All Mirrors

All Mirrors

Angel Olsen

7 / 20 2019 Jagjaguwar Album / CD  Vinyle  K7 Audio  Numérique

Chronique de Reznor (Xsilence) 7 / 20

Posté le 11/10/2019
Le parcours d'Angel Olsen est cohérent.
Cohérent si l'on considère son travail depuis son premier EP, jusqu'à la révélation éclatante de son talent avec Burn Your Fire for No Witness et My Woman, disque qui montrait d'ailleurs une nouvelle facette de la chanteuse, plus pop, plus "électronique", voire plus synthétique.
Phases, compilation de raretés et faces B sorti en 2017 faisait dans ce sens le point sur une carrière déjà riche, montrant l'évolution de la musique d'Angel Olsen. Du folk écorché des débuts jusqu'à des titres mêlant habilement rock, folk et influences 80's.

All Mirrors est dans la droite lignée des travaux précédents. Exit le folk des débuts, Olsen pousse à son paroxysme les essais qu'elle tentait déjà de manière subtile sur My Woman. Le disque présente ici une Angel Olsen faisant fi de toute influence, proposant une espèce de disque OVNI, avec derrière elle un groupe et un ensemble "classique" de 12 musiciens, venant apporter puissance, souffle, énergie.
Sauf que le soufflet retombe à plat rapidement. S'affranchissant sans complexe et définitivement de son style initial, Angel Olsen propose 11 titres, à l'image du single "All Mirrors", noyés sous des nappes sans fin de synthétiseurs et de violons, le tout soutenu par une lointaine et molle batterie.
La puissance donnée par l'instrumentation donne en fait une impression de distance avec la chanteuse, alors que sa force initiale était justement la proximité de sa voix et de sa guitare avec l'auditeur dans ses enregistrements précédents. "Too Easy" ou "New Love Cassette" ne sont que de pauvres pop-songs larmoyantes, comme si Muse s'essayait à faire du Beach House. Noyé sous une production indigne, le disque ne propose qu'une chanson à sauver, "Summer", magnifique titre où la fantastique voix d'Angel Olsen retrouve enfin l'ampleur qu'on lui connaît.
Le reste est donc une succession de titres où l'on s'ennuie ferme. Rien ne se passe, les cordes laissent l'auditeur de marbre tandis que l'on attend patiemment tout au long des longues 50 minutes du disque une lueur ou un éclair de génie, qui ne viendra malheureusement jamais.

Chronique de Ludo (Goûte Mes Disques) 18 / 20

Posté le 18/10/2019

Il faut parfois partir du principe que l'habit fait le moine pour comprendre toute la quintessence d'une œuvre. Sur le portrait en clair-obscur qui sert d'artwork à All Mirors, Angel Olsen, vêtue d’un grand manteau de fourrure, nous regarde droit dans les yeux. Son regard est froid, distant, comme s’il avait eu connaissance de situations compliquées desquelles il souhaiterait maintenant se tenir éloigné. Un regard foudroyant, comme si l’expérience des situations vécues lui avait fait gagner en confiance et assurance. Un regard qui nous fait baisser les yeux. Mais lorsqu’on parvient enfin à échapper à ce magnétisme ensorcelant pour contempler attentivement le reste de son visage, on constate que cette sévérité de façade n’a pas réussi à masquer un début de sourire victorieux et légèrement narquois.

Cette assurance et cette puissance, qui avaient fait d’Angel Olsen une icône anti-Trump en 2016, pouvaient être davantage exploitées que sur My Woman, album qui se distinguait déjà par son caractère authentique et introspectif. C’est peut-être pour cela qu'à l'origine, All Mirrors fut enregistré sans instruments, comme si l'Américaine souhaitait avant tout retranscrire le plus fidèlement possible le mal-être qui la rongeait. Le hasard faisant parfois bien les choses, elle en enregistra une deuxième version autrement plus épique, pleine de cordes et de synthé. Le morceau "Lark", qui introduit l’album, est certainement le meilleur exemple de cette nouvelle ambition. Alors que la moitié du titre évoque les regrets d’une relation passée, des éclairs de lucidité embrasent le morceau (« They say you love / Every single part / What about my dreams? / What about the heart? »).

Tandis que nous progressons dans cette Odyssée amoureuse sans Ithaque, certains morceaux se font plus légers et rappellent l’humour à froid si cher à Angel Olsen ("It's  never easy to admit / That maybe you just want / Just to feel something again /You just wanted to forget /That your heart was full of shit » sur What It Is). À l’inverse, l'Américaine peut se montrer cruelle et acerbe, comme lorsque, rongée par la passion, elle doute de sa propre identité (« I'm beginning to wonder / If anything's real / Guess we're just at the mercy / Of the way that we feel » sur Spring) ou tente bien malgré elle de se délivrer de sa peur de la mort (« I've been watchin' all of my past repeatin' / There's no endin', and when I stop pretendin' / See you standin', a million moments landin' / On your smile, buried alive, I could have / Died to stay there, never have to leave there » sur All Mirrors). Le triptyque "Tonight"/"Summer"/"Endgame" qui suit cette confusion émotionnelle est tout aussi intense, avec une acceptation de son passé et un regard plus radieux et tourné vers son avenir. Comme sur le brumeux "Tonight" où les trémolos dans sa voix nous donnent l’envie de la consoler, nous entrons sans nous en rendre compte en parfaite empathie avec l’artiste de Saint-Louis.

"Chance", qui clôt l’album, est l’occasion de célébrer sa victoire sur ses relations fanées, et la sagesse accumulée lui permet d'atomiser la chape de plomb qui reposait sur le disque (« Making my own plans / I'm  not looking for the answer / Or anything that lasts / I just want to see some beauty »). All Mirrors est peut-être la plus grande prise de risque de la carrière d’Angel Olsen. Cristallisant les peines de cœur qui ont suivi My Woman, ce nouvel album, cathartique et introspectif, dévoile une artiste plus que jamais résiliente. En sortant de sa zone de confort, Angel Olsen réussit un tour de force audacieux : produire une œuvre baroque, épique et suffisamment authentique pour que même les plus réfractaires au folk de ses anciennes productions puissent trouver leur compte dans ce magnifique condensé d'émotions extrêmement fortes.


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