent la sortie de Reflections. Ils ont eu la bonne idée de ne pas en faire un recueil de singles, ce qui, il faut bien le dire, à le don de me frustrer quand ca arrive. Et ils auraient pu, vu la qualité de chaque titre.

Je dis ils, car Hannah Diamond est indissociable de PC Music, et des producteurs A.G. Cook & Easyfun, qui ont co-écrit avec elle et produit l'intégralité de l'album. C'est d'ailleurs tres intéressant de voir, avec cet album, l'étendue des possibilités de ces deux gars, tant ils arrivent à s'adapter à chaque personnalité avec qui ils travaillent. GFOTY, Charli XCX & Hannah Diamond pour ne citer qu'elles, ne sont pas interchangeables, A.G. Cook ne se la joue pas Berry Gordy à la grande époque de la Motown.

On ressent une influence J-Pop dans le travail de ses trois artistes, en particulier dans la première moitié de l'album, sans doute la plus douce, pour ne pas dire éthérée histoire d'employer ce terme maintes fois lu pour ce genre de musique avec une voix féminine douce... Voire diaphane (allez hop, encore un, c'est pour moi) mais qui tient en haleine avec les montées qui nous prennent parfois par surprise, parfois téléphonées, mais sans jamais trop en faire. Même sur "Concrete Angel" qui joue à fond là dessus, avec ce quasi silence après 1min30 annonçant l'avalanche glitchée qui nous arrive dessus, nous mettant malgré nous dans une condition d'écoute différente pour la seconde moitié de l'album. Vous allez me dire qu'il n'y a pas d'équivalent à "Fade Away" dans les premiers titres, et vous n'auriez pas tort. Mais prenez "The Ending", qui vient juste après "Concrete Angel", je suis sur que posé ailleurs sur le disque, il n'aurait pas un pouvoir de séduction similaire. J'imagine donc en écoutant l'album en débutant avec la face b, le ressenti pourrait être bien différent. C'est évidemment volontaire de leur part d'avoir construit l'album de cet manière, sinon ils nous auraient mis dix titres façon "Every Night". Habile, n'est ce pas ?

Nous voilà donc avec le premier album d'Hannah, après plusieurs années de collaborations, de one shot,que vous pourrez découvrir soit après l'écoute pour mieux cerner l'objet, soit commencer par les débuts, et y aller petit à petit, afin d'apprivoiser le format court (en prenant garde à l'addiction) pour mieux se satisfaire de ce Reflections. Chacun sa route, chacun son chemin nous disait Tonton David, tant qu'il mène à Hannah Diamond, c'est que vous suivez la bonne direction !

Chronique de Ludo (Goûte Mes Disques) 14 / 20

Posté le 18/12/2019

Ces dernières années, Hannah Diamond n'a pas chômé, alternant entre ses apparitions régulières chez les agitateurs de PC Music et ses activités dans la photographie et l'audio-visuel - c'est elle qui réalise de A à Z ses clips et ses pochettes. Une hyperactivité qui pourrait bien expliquer les reports incessants de la sortie de ce premier album qui arrive six ans après ses débuts sur Soundcloud. Le projet avait en effet d’abord été annoncé en 2016 avec quelques singles à la clé, pour se transformer ensuite fin 2017 en un mix assez confidentiel qui comprenait déjà les morceaux « Never Again », « Concrete Angel » et « The Ending ».

Si son hyperpop pour cœurs aussi brisés qu'hyperconnectés ne manque pas d'atouts, évacuons d'abord ce qui nous dérange chez elle : la distance qu'elle crée avec l'auditeur, accentuée par cette voix robotique qui limite fortement les interactions consolatoires sur ses morceaux plus tristes. Les émotions, parfois plus conceptuelles qu'humaines, sont comme cristallisées et essentialisées pour n’en garder que la quintessence. On souhaiterait plus de tension, comprendre son instabilité émotionnelle, ressentir sa vulnérabilité pour vibrer avec elle et partager nos larmes, mais une impitoyable machine à fabriquer des concepts et de savantes manipulations synthétiques nous privent d’entendre les trémolos de sa voix et sa respiration haletante. Mais elle n’en demeure pas pour autant une chimère de la toile comme certains pouvaient le penser au début de sa carrière : son côté freak et marginal, son ultra-sensibilité et sa maladresse en font un personnage attachant auquel on peut parvenir à s’identifier. Son ingénuité et ses doutes existentiels sont parfois poussés tellement loin (écoutez « Reflections ») qu’on a l’impression d’avoir affaire à une Alice qui serait trop longtemps restée de l’autre du miroir et qui découvrirait pour la première fois la complexité des relations amoureuses. Dans ce cadre, le prosaïsme des paroles d’Hannah Diamond invoque des estampes immédiates qui donnent un côté très visuel à son album. En suggérant plutôt qu’en se complaisant dans des lamentations interminables, la chanteuse britannique se montre à la fois pudique et particulièrement attachante. Elle se risque même parfois à l’autodérison et à l’humour à froid, comme sur le très ironique « Shy » ("You said: "Let's kiss"/ I said nothing /Maybe, I should have/ Said something").

Ses projections idylliques semblent s’adresser à des entités non-humaines ou conceptuelles (« Make Believe », « Concrete Angel », lequel marque d’ailleurs meilleure prestation d’un A.G. Cook qui lâche enfin la bride pour nous offrir un morceau parfois tortueux mais très jouissif quand on aime déconstruire aux marteau-piqueur la ritournelle pop pré-mâchée qu’attend l’auditeur lambda qui se serait trompé de playlist Spotify). Même quand ils sont composés en réaction à une peine de cœur, des morceaux comme « Love Goes On », « Fade Away », ou « The Ending » nous montrent une Hannah Diamond très vulnérable et prisonnière de ses sentiments qu’elle est seule à éprouver dans une relation qui bat de l'aile. Heureusement, les morceaux « Never Again » et « True » se montrent plus grinçants et même parfois revanchards comme sur « Invisible ». Pour illustrer ce dernier, Hannah Diamond a d’ailleurs pris soin de nous livrer un clip comme à son habitude bien chéper: déçue de ne pas attirer suffisamment l’attention de son crush totalement aveugle à ses charme, c’est sans la moindre hésitation qu’elle plonge dans une réalité alternative complètement méta où son hologramme doté du don d’ubiquité sillonne les scènes et les messages publicitaires du monde entier. Une frénésie qui la mènera d’ailleurs à l’autodestruction de son délire mégalo et à l’acceptation de soi. Au-delà de ce solipsisme et de ce narcissisme délirants, on y retrouve avec bonheur le ton ironique de PC Music qui a toujours su subtilement porter en dérision nos fantasmes consuméristes et transhumanistes les plus déjantés.

En définitive, en sortant ce projet qui ressemble plus à une compilation qu’à un véritable album, Hannah Diamond semble se complaire dans le développement de son personnage et de sa signature vocale. Peu amène à quitter sa zone de confort et sa familiarité avec les productions du big boss A.G. Cook et d'EASYFUN, elle semble se distancier des élans arty et audacieux de GFOTY ou SOPHIE. Mais peu importe cette légère suffisance qui peut d’ailleurs s’expliquer par ses activités audio-visuelles : en bon alien cynique de la pop, l’ADN des beautiful freaks de PC Music coule bien dans les veines de la poupée Hannah Diamond, qui pervertit la pop et ses codes de l’intérieur.


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