Chronique de Happy friday (Xsilence)
Le style neo-soul n'est pas très défini (en tout cas dans ma tête), mais ça me permet de ranger des artistes contemporains qui ont en commun une sensibilité hip-hop, vintage, assemblant des sons venus d'un peu partout dans le passé pour offrir une musique résolument actuelle et même un peu du futur. C'est inventif et créatif voilà tout, et personnellement c'est ce que je recherche presque en priorité quand je pars en mission de découverte dans la mine d'or Bandcamp (perso c'est mon app de chevet, tellement je peux y passer du temps).
Ce Room 25 est plus varié et affirmé que l'album précédent Telefone. Après le hip-hop revendicateur de "Blaxploitation", le groove tout doux de "Window" et de "Regal", elle envoie une perle sucrée qu'on aurait pu retrouver dans la bande originale d'une Croisière S'amuse new look: "Montego Bae", une friandise dont on ne pourrait se lasser.
Mais Noname est talentueuse dans tout ce qu'elle tente, on a aussi droit à une espèce de pastiche trap qui tape dans le mille à tous les coups: "Ace". Ça commence presque comme un tube r'nb mielleux, puis vient le rythme et le phrasé typiquement trap (avec autotune léger et tout ce qui va avec); melé avec le flow irrégulier de Noname ça fonctionne à merveille. Ca marche parce que la mélodie a son petit twist et pcq chaque son est à sa place. C'est du beau boulot, y a rien à redire. En outre, chaque titre comporte ce petit twist qui le rend spécial et intriguant. Que se soit la percu chelou de "Part of me", la descente de note dans la mélodie de "Ace", ou la ligne de basse étrange du dernier morceau de l'album (ainsi que son clavier retardataire). On ne s'ennuie jamais et le travail sur le son est presque du niveau d'un Frank Ocean. C'est dire la qualité du bonbon, n'est-ce pas?
Alors les amis, foncez et empiffrez vous, l'écœurement est impossible tellement c'est bon.
Chronique de Sagittarius (Sagi Hip Hop)
Noname a un prénom : Fatimah. Quelques-uns l’ont d’abord découverte en tant que Noname Gypsy par le biais des projets de Chance the Rapper et The Healing Component de Mick Jenkins, d’autres ont été émerveillés par sa mixtape Telefone en 2016. Avec Room 25, place à un nouvel enchantement avec une jeune artiste à l’aube de la maturité et qui vient fraîchement de s’ouvrir comme une fleur.
Bien plus que mon album de la rentrée.
Room 25 est le premier album de Noname, un format qui s’est imposé par nécessité pour « payer le loyer » d’après l’auteure. La poétesse rappeuse ne passe par aucune structure, aucun label, qu’en vente directe. Un premier album qui évoque des premières fois, comme la perte de sa virginité (vous saisissez la métaphore sur la fleur plus haut?) à l’âge de 25 ans et son départ de Chicago pour Los Angeles. Mais sans perdre ses précieux amis, comme Phoelix qui produit tout ce joyau qui se situe entre rap et nusoul. Il suffit d’écouter les mots, parfois crus mais sonnant tellement naturels, posés sur le ton de la discussion sur des magnifiques instrumentaux, parfois jalonnés de violons comme « Window« , d’une douceur infinie (« Regal« ). Impossible de rester insensible à « Don’t Forget About Me« , quel moment de grâce, avec en plus ces influences très prononcées de D’Angelo.
L’auditeur ou l’auditrice se fait confident de la lecture à voix haute de ce journal intime brillamment écrit et récité. Noname fait entrer en résonance le coeur, le cerveau et le sexe. Les ambiances changent selon l’humeur, comme le sérieux « Blaxploitation » avec une basse funky, ou à l’inverse « Montego Bae » avec la ravissante voix de Ravyn Lenae, sur un sample de soleil des latitudes sud-américaines. L’entourage a toute son importance, alors autant bien le choisir. Espérons que des noms comme Phoelix et Benjamin Earl Turner ne resteront pas anonymes après leur passage sur « Part of Me« , et qui deviendront des artistes à suivre de très près comme Saba et Smino qui eux posent sur l’excellent « Ace« , du rap en mode chaleur douce.
Room 25 est beau et merveilleux comme un rêve éveillé, surtout si on l’écoute confortablement allongé sur sa couette en mode cocooning, transporté dans cette chambre 25. On aurait tant souhaité que ce moment dure encore plus longtemps… C’est très dur de se quitter Noname sur « no name« , alors replay.